Le déficit des États-Unis explose : + 35 % entre 2015 et...

Le déficit des États-Unis explose : + 35 % entre 2015 et 2016

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Article de Martin Feldstein, professeur d’économie à Harvard, publié le 25 juillet 2016 sur ProjectSyndicate.org : 

« Deux nouvelles concernant le budget sonnent comme un triste rappel de l’état périlleux de la politique fiscale des États-Unis. L’Office of Management and Budget du président Obama a annoncé que le déficit du gouvernement fédéral serait cette année d’environ 600 milliards de dollars, en hausse de 162 milliards par rapport à 2015, soit une augmentation d’environ 35 %. Et les prévisions à long terme du Congressional Budget Office (CBO) anticipent, si cette politique fiscale se poursuit, que la dette fédérale augmentera de 75 à 86 % du PIB dans la décennie à venir pour ensuite atteindre 141 % d’ici 2046, soit à des niveaux proches de l’Italie, du Portugal et de la Grèce.

Même si le ratio dette/PIB a doublé durant la dernière décennie, l’administration Obama et le congrès ont ignoré le problème, préférant se focaliser sur le déclin du déficit annuel depuis 2012 ainsi que la relative stabilité du déficit en tant que le pourcentage du PIB. Ce progrès temporaire reflétait la reprise économique et les votes du Congrès visant à limiter les dépenses militaires et d’autres programmes « discrétionnaires ».

Mais le creusement à long terme des déficits annuels dû au vieillissement de la population, aux progrès médicaux et à la hausse des taux signifie que l’augmentation du ratio dette/PIB est inévitable (il est d’ailleurs attendu par le CBO et d’autres). Le nombre grandissant d’Américains âgés susceptibles de bénéficier d’allocations sociales augmentera les coûts de ce programme de 4,9 % du PIB cette année à 6,3 % du PIB dans les 30 années à venir. La moitié de l’augmentation des coûts des programmes fédéraux de santé, de 5,5 % du PIB aujourd’hui à 8,9 % en 2046, sera le fait de l’augmentation du nombre de bénéficiaires, tandis que l’autre moitié sera due aux coûts additionnels engendrés par l’utilisation de technologies plus coûteuses.

Les politiques monétaires non conventionnelles de la Fed ont poussé le service de la dette à seulement 1,4 % du PIB malgré l’augmentation de son poids. Mais lorsque les taux d’intérêt se normaliseront alors que la dette augmente, le coût du service de la dette nationale pourrait augmenter jusqu’à 5,8 % du PIB. (…)

Le fait que plus de la moitié de la dette publique américaine est désormais dans les mains d’investisseurs étrangers signifie que les taux pourraient être encore plus sensibles au montant total de la dette. Les investisseurs pourraient craindre l’adoption de politiques visant à réduire la valeur réelle de leurs actifs. Même si le gouvernement américain ne fera jamais défaut de façon explicite, il pourrait adopter des politiques telles que la déduction de l’impôt sur le revenu sur le paiement des intérêts, ce qui désavantagerait les porteurs étrangers et ferait baisser la valeur des obligations. De plus, un haut niveau de dette pourrait faire craindre l’adoption de politiques monétaires inflationnistes visant à faire baisser la valeur du dollar, et donc la valeur réelle de leur obligation.

La sécurité sociale et le service de la dette devraient engloutir 100 % des rentrées fiscales des États-Unis d’ici 2046

Voici une conséquence incroyable et inquiétante du CBO à propos de tout ceci : d’ici 2046, les projections concernant les programmes sociaux principaux et le service de la dette prédisent que ces 2 postes devraient engloutir plus de 100 % des rentrées fiscales des États-Unis, dans le scénario d’une fiscalité inchangée. Un petit déficit, d’1,6 % du PIB, émergerait sans avoir même dépensé un centime pour la défense ou d’autres programmes « discrétionnaires ». Il sera impossible de compenser la hausse des programmes sociaux par la baisse des budgets des autres postes de dépenses, comme la défense. (…)

Aucun des candidats à la présidentielle n’a évoqué un plan de bataille ou son souhait d’inverser l’augmentation projetée de la dette nationale. Ce devrait pourtant être l’une des premières priorités du futur pensionnaire de la Maison-Blanche, qui qu’il soit. Vu l’urgence afin d’éviter le pire scénario, il n’y a pas d’excuses pour attendre. »

Crédit illustration : Chris Potter (http://www.stockmonkeys.com/) via Flickr