Il ne faudra pas compter non plus sur la Chine

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Pour compenser la baisse de ses exportations depuis la crise de 2008, la Chine tente de passer d’un modèle basé sur l’industrie à une économie reposant sur la consommation domestique. Malheureusement, la transformation ne se passe pas comme prévu alors que les chiffres montrent que c’est la santé de l’industrie chinoise qui conditionne la consommation. Comme les pays occidentaux, la Chine a eu recours à la dette pour éviter que son économie plonge. Si bien qu’elle est devenue un facteur de risque économique mondial comme l’indique l’article de Jeffrey P. Snider, publié le 10 juillet 2017 sur AlhambraInvestments.com :

L’ancien économiste en chef du FMI Ken Rogoff a averti le 10 juillet 2017 sur CNBC qu’il s’inquiète pour la Chine. Il craint particulièrement que celle-ci « exporte une récession » au reste de l’Asie, voire même au reste du monde. J’ignore s’il s’en rend compte ou pas, mais l’économie chinoise le fait déjà depuis 2012 à différents degrés.

« S’il y a un pays qui va vraiment affecter tout le reste du monde et qui est vulnérable, aujourd’hui c’est la Chine. »

Selon Rogoff, le problème de la Chine est que son endettement excessif pourrait la freiner davantage alors que le pays tente de restructurer son économie en passant d’une économie basée sur l’industrie exportatrice à une économie tournée vers le marché local, et notamment les services. Un tel rééquilibrage est intrinsèquement risqué, surtout lorsqu’il y a autant de dettes.

Mais, de nouveau, j’ignore si Monsieur Rogoff s’est vraiment penché en détail sur la Chine. Son gouvernement peut prétendre que son économie est en phase de rééquilibrage, il y a très peu d’éléments qui étayent cette affirmation. La croissance de la consommation est aujourd’hui d’un tiers par rapport au rythme enregistré lorsque les usines chinoises fabriquaient les produits utilisés par le monde développé. L’industrie est toujours le moteur de son économie. La majorité des dettes contractées le furent dans l’attente de la reprise des volumes d’exportation du passé et non de la reprise du flambeau par le consommateur chinois.

C’est l’industrie chinoise qui tire la consommation domestique

S’il y a bien un risque en Chine, c’est celui de voir la réévaluation des conditions de cette dette avant la fin du processus de transformation de son économie (un départ timide ne serait pas suffisant). Tant que les investisseurs chinois et les détenteurs des capitaux fébriles pensent que c’est possible, la réévaluation de cette dette pourra être reportée. Les mouvements récents sur le marché obligataire chinois, cependant, semble indiquer qu’un tel processus pourrait déjà être en cours.

La grande question est de savoir combien de temps le système pourra se maintenir dans un tel état alors que les consommateurs ne reprennent pas le flambeau. Plus cela tardera, plus les chances de voir cette réévaluation de la dette, et éventuellement sa répudiation, augmentent. Avec pour conséquence non pas une récession chinoise, mais un problème de mutation pouvant entraîner le pays dans la mauvaise direction, soit un ralentissement économique permanent.

bilan de la banque centrale et cpi chineLes derniers chiffres économiques chinois continuent de confirmer ce manque de progrès. L’inflation des prix à la production comme des prix à la consommation de juin est similaire aux estimations d’avril, ni plus ni moins. Le CPI chinois, comme celui du reste du monde, continue de démentir le scénario de l’embellie économique. Au contraire, il suggère que cette embellie n’était qu’une création de médias stupéfaits qui anticipent toujours une fin heureuse.

Tout comme la FED, la BCE et la BoJ, la Banque centrale chinoise a été contrainte d’intervenir lourdement durant ces dernières années. Depuis décembre 2015, lorsque la croissance et le risque monétaire étaient au pire, la Banque centrale chinoise a augmenté la portion de ses actifs libellés en yuan de plus de 5,5 milliards (jusqu’à mai 2017). Ce qui en tout état de cause représente un énorme programme monétaire. (…)

Je pense nécessaire de conclure en répétant que 2017 n’étaient pas censé se dérouler ainsi. La fin du revers économique mondial de 2016 devait déboucher sur des améliorations mesurables et incontestables, une voie ouverte vers quelque chose de différent. Au lieu de cela, on voit partout des réminiscences du passé. C’est tellement vrai que même les économistes orthodoxes des médias dominants se sont joints au débat, avec seulement quelques années de retard.