Qui payera pour la crise bancaire italienne ?

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La réponse commence à prendre forme. « Il n’y a pas et il n’y aura pas de crise bancaire en Italie, tout comme il n’y aura pas de crise financière européenne à cause de l’Italie. » Voici les mots sentant bon le déni du commissaire européen Pierre Moscovici, prononcés durant ce week-end. « Nous avons la capacité de gérer la situation, et nous la gérerons aussi bien au niveau italien qu’européen », a-t-il déclaré à France Info.

Clairement, les fantasmes idéalistes sont plus que jamais d’actualité tout en haut de la tour d’ivoire arrogante de Bruxelles. À moins que les choses soient si sérieuses qu’il faille mentir, pour paraphraser Jean-Claude Juncker…

Les marchés semblent également être dans un état de complaisance inquiétant. Depuis les rumeurs d’un nouveau plan de sauvetage financé par l’argent public qui ont émergé au début de la semaine dernière, les actions bancaires ont décollé. Pas uniquement en Italie, mais également sur la plupart des marchés européens. Le titre d’UniCredit, « la seule institution financière d’importance systémique » d’Italie, a grimpé de 20 % tandis que la seconde banque de la Botte, Intesa Sanpaolo, a progressé de 10 %.

De nouveau, la moindre suggestion d’une intervention du gouvernement ou de la banque centrale est suffisante pour calmer les nerfs d’investisseurs habitués à être dorlotés. Du moins, pour le moment.

Monte dei Paschi di Siena (MPS), qui a déjà levé des capitaux à 2 reprises, disposera d’une dernière chance cette semaine pour trouver les fonds qui lui manquent auprès des investisseurs privés (au moins 5 milliards). Vu son misérable échec à trouver plus d’un milliard durant les 6 derniers mois, malgré l’assistance de l’une des banques les mieux connectées et puissantes du monde, la JPMorgan, le pari est de taille. Si elle échoue, il ne lui restera plus qu’une dernière chance, le plan Z : un plan de sauvetage bien comme il faut, financé par le contribuable, qui pourrait inclure la contribution des détenteurs d’obligations subordonnées.

L’idée de faire participer les porteurs d’obligations subordonnées est un sujet sensible en Italie, vu qu’ils incluent des milliers de petits investisseurs à qui les banques ont « refourgué » des instruments financiers complexes en tant qu’investissement sûr durant les années difficiles de la crise européenne de la dette souveraine. La dernière fois que ces investisseurs ont été mis à contribution, dans le cadre du sauvetage d’une poignée de banques régionales en toute fin d’année dernière, un retraité s’est suicidé après avoir perdu toutes ses économies. Cependant, comme le rédacteur en chef financier de Reuters George Hay l »a mis en exergue, l’impact politique pourrait avoir été surévalué :

« Plus de 85 % de ces instruments sont détenus par les 10 % des ménages les plus riches d’Italie, d’après le Centre for European Policy Studies (CEPS). Si des obligations ont été vendues de façon douteuse, les investisseurs concernés pourraient recevoir une compensation, comme ça s’est passé dans le cas de la banque espagnole Bankia. »

Cependant, depuis le fonds de sauvetage de Bankia créé en 2012, le gouvernement espagnol, avec l’argent du contribuable, a non seulement remboursé les petits investisseurs de la banque, mais aussi bon nombre de ses actionnaires.

Il faut également prendre en compte la perspective du besoin éventuel de renflouer le secteur bancaire italien dans son ensemble. Une opération qui pourrait coûter, selon des « sources officielles », 15 milliards d’euros. Étant donné que 7 banques italiennes de taille moyenne sont au moins, si ce n’est plus, aussi insolvables que Monte Paschi, d’après le ministre des Finances italien Pier Carlo Padoan, ce scénario est le plus probable.

Cependant, 15 milliards pourraient s’avérer insuffisant. D’après Philippe Bodereau, responsable de la recherche financière de PIMCO, jusqu’à 40 milliards d’euros pourraient être nécessaires. (…) »

Source : WolfStreet.com

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