En euros, l’once d’or valait 3 513 € le 20 juillet 2026. Huit mois plus tôt, sur l’ensemble du mois de novembre 2025, elle avait oscillé entre 3 423 € et 3 638 €, avec un passage à 3 513 € le 18 novembre. Le niveau actuel se situe donc à l’intérieur de la fourchette d’il y a huit mois.
Entre les deux, il s’est pourtant passé beaucoup de choses. Un record fin janvier, à 4 521 € et 5 405 $ l’once au second fixing de Londres. Puis une correction qui a ramené le métal jusqu’à 3 940 $, soit environ 27 % sous ce sommet.
Le prix est donc à peu près revenu d’où il venait. Il n’est pourtant pas lu de la même façon.
La courbe des émotions décrit bien ce qui se passe
Le schéma est connu. Tout commence par l’optimisme : vous achetez avec confiance, le cours monte, vous êtes satisfait. Vient l’excitation, puis l’euphorie, quand la hausse semble devoir durer. Le marché corrige. Apparaissent l’anxiété, puis le déni, puis la peur. Vous consultez les cours plusieurs fois par jour. Puis la panique, et la capitulation : vous vendez. Quelques mois plus tard le marché repart, l’espoir revient, et le cycle recommence.
La version la plus ancienne largement diffusée de ce schéma est créditée à Westcore Funds / Denver Investment Advisers, un gérant d’actifs américain, en 1998. C’était un support destiné aux clients d’un fonds. Ce n’est donc pas un modèle scientifique du marché, mais une représentation pédagogique de réactions souvent observées chez les investisseurs. Ça ne la rend pas fausse. Ça situe simplement ce qu’on peut lui demander.
Le même prix, deux lectures opposées
En novembre 2025, autour de 3 520 € l’once, le métal passait pour cher. Beaucoup d’épargnants attendaient une respiration avant de se positionner. Aujourd’hui, au même niveau, le sentiment dominant est différent : le chiffre se lit comme le résidu d’une chute.
Le prix n’a pas bougé. Le point de comparaison, si. En novembre, la référence mentale était le cours de l’année précédente, et 3 520 € paraissait haut. Depuis janvier, la référence est le record à 4 521 €, et le même 3 520 € paraît abîmé.
C’est le biais d’ancrage. On tend à juger un prix par rapport au dernier chiffre marquant qu’on a vu, souvent davantage qu’à partir des éléments qui le déterminent réellement : taux réels, taux de change, achats des banques centrales, offre et demande.
Le mécanisme joue dans les deux sens. Il fait paraître un actif bon marché après une baisse et cher après une hausse, indépendamment de toute analyse. La courbe des émotions ne décrit donc pas le marché. Elle décrit le point de vue de celui qui le regarde.
Ce que ce constat ne dit pas
Il ne dit rien de la suite, et la tentation est forte d’en tirer une conclusion sur la direction du cours.
Le 27 juillet 2026, CBS News a interrogé trois professionnels sur les mois à venir. Thomas Winmill, de Midas Funds, estime qu’un apaisement au Moyen-Orient ferait baisser le pétrole, l’inflation puis les taux américains, ce qui ramènerait l’or au-dessus de 5 000 $. James Anderson, de SD Bullion, table sur une fourchette de 3 900 à 4 350 $ en août, avec un rebond plutôt attendu au quatrième trimestre. Matthew McKay, de Briaud Financial Advisors, pense que l’or et l’argent peuvent stagner de quelques mois à un an.
Trois professionnels, le même jour, trois scénarios incompatibles. Le retour dans la fourchette de novembre est un fait vérifiable. Ce qu’il annonce ne l’est pas.
Le coût que vous pouvez réellement comparer
Pendant que l’attention se porte sur le cours, un autre écart travaille en silence.
La prime est la différence entre la valeur du métal fin contenu dans un produit et son prix de vente. Mais le coût réel d’une opération se mesure sur l’aller-retour complet : le prix payé à l’achat, et le prix de reprise proposé au même moment sur le même produit. C’est cet écart, vérifiable produit par produit, qui pèse le plus sur un horizon de plusieurs années.
Deux paramètres le font varier. Le format d’abord : plus la pièce est petite, plus le coût de frappe pèse proportionnellement. Pour réunir la quantité d’or fin d’un lingot d’un kilogramme, il faut environ 172 pièces de 20 francs, chacune contenant 5,81 g d’or fin. Ces 172 pièces et le lingot ne se paient pas du tout le même prix, à métal identique. La liquidité ensuite : une pièce très échangée en France se reprend plus facilement et plus près du cours qu’un produit rare.
Contrairement au cours, ce sont des chiffres que vous pouvez comparer avant de signer.
Les règles s’écrivent à froid
La courbe des émotions a un usage défendable, à condition de la retourner vers soi plutôt que vers le marché.
Elle sert à décider à l’avance, pendant que rien ne se passe : un montant, une fréquence, une part maximale de votre épargne en métaux physiques, et le nombre de fois où vous acceptez de consulter les cours dans la semaine. Ces décisions se prennent à froid, parce qu’elles ne se prennent jamais correctement à chaud.
L’objectif n’est pas de deviner les mouvements du cours, mais de fixer à l’avance une méthode compatible avec votre horizon et votre patrimoine.
Les informations de cet article sont fournies à titre pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Le cours de l’or, les primes, la fiscalité et les conditions de revente peuvent évoluer. Avant toute opération, vérifiez les données à jour et évaluez votre situation.

