Les mensonges de la guerre contre l’argent liquide

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Les attaques contre l’argent liquide, lancées par une phalange d’économistes, banquiers centraux, banques commerciales et politiciens, ne se sont pas calmées durant ces dernières années. Au contraire, dans un contexte de recrudescence des attaques terroristes de par le monde, particulièrement en Europe, et des pressions grandissantes sur les budgets publics, l’abolition du cash est de plus en plus sur le devant de la scène.

Dans une étude que je vous recommande chaudement intitulée “Cash, Freedom and Crime. Use and Impact of Cash in a World Going Digital” (« Argent liquide, liberté et crime. Utilisation et impact du cash dans un monde qui se numérise »), la recherche de Deutsche Bank démolit de nombreux mythes populaires concernant l’argent liquide, notamment par rapport au crime et au terrorisme. Sans argent liquide, il n’y a plus de vol d’agence à main armée. Mais désormais, les méfaits se font via Internet. Des fraudes, notamment à la carte de crédit, se multiplient en Suède, pays considéré comme le pionnier de la société sans cash. L’argument selon lequel un système sans argent liquide facilite la lutte contre le terrorisme ne tient pas non plus la route :

« En ce qui concerne le terrorisme en Europe, l’analyse de 40 attaques djihadistes de ces 20 dernières années montre que le financement provenait principalement des fonds propres des criminels. 75 % des attaques ont coûté moins de 10 000 $, des sommes bien trop basses pour éveiller la suspicion, même en cas de paiement par carte. »

De plus, de nombreux terroristes, surtout lorsqu’ils sont prêts à y laisser leur vie, ne se laisseront pas décourager par de telles interdictions, tout comme les législations restrictives sur le port d’armes n’ont aucun impact sur les criminels qui utilisent des armes non-déclarées. (…) Au mieux, l’interdiction du cash compliquera un peu le financement du terrorisme (même si cela reste à prouver), mais au prix de l’imposition de mesures de surveillance toujours plus intrusives à une population pacifique.

Durant ces 12 derniers mois, les législateurs ont adopté de nouvelles lois qui restreignent au minimum l’utilisation du cash. Disparition des grosses coupures (par exemple du billet de 500 €), plafond maximum pour le règlement en espèces. Il y a aussi de grands changements technologiques qui réduisent considérablement le coût des transactions électroniques, et qui rendent donc l’argent liquide moins attractif en comparaison.

En Suède, une application mobile baptisée « Swish », proposée par les plus grandes banques du pays, a révolutionné le paiement électronique. Jusqu’à présent, elle a été téléchargée 5,5 millions de fois. Dans ce pays scandinave, seulement 2 % des paiements se font aujourd’hui en espèces.

La Banque centrale suédoise s’attend à voir ce pourcentage encore baisser pour atteindre 0,5 % d’ici la fin de la décennie. Des 1 600 agences bancaires que compte le pays, 900 ne disposent pas d’argent liquide.

Le débat académique se poursuit. Un papier qui a récemment initié un débat animé est celui du FMI intitulé « The Macroeconomics of De-Cashing », publié en mars 2017. Son auteur, Alexei Kireyev, examine les possibles conséquences macroéconomiques de l’abolition du cash. Ses conclusions principales sont :

  • un système de paiement sans espèces rendrait les politiques monétaires plus efficaces vu la rareté de l’argent liquide. Il serait notamment possible de généraliser les taux négatifs afin de doper la consommation ;
  • vu qu’un déclin des billets en circulation signifierait davantage de dépôts, le secteur bancaire serait en mesure d’accorder davantage de crédits. Cela ferait baisser les taux et doperait la croissance ;
  • l’augmentation soudaine de la demande pour le cash est le signe de l’imminence d’une crise financière. Peu de temps avant l’effondrement de Lehman Brothers en 2008, la demande pour le cash a augmenté significativement. C’était le signe que les clients des banques perdaient confiance quant à la solvabilité de leur banque. Avec l’abolition du cash, ces signaux disparaîtraient ;
  • une société sans liquide favorise la perception fiscale, comme l’exemple suédois le montre.

Même si certains passages tentent de faire montre d’objectivité superficielle, cet article affiche clairement un biais en faveur de l’abolition du liquide. Plusieurs arguments de ce papier sont fallacieux. La société sans cash est censée améliorer l’inclusion financière, vu que le compte bancaire deviendrait indispensable pour tout un chacun. Elle réduirait l’immigration illégale, vu que l’embauche d’illégaux serait plus compliquée. Ce serait également bon pour l’environnement, car la production de papier ou de polymères, utilisés pour fabriquer les billets, a un plus gros impact environnemental que l’argent électronique.

La question de savoir si l’objectif de lutter contre le crime et l’économie au noir peut être atteint en interdisant le cash reste très controversée. Le professeur Friedrich Schneider, l’un des experts les plus reconnus dans les domaines de l’économie au noir et de l’évasion fiscale, montre que l’interdiction du cash ne réduirait le travail au noir que de seulement 10 % et le crime organisé de moins de 5 %.

Les conclusions du papier du FMI ne se lisent pas autrement qu’un manuel politique en faveur de l’abolition du liquide via la tactique du salami. Autrement dit, le but est d’empêcher la population de s’alarmer, d’y aller petit à petit, en douceur. Il faut mettre en place des incitants à l’utilisation de l’argent électronique. Cependant, le point le plus alarmant selon nous est que la fin du cash serait « critique pour l’efficacité » des taux d’intérêt négatifs.

Article de Ronald Peter Stoferle, publié le 27 juin 2017 sur Mises.org