Pourquoi la FED n’arrivera pas à générer de l’inflation

0
877
inflation

Au récent sommet de Jackson Hole, Jérôme Powell a dévoilé la nouvelle politique monétaire de la FED, conçue afin de générer de l’inflation. Lance Roberts, de RIA, estime que la déflation reste le risque majeur. Voici les 5 raisons qui lui font opter pour ce scénario :

Aujourd’hui, la plupart des analystes pensent que les nouvelles politiques de la FED vont générer davantage d’inflation. Quelles sont-elles ? C’est ici que cela devient intéressant : personne ne le sait vraiment. Cependant, comme l’a noté le Wall Street Journal :

« La FED a déclaré qu’elle souhaite désormais atteindre une inflation de 2 % en moyenne. Et qu’elle ne relèvera pas les taux en raison de la menace théorique inflationniste d’un marché de l’emploi fort. Cependant, la FED n’a pas détaillé comment cette moyenne sera calculée. Certains présidents de FED régionales ont indiqué qu’un taux de chômage de 2,5 % serait le maximum tolérable. Cela dit, avec une économie en grande difficulté, on ne risque pas d’atteindre ces chiffres avant de nombreuses années. »

Donc, en bref, la nouvelle politique de la FED est de faire une moyenne de l’inflation et de laisser le taux de chômage baisser jusqu’à 2,5 %. La dernière fois que l’on a connu un tel marché de l’emploi, ce fut durant un trimestre de 1953, juste avant la récession de 1954.

40 ans d’inflation en baisse

L’objectif de la « nouvelle politique » de la FED, qui est très vague à son propos, est de permettre à la FED de s’engager dans des politiques ultras accommodantes sans limites préétablies. Cependant, comme indiqué ci-dessous, les politiques monétaires de la FED n’ont jamais réussi à créer une croissance plus forte, ou des pressions inflationnistes.

De plus, alors que Wall Street ne cesse de parler d’inflation, la réalité en est bien loin. Comme nous allons le montrer ci-dessous, les politiques de la FED sont en fait intrinsèquement déflationnistes.

Pourquoi la création monétaire ne crée pas d’inflation

« La FED crée de façon incontrôlée de la monnaie, cela va générer de l’inflation. »

Durant les 12 dernières années, on a souvent entendu cette rengaine sur les marchés. Elle provient de l’idée que l’augmentation de la masse monétaire est inflationniste vu qu’elle réduit la valeur du dollar. C’est vrai si on considère ce fait de manière isolée. Cependant, la masse monétaire qui augmente, c’est déflationniste sans augmentation de l’activité économique.

Ci-dessous, voici le ratio entre la masse monétaire M2 et la croissance, ainsi que notre indicateur économique composite qui prend en compte l’inflation, les salaires et les taux, soit 3 facteurs qui ont une corrélation directe avec l’activité économique.

Il est intéressant de noter que depuis 1980, soit depuis que la masse monétaire augmente, l’activité économique ralentit. C’est ici qu’entre en jeu la vélocité de la monnaie.

Vélocité de la monnaie

Ce que la FED ne comprend pas, c’est qu’une politique monétaire est déflationniste lorsque de la dette la finance. Comment le savons-nous ? Grâce à la vélocité de la monnaie. Pour rappel, il s’agit de la vitesse à laquelle la monnaie est échangée afin d’acquérir des biens et des services.

À chaque intervention monétaire, la vélocité de la monnaie tombe, tout comme l’activité économique. C’est aussi la conséquence des taux d’intérêt artificiellement bas, fixés ainsi dans le but de tenter de stimuler l’activité économique.

En 2000, la FED a franchi le Rubicon lorsqu’elle a abaissé les taux sans parvenir à lancer l’activité. Suite à cette décision, le fardeau de la dette s’est accumulé.

Pour illustrer ce dernier point, on peut comparer la vélocité de la monnaie avec le déficit américain.

Sans surprise, la vélocité de la monnaie augmente lorsqu’il y a un excédent budgétaire. Dans un tel scénario, l’argent est utilisé pour des investissements productifs plutôt qu’au service de la dette. Le problème de la FED se situe dans son incapacité à comprendre l’inflation économique organique.

Pourquoi gonfler le prix des actifs ne créera pas de l’inflation

S’il y a une chose que la FED a réussie, c’est de créer des cycles d’expansion et de récession qui n’ont fait qu’éroder la prospérité économique des masses. La Bourse est le seul élément qui permet de penser que les liquidités fournies par la banque centrale sont efficaces. Malheureusement, « l’effet de richesse » ne bénéficie qu’à un faible pourcentage de la population. Actuellement, les 10 % les plus riches possèdent 87 % de la Bourse. Les autres ont tout simplement du mal à boucler leurs fins de mois.

Pour que la FED génère de l’inflation, elle a besoin d’une économie qui croît suffisamment afin d’obtenir une augmentation de la production, et donc la possibilité de voir la consommation grimper. Seule une augmentation organique de la consommation peut générer de l’inflation. Générer des inégalités en permettant à 10 % de la population de consommer tandis que le reste galère ne fait qu’appliquer des pressions déflationnistes sur l’économie.

Pourquoi le plein-emploi ne créera pas de l’inflation

Cependant, partons du principe que l’économie affiche à nouveau un taux de chômage très bas, comme à la fin de 2019.

Ceci est aussi important afin de comprendre pourquoi les actions de la FED sont déflationnistes.

Comme nous l’avons dit, afin d’obtenir de la véritable inflation, il faut obtenir un marché de l’emploi qui permet d’absorber la croissance de la population. Ces emplois doivent également être productifs (à savoir manufacturiers) afin d’offrir des salaires plus élevés (les emplois axés sur les services sont déflationnistes vus qu’ils sont moins bien payés). Des salaires plus élevés augmentent la consommation, ce qui permet aux producteurs d’augmenter leurs prix.

Cela fait 40 ans que cela n’est pas le cas vu que la technologie continue de réduire la demande pour le travail en augmentant la productivité. Il s’agit du côté obscur de la technologie dont personne ne veut parler.

Pourquoi la dette ne créera pas d’inflation

Nous ne pouvons obtenir ce scénario avec une économie plombée par 75 trillions de dettes, dont le service siphonne les fonds nécessaires à la consommation. C’est pourquoi la vélocité de la monnaie a commencé à décliner lorsque la dette a cessé d’être productive pour devenir destructrice.

La baisse de la vélocité de la monnaie coïncide avec le moment où les consommateurs ont été forcés de recourir à la dette afin de maintenir leur niveau de vie.

Le problème de la FED est le suivant : en raison de l’endettement massif, les taux doivent rester bas. Tout relèvement ralentit rapidement l’économie, ce qui oblige la FED à faire machine arrière afin de la soutenir.

Avec un déficit américain qui devrait s’élever à 4,2 trillions cette année, rien que la pression déflationniste de ce déficit va continuer d’éroder l’activité économique. Comme nous l’avons dit, même si la FED parvenait à obtenir un sursaut d’inflation, ce qui pousserait les taux à la hausse, le fardeau de la dette entraînerait alors une récession économique et des pressions déflationnistes.

Pourquoi donner de l’argent aux ménages ne créera pas d’inflation

« Si le gouvernement continue d’envoyer de l’argent aux ménages, il y aura de l’inflation .»

C’est l’opinion qui prévaut lorsqu’on évoque le revenu universel et son impact sur la croissance économique. Malheureusement, ce n’est simplement pas correct.

Prenons un exemple hypothétique en utilisant les chiffres du PIB de 2007 à aujourd’hui. En 2008, en réponse à la crise financière, admettons que le Congrès décide de verser 1.000 $ par mois aux 190 millions de ménages des États-Unis.

Voici l’impact sur la croissance du PIB, en partant du principe que l’intégralité se matérialise en croissance. Pour ceux qui sont en faveur du revenu universel, cela semble clairement indiquer qu’il permet de doper le PIB.

Cependant, il ne s’agit que d’une illusion. Si vous calculez la croissance annuelle, ce qui est la méthode utilisée pour jauger la santé d’une économie, on obtient un tableau différent. En 2008, lorsque les ménages reçoivent 12.000 $ par an, le PIB bondit de 17 %, contre 1,81 % sans revenu universel.

Mais à partir de 2009, les avantages disparaissent. Pourquoi ? Parce que l’économie se normalise à ce nouveau niveau. On constate également que la croissance est ensuite inférieure.

Déjà un précédent

La nouvelle politique de la FED n’est qu’un prétexte pour lui permettre de faire tout ce qu’elle veut. La vérité, c’est qu’elle n’a pas la capacité de créer de l’emploi, de contrôler l’inflation ou d’offrir la prospérité économique. Tout ce qu’elle est capable de faire, c’est de creuser les inégalités.

De nombreux analystes affirment que nous sommes dans une situation sans précédent. Ce n’est pas vraiment le cas. Cela fait 30 ans que le Japon est un laboratoire. Les États-Unis ne font que suivre son chemin. Les USA sont bien plus similaires au Japon qu’on pourrait le croire :

  • Baisse de l’épargne ;
  • Population vieillissante ;
  • Pays lourdement endetté ;
  • Baisse des exportations ;
  • Croissance qui ralentit ;
  • Jeunesse sous employée ;
  • Courbe offre/demande non élastique.

Le nerf de la guerre, au Japon comme aux États-Unis, reste les tendances démographiques et les taux d’intérêt.

Lancement raté

Depuis la crise financière, le Japon conduit des QE massifs qui, sur une base relative, sont 3 fois plus importants que ceux des États-Unis. Si la Bourse japonaise s’en porte bien, la prospérité économique a baissé par rapport à la fin du siècle dernier.

De plus, malgré le fait que la BoJ possède 80 % des ETF japonais, ainsi qu’un pan important des obligations d’État et corporate japonaises, le pays est empêtré dans des récessions, une basse inflation et des taux bas.

Conclusion

Rien ne permet d’établir que « les nouvelles politiques de la FED » généreront de l’inflation, créeront de la croissance ou rétabliront quelque peu les inégalités.

Nous pensons qu’elles ne feront que poursuivre ce qui a été initié par les anciennes, à savoir le creusement des inégalités et le gonflement du prix des actifs.

La vision keynésienne affirmant que davantage d’argent dans les poches des gens augmentera la consommation, et donc le PIB, est fausse depuis 40 ans.