Or VS actions : les raccourcis erronés et dangereux de Warren Buffett

0
856
lingotins d'or de 50 grammes, 20 grammes, etc.

La célèbre lettre annuelle de Warren Buffett aux investisseurs de Berkshire Hathaway a été envoyée la semaine dernière. Buffett a bâti sa fortune en achetant des actions à la Bourse. Il est un critique de longue date de l’or. Dans sa dernière lettre, il lance une nouvelle attaque en règle contre le métal jaune en implorant ses lecteurs d’acheter plutôt des actions.

Mais avant que ses partisans ne l’écoutent, il est peut-être bon d’examiner les arguments avancés par Buffett. Il a commencé à investir en 1942 en achetant pour 114,75 dollars d’actions. Il affirme qu’en ayant investi cet argent dans un indice S&P500 dénué de frais de gestion, la valeur de ce portefeuille serait aujourd’hui de 606.800,11 dollars aujourd’hui. Il fait la comparaison avec l’or : cette somme aurait permis d’acheter 3,25 onces d’or, ce qui équivaudrait aujourd’hui à 4.200 $. Soit moins d’un pour cent du rendement qu’a permis d’atteindre la Bourse.

Présenté ainsi, il n’y a pas photo entre les 2. Seuls les idiots achètent de l’or quand on peut acheter des actions, n’est-ce pas ? Attendez une minute…

Pas de panier S&P 500 avant… 1976

Cette comparaison sommaire occulte des « détails » importants. Tout d’abord, il n’y avait pas d’indice S&P 500 en 1942. Faire croire que l’on pouvait investir dans un panier d’actions via un produit sans frais n’est pas juste, car cela n’existait pas.

L’indice S&P 500 tel que nous le connaissons a vu le jour en 1957, et le premier produit qui a permis d’investir dans un tel panier d’actions date de 1976. Avant cela, les investisseurs devaient acheter individuellement des actions, ce qui était plus risqué.

Près de 90 % des sociétés du S&P 500 en faillite depuis

La plupart des petits investisseurs n’auraient pas eu la discipline et le courage nécessaires pour obtenir le rendement avancé par Buffett. Sur les 500 sociétés du S&P500 de 1957, seules 60 d’entre elles existent encore aujourd’hui. Ce qui signifie que la majorité a fait faillite, et que la majorité de ces titres ont une valeur de zéro.

Toute action peut devenir subitement sans valeur, ce qui n’est pas le cas de l’or. Buffett se garde bien d’évoquer le risque lorsqu’il fait sa comparaison.

Le prix de l’or était fixe…

Buffett évite également de préciser que le prix de l’or fut contrôlé durant les 30 premières années de la période comparative. Tandis que le prix des actions fluctuait librement, alors que l’Amérique sortait de la Grande dépression ou durant la guerre, le prix de l’or était fixe. Tout d’abord de 35 $ l’once jusqu’en 1934, puis de 42 $ l’once jusqu’en 1971.

En fait, même s’il le voulait, Buffett n’aurait pas pu acheter d’or en 1942. L’achat d’or avait été interdit par Roosevelt.

Enfin, percevoir l’or comme un investissement, comme le fait Buffett, est une erreur. L’or, c’est avant tout la monnaie. Il est d’ailleurs considéré ainsi par les gouvernements et les banques centrales du monde. Ses propriétés sont fort différentes de celles des actions d’une société, on en fait l’acquisition pour des raisons complètement différentes.

Il serait plus juste de faire la comparaison entre le dépôt de 114,75 dollars sur un compte en banque en 1942 et l’achat d’or physique. Dans un tel scénario, il n’y a également pas photo, mais en faveur du métal jaune.

Le rendement de l’or est parfois supérieur, malgré tout

Malgré cela, durant certaines périodes de l’histoire l’or fut un meilleur « investissement » que les actions, offrant un rendement supérieur, notamment durant les années 70 et à partir de 2000.

rendement or/SP&500

Mais la plus grosse erreur de Buffett, que fait la majorité des investisseurs, c’est de croire que les 77 années à venir seront similaires aux 77 années précédentes. Cela ne risque pas d’être identique.

Buffett devrait être plus ouvert d’esprit, envisager des événements qui sont bien plus probables qu’une nouvelle période de 80 années de prospérité. L’un des scénarios possibles est l’hyperinflation, avec le dollar qui imiterait bien d’autres monnaies papier dont la valeur a été détruite.

Les 8 dernières décennies ont été construites sur une montagne de dette, qui ont généré croissance et marché haussier de la Bourse. Sans cette dette, tout cela n’aurait pas été possible. Buffett ne doit pas s’attendre à revivre le même scénario. Échanger une partie de ses actions contre du métal pourrait être une décision très sage.

Article de Clint Siegner, publié sur Money Metals