Or : la demande est à la peine en Inde, les banques centrales sont plus timides

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bijoux 24 carats

La fête de Dussehra 2020 s’est révélée de piètre facture pour les joailliers indiens. Dans l’État du Maharashtra, les ventes d’or, d’argent et de bijoux en diamants ont chuté de 35 % par rapport à 2019.

La pandémie de coronavirus qui fait rage, la hausse importante du prix de l’or et de l’argent ainsi que le manque d’enthousiasme des acheteurs sont les raisons majeures derrière la chute des ventes, selon les joailliers.

D’après la Mumbai Jewellers Association (MJA), l’autorité suprême des joailliers indiens, les ventes nationales à l’occasion de Dussehra se sont élevées à 37,22 millions d’euros. « Nous générons habituellement un chiffre d’affaires de 57,25 millions durant Dussehra. Cette année, nous avons assisté à une baisse massive des ventes », a déclaré Kumar Jain, vice-président de la MJA.

Selon lui, l’augmentation exorbitante du prix de l’or et de l’argent est l’une des raisons majeures de cette baisse. Le ralentissement économique engendré par le coronavirus en est une autre. Aujourd’hui, l’or coûte 52.960 roupies les 10 g. L’année dernière, le tarif était de 38.079 roupies. Même constat pour l’argent. Il est aujourd’hui à 62.500 roupies le kilo, contre 39.788 roupies l’année dernière.

« Cela a rendu l’or et l’argent inabordables, et donc débouché sur une baisse des ventes », a déclaré Jain.

Dussehra est l’une des périodes festives indiennes durant laquelle l’achat d’or est considéré comme étant de bon augure. Cette année, la plupart des consommateurs se sont contentés d’acheter 1 ou 2 grammes d’or ou d’argent au lieu d’acheter des bijoux.

D’après Ishu Datwani, fondateur d’ANMOL Jewellers, l’un des plus gros bijoutiers de Mumbai, la Covid-19 est à blâmer. « Nos ventes ont chuté d’environ 50 à 60 % par rapport à l’année dernière », s’est-il lamenté.

Nilesh Chandaliya, propriétaire de Pramanik Jewellers à Parel, remet cette baisse des ventes sur le compte du manque de transports. « Auparavant, nous avions des clients en provenance de banlieues lointaines. Cette année, ils n’ont pas pu venir en raison du manque de trains,  a-t-il déclaré. De plus, beaucoup de gens ont perdu leur travail, ou ont vu leur salaire être réduit. Cela a impacté directement leur pouvoir d’achat », a-t-il ajouté.

Les consommateurs regrettent également la situation actuelle. Promila Hunter, une coiffeuse de Goreagon, a confié ne pas avoir acheté d’or pour Dusserha pour la première fois de sa carrière. « Cela fait 7 mois que je n’ai pas de travail, que je suis donc sans revenus. Je ne pouvais donc pas acheter d’or cette année », a-t-elle déclaré.

L’or joue un rôle important dans la société indienne, surtout durant la période des mariages et d’autres festivités. 4 fêtes sont particulièrement considérées comme étant de bon augure pour acheter de l’or en Inde : Gudi Padwa, Akshay Tritiya, Dussehra et Dhanteras. Source

Les banques centrales réduisent aussi leurs achats

La baisse de la demande pour l’or et l’argent physique se poursuit donc en Asie. Ce constat, Refinitiv Metals Research le fait également. Dans cet article de Reuters, la société de recherche relève également la baisse de la demande des banques centrales, notamment en raison de l’absence d’activité de la Russie et de la Chine. Même si, pour cette dernière, les chiffres officiels sont toujours à prendre avec des pincettes…

Selon le directeur de la recherche de Refinitiv, Cameron Alexander, la demande pour les bijoux en or devrait baisser de 31 % cette année ( total : 1.327 tonnes). Il s’attend néanmoins à un rebond de 9 % pour l’année prochaine (1.447 tonnes).

Par rapport à l’année précédente, les achats d’or des banques centrales devraient baisser de moitié pour atteindre 312 tonnes cette année. Pour l’année prochaine, Refinitiv prédit 385 tonnes. Au T3 2020, les banques centrales furent globalement vendeuses de lingots (pour quelques tonnes, pour des achats d’une centaine de tonnes durant les T1 et T2 2020). Même si ce fut minime, ce n’était plus arrivé depuis 2010.

Reuters Graphic

Cela dit, la firme s’attend à ce que les investisseurs continuent à compenser la baisse de la demande physique en Asie et des banques centrales. Pour l’année prochaine, Refinitiv prévoit un prix moyen de 1.890 $ l’once. C’est moins que les 1.965 $ du sondage de Reuters. Selon Alexander, le prix de l’or pourrait être très volatile l’année prochaine.