Politiques monétaires : BlackRock met en garde contre… ses propres préconisations

0
794
BlackRock et banques centrales

Les marchés financiers sont devenus tellement absurdes qu’il faut parfois se pincer pour vérifier que l’on ne rêve pas. Entre les titres de Hertz et d’autres sociétés en faillite qui bondissent, le constructeur Nikola dont la capitalisation boursière est plus élevée que n’importe quel fabricant de pick-up alors qu’il n’a pas vendu un seul véhicule jusqu’à présent, et bien d’autres choses, il y a de quoi en perdre la tête.

En début de semaine, nous avons publié un article qui montrait que les politiques de la FED en réponse à la crise du coronavirus avaient été échafaudées bien avant par BlackRock, soit le hedge fund désormais chargé d’exécuter certains pans de la stratégie de banques centrales telles que la FED, la Riksbank, etc.

Nous consultons quotidiennement le blog de BlackRock pour voir ce qui se dit du côté de cette entité qui a indubitablement une grosse influence sur les décisions des politiques monétaires de par le monde. Vous pouvez imaginer la surprise lorsque nous avons vu un billet (source) signé ni plus ni moins par Jean Boivin, l’un des membres du BlackRock Investment Institute qui a élaboré la stratégie Go Direct, y référer pour mettre en garde les lecteurs contre… ses éventuelles conséquences !

Dans son article, M. Boivin explique que les banques centrales ont fait ce qu’il fallait en « étant directes ». Il explique ce que signifie ce concept en reprenant tous les thèmes développés dans son papier de 2019, qui ont été appliqués.

De quoi s’inquiète-t-il, si les banques centrales ont appliqué à la lettre son plan ? Il écrit :

« Nous avions averti qu’il fallait mettre en place des garde-fous efficaces, ainsi qu’une stratégie de sortie claire, afin de mitiger les risques de déficits qui dérapent accompagnés d’une expansion monétaire importante, et, en bout de course, d’inflation. (…) Pour être crédible, cette décision de sortie doit être contrôlée de façon indépendante par la banque centrale. (…)

Cette révolution de politique est positive à court terme pour les marchés, mais en l’absence de garde-fous, elle pourrait ne pas l’être à moyen terme. Les taux d’intérêt se trouvent déjà à leur niveau effectif le plus bas, ou proche de celui-ci. Alors que nous voyons des risques d’inflation plus élevée dans les années à venir. »

Quand on ouvre la boîte de Pandore, c’est difficile de la refermer. C’est d’autant plus vrai en ce qui concerne l’inflation. Alors que l’implication de BlackRock dans les politiques des banques centrales vient d’être mentionnée, ce billet apparaît. Les conséquences de ces politiques pouvaient pourtant être anticipées dès le début. BlackRock chercherait à se dédouaner à l’avance de tout dérapage qu’il n’aurait pas fait autrement.

La FED n’a jamais eu de politique de sortie, tout simplement parce qu’il n’y en a pas qui soit politiquement viable. Lorsqu’elle a tenté de normaliser ses politiques monétaires, le retour de bâton ne s’est pas fait attendre. Toute tentative de normalisation sera suivie des mêmes effets aujourd’hui.