Pourquoi Trump et Powell vont faire grimper le cours de l’or

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lingotins d'or de 50 grammes, 20 grammes, etc.

La situation est idéale afin que l’or poursuive sur sa lancée. À moins de vivre dans une grotte, vous savez que l’or a grimpé d’environ 11 % pour s’installer au-dessus des 1400 $ sur les 30 derniers jours. Cette hausse venue un peu de nulle part est à mettre au crédit du président Trump et du président de la FED qu’il a nommé, Jerome Powell.

L’escalade des tensions commerciales avec la Chine a poussé les investisseurs à se tourner vers l’or. D’un autre côté, les promesses à peine voilées des officiels de la FED ont poussé le dollar à la baisse. Et comme c’est souvent le cas lorsque le billet vert recule, l’or a augmenté.

« Même s’il n’y a pas encore eu de baisse du taux directeur, on peut s’attendre à ce que les taux réels baissent, ce qui est traditionnellement positif pour l’or. Je pense que cette tendance va perdurer », a déclaré le CEO de GraniteShares, Will Rhind, à Yahoo Finance. La peur qui anime les investisseurs est l’une des autres raisons derrière la hausse récente du métal jaune, selon lui.

Rhind estime que l’or pourrait dépasser à court terme la barre des 1500 $ l’once, mais il admet ne pas avoir d’objectif précis.

Goldman Sachs est sur la même longueur d’onde. Les analystes de la banque d’investissement ont indiqué dans une note publiée ce mercredi que la faiblesse du dollar combinée à l’augmentation des incertitudes pourrait permettre à l’or de continuer sur sa lancée. Goldman a d’ailleurs relevé son objectif sur 12 mois, 2425 $ l’once à 1475 $. Selon Rhind, les chiffres de Goldman pourraient être « prudents » (source : Yahoo Finance).

Trump et les records de la Bourse

S’il y a bien une chose avec laquelle Donald Trump est cohérent, c’est avec son habitude de vanter la performance des actions américaines, et de la mettre à son crédit. Il est pourtant irresponsable de la part du président d’encourager cette hausse spéculative irrationnelle, et même de s’en vanter. Ce faisant, c’est un peu comme si le président Bush avait vanté la hausse de l’immobilier en 2006, soit peu de temps avant le krach et la terrible récession qui s’en est suivie.

Trump utilise les marchés actions en tant qu’étalon principal de la performance de son administration, comme le prouvent ses nombreux tweets à ce propos.

Imaginez si Bush s’était vanté de la hausse des prix de l’immobilier durant les années 2000, avec des déclarations fracassantes du genre « vous êtes tous riches grâce à moi », « Merci qui ? Merci président ! » La suite, on la connaît. C’est en quelque sorte ce que fait Trump lorsqu’il se réjouit de la hausse des actions.

La hausse de la Bourse est le fruit des politiques monétaires ultra stimulantes de la FED. C’est pour cela que les marchés ont grimpé de 300 % depuis la dernière décennie. Les marchés grimpaient déjà, étaient déjà substantiellement surévalués avant l’investiture de Trump fin 2016.

En campagne, Trump avait d’ailleurs lui-même qualifié les marchés actions de « grosses bulles affreuses ». Son ton a immédiatement changé après son élection. Les politiques de la FED ont fait grimper les prix des actions bien plus vite que les bénéfices, ce qui signifie que les marchés sont fortement surévalués. Aujourd’hui, ils sont presque aussi surévalués qu’avant la crise de 1929. (…) Source

Note or-argent : il est probable que Trump soit au courant des risques. Si le témoignage de Volcker a démontré que les présidents de la FED font régulièrement l’objet de pressions de la part de l’administration en aparté, jamais un président n’a autant attaqué publiquement la Banque centrale américaine. Ce faisant, Trump est peut-être en train de préparer le public à désigner comme bouc émissaire de la prochaine récession la FED.

Même si Powell baisse le taux directeur américain dans les mois à venir et qu’une récession se manifeste quand même, Trump pourra se retrancher derrière ses attaques pour blâmer la FED, qui a agi trop tard. Si elle ne fait rien, ce sera à cause de son inaction. Et si rien ne se passe avant l’élection, il pourra toujours se vanter d’avoir dopé les marchés grâce à ses politiques. Une manœuvre politicienne habile, reconnaissons-le, mais qui ne va pas vraiment dans l’intérêt des Américains.

Quant aux valorisations des actions, il va falloir peut-être voir le concept de bulle. Si on part du principe que nous entrons dans un nouveau régime des taux tendant vers 0, voire négatifs, on peut très bien concevoir que les normes historiques en termes de ratio P/E ne soient plus valables. Reste à savoir ce qui est raisonnable vu cette nouvelle donne.