Taux négatifs : ça marche, selon la Banque centrale du Danemark

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Dans sa dernière étude sur l’impact à long terme des taux négatifs, la Banque centrale du Danemark affirme qu’ils fonctionnent bien mieux qu’on le pense.

Morten Spange, conseiller en chef de la politique monétaire de la banque à Copenhague, affirme que propulser le taux directeur en territoire négatif est une méthode efficace pour soutenir le crédit. Il s’agit « d’un résultat important si vous envisagez de recourir aux taux négatifs afin de soutenir l’économie », a déclaré Spange dans une interview.

Taux négatifs : une politique controversée

Cette politique reste controversée. De nombreux banquiers centraux continuent de la rejeter en tant que solution extrême à éviter. Le Danemark l’utilise afin d’éviter à sa devise d’être trop forte. Mais la Suède l’a abandonnée en décembre, tandis qu’elle est vue avec scepticisme aux États-Unis. En Grande-Bretagne, les décideurs de la Bank of England explorent cette idée en tant qu’arme pour combattre les conséquences négatives du Brexit et de la pandémie.

Les 8 années de taux négatifs au Danemark sont un record. Ce cas offre donc des perspectives uniques. Le pays scandinave les a adoptés dès mi-2012, lorsque les investisseurs étaient à la recherche d’un actif sûr pour parquer leur argent, au beau milieu de la crise de la dette européenne.

Lois naturelles

Selon Spange, les lois des politiques monétaires ne changent pas lorsque les taux passent en dessous de zéro. « Nous avons découvert que les taux négatifs sont en quelque sorte une extension naturelle des taux positifs très bas. » Certains effets se produisent néanmoins avec latence. Par exemple, les banques danoises ont attendu 7 ans pour oser répercuter ces taux négatifs sur les comptes en banque de certains de leurs clients. Jusqu’à présent, rien n’indique que les Danois retirent de l’argent liquide.

Jesper Berg, patron de l’autorité de supervision financière de Copenhague, affirme que les taux négatifs ont un énorme impact sur le business model des banques. L’étude de la banque centrale, publiée ce jeudi, montre que lorsque les taux négatifs ont été répercutés sur les comptes des entreprises, elles ont augmenté leurs investissements et leurs embauches de façon significative. Elles ont aussi réduit leur dette et leurs niveaux de liquidités. Cela dit, dans un premier temps, les entreprises n’ont pas hésité à tenter d’éviter les taux négatifs, notamment en changeant de banque.

Pas de taux de réversion

Cette analyse est la dernière en date d’une longue série. Globalement, les chercheurs n’ont pas trouvé « de restriction du crédit », selon Spange. « Et nous n’avons pas vu de signes de ce que certaines études appellent taux de renversement, lorsque les taux négatifs commencent à provoquer la contraction de l’économie. »

Au Danemark, environ 80 % des entreprises ainsi qu’un nombre grandissant de particuliers subissent les conséquences des taux négatifs. Danske Bank A/S, la plus grosse banque danoise, vient récemment d’annoncer que les taux négatifs s’appliqueraient aux comptes des particuliers avec un solde supérieur à 40.000 $.

« Si l’ensemble du marché prend cette direction, à un moment donné il devient très difficile de ne pas suivre, a déclaré le CEO de la banque, Chris Vogelzang. Nous ne voyons pas les taux négatifs disparaître de sitôt, tôt ou tard il faut franchir le pas. »

Selon Spange, l’adoption de nombreuses règles financières a permis d’empêcher les déséquilibres dangereux qui peuvent se manifester à cause des taux négatifs. Cela dit, il reconnaît qu’il y a des risques qui pourraient se clarifier à l’avenir.

« Il faut toujours être prudent. Nous sommes en terrain inconnu avec les taux négatifs. Parfois, les risques augmentent lorsque vous n’êtes pas attentifs. Il est donc important de rester vigilant », a-t-il ajouté.

Source : Bloomberg