Mardi 11 août 2026, sur un chantier d’égouttage à Saint-Gilles-lez-Termonde, en Flandre-Orientale, une mèche de foreuse s’est bloquée. Elle venait de taper dans un lingot d’or.
Kobe, 18 ans, étudiant embauché pour l’été par l’entreprise De Brand, a raconté qu’il avait d’abord cru voir des pièces de 1 euro. Les ouvriers ont continué à creuser. Ils ont sorti une cinquantaine de lingots numérotés et une masse de vieilles pièces d’or, dissimulés dans un mur de cave maçonné, sous les fondations d’une maison du XIXe siècle. La presse belge estime l’ensemble à environ 9 millions d’euros. Les ouvriers ont prévenu le propriétaire du bâtiment, puis la police.
Une semaine plus tard, personne ne sait à qui appartient ce trésor en or. C’est cette partie de l’histoire qui mérite l’attention d’un épargnant, bien plus que le montant.
Ce qui a été trouvé, exactement
Les photos diffusées par la police de Termonde montrent 49 lingots alignés sur une table et des récipients remplis de pièces. Les comptes rendus de VRT évoquent au moins 4 000 pièces anciennes. Le site numismatique CoinWeek, en examinant les clichés officiels, y a identifié des souverains britanniques, sans que les autorités aient publié d’inventaire détaillé ni de datation.
Les récits divergent sur le contenant : certains parlent d’un coffre muré, le responsable du chantier évoque un sac en plastique. Sur un point tout le monde s’accorde. L’or n’était pas dans un coffre-fort. Il était emmuré.
Patrick Feys, chef de la zone de police de Termonde, a précisé que l’inventaire avait été réalisé au commissariat sous vidéosurveillance, avant scellés, pour éviter toute contestation ultérieure. L’or a ensuite été transféré dans un coffre sécurisé des services fédéraux à Bruxelles.
Ce que pèsent 9 millions d’euros en or physique
Le chiffre de 9 millions circule partout sans que personne n’explique ce qu’il recouvre. Un calcul d’ordre de grandeur aide à se le représenter.
À la mi-août 2026, le gramme d’or fin se négocie autour de 120 euros selon les cotations publiques (à vérifier sur une source de cours en direct, ce niveau bouge tous les jours). À ce prix, 9 millions d’euros correspondent à environ 75 kilos d’or fin.
Le compte tombe juste si les lingots sont des kilobars : 49 kilos de lingots, plus 4 000 souverains à 7,32 grammes d’or fin chacun, soit près de 29 kilos, donnent à peu près 78 kilos. Autour de 9,4 millions d’euros à ce cours.
Deux réserves. L’estimation vient de médias belges, pas d’une expertise officielle. Et des pièces anciennes se vendent souvent au-dessus de leur valeur métal, ce qui pourrait signifier moins de grammes pour la même somme.
Retenez surtout la densité. Une fortune de plusieurs millions d’euros tient dans le volume d’une grosse valise, et se dissimule sans difficulté dans une paroi de cave. C’est précisément ce qui fait la commodité de l’or physique, et c’est aussi ce qui crée le problème suivant.
Personne ne sait d’où vient cet or
Le parquet de Flandre-Orientale a ouvert une enquête. Sa porte-parole, Hanne Ollevier, a déclaré à la presse belge qu’à ce stade on ignore l’origine de l’or et à qui il appartient juridiquement. Les enquêteurs doivent notamment écarter l’hypothèse d’un bien volé ou du produit d’une infraction.
Le droit belge laisse cinq ans au propriétaire légitime pour se manifester. Si personne ne le fait et que l’or n’est pas lié à une activité criminelle, le droit civil prévoit un partage entre l’inventeur et le propriétaire du terrain. Les candidats potentiels sont déjà plusieurs : les ouvriers de De Brand, l’association CAW Oost-Vlaanderen qui possède le bâtiment, et d’éventuels descendants de la famille propriétaire d’origine.
Car le bâtiment a une histoire. Le Brouwershuis a été construit vers 1900 pour le brasseur Theophilus Van Assche, dont la brasserie a tourné de 1899 à 1970. Piet Buyse, ancien bourgmestre de Termonde et historien local, a confié à HLN qu’il ne serait pas surpris que la famille ait converti une partie de sa fortune en or avant de la cacher. Ce n’est qu’une hypothèse, et les enquêteurs n’ont établi aucun lien.
Geert Hillaert, directeur du CAW, espère de son côté que le trésor finisse par servir l’action sociale de l’association. Kobe, lui, a dit à VRT espérer une prime d’inventeur.
Tout cela peut prendre des années. La raison en tient en une phrase : l’or ne portait aucun papier.
En France, la règle du trésor tient en un article
L’article 716 du Code civil français pose le principe : le trésor appartient à celui qui le trouve dans son propre fonds. Trouvé dans le fonds d’autrui, il revient pour moitié à l’inventeur et pour moitié au propriétaire du fonds.
Le texte est court. Son application ne l’est pas. Encore faut-il qualifier la trouvaille de trésor, c’est-à-dire une chose cachée ou enfouie sur laquelle personne ne peut justifier sa propriété, et découverte par le pur effet du hasard. Si un héritier produit une preuve de propriété, le partage ne s’applique pas. Si les objets présentent un intérêt archéologique, d’autres régimes entrent en jeu. Face à une découverte de ce type en France, la première démarche utile consiste à prévenir les autorités et à consulter un juriste, pas à estimer sa part.
L’enseignement pratique : l’or sans facture est un or plus compliqué
Voilà le point qui concerne directement un épargnant français, même sans mur de cave.
À la revente de lingots ou de pièces d’or d’investissement, deux régimes coexistent. Le régime par défaut est la taxe forfaitaire sur les métaux précieux, 11,5 % du prix de cession (11 % d’impôt et 0,5 % de CRDS), calculée sur le montant total de la vente et non sur le gain. Elle s’applique automatiquement, sans justificatif.
L’autre voie est l’option pour le régime des plus-values de cession de biens meubles. Elle ne taxe que le gain réel, avec un abattement de 5 % par an à partir de la troisième année de détention et une exonération totale au bout de 22 ans. Cette option est soumise à une condition ferme : disposer d’un justificatif nominatif établissant la date et le prix d’acquisition, une facture détaillée, un acte notarié ou une déclaration de succession.
Sur le taux exact de ce second régime en 2026, les sources professionnelles divergent, certaines retenant 36,2 % et d’autres 37,6 % après la hausse de CSG votée fin 2025. Le taux applicable à votre situation doit être vérifié auprès du BOFiP ou de l’administration fiscale avant toute cession. Le principe, lui, ne change pas : sans papier, l’option est fermée, quel que soit le taux.
Concrètement, l’épargnant qui achète des pièces ou des lingots auprès d’un professionnel déclaré reçoit une facture nominative détaillant les produits et, pour les lingots, leurs numéros. Ce document ne sert à rien pendant vingt ans. Il vaut potentiellement plusieurs milliers d’euros le jour de la revente, et il évite à des héritiers de se retrouver dans la position du parquet de Termonde.
Les erreurs les plus courantes tiennent en peu de choses :
- Jeter ou égarer la facture d’achat, ce qui verrouille définitivement l’option plus-values.
- Acheter sans facture nominative, notamment de particulier à particulier, sans mesurer ce que cela coûtera à la sortie.
- Ne rien dire à ses proches, et laisser derrière soi un or que personne ne saura ni retrouver ni justifier.
- Conserver le justificatif au même endroit que le métal, si bien qu’un sinistre fait disparaître les deux.
L’endroit où l’or dort compte autant que sa valeur
Le trésor de Termonde a passé des décennies dans un mur. Il a survécu. C’est la version chanceuse de l’histoire.
Le bâtiment est aujourd’hui en cours de démolition partielle avant reconversion en bureaux et logements. Quelques mètres de décalage dans le tracé des canalisations, ou une benne au lieu d’une pelle, et 9 millions d’euros partaient à la décharge. Un or caché sans que personne d’autre ne le sache est un or que personne ne réclamera.
Les options de conservation ont chacune leur logique. Le domicile offre l’accès immédiat, mais expose au vol, à l’incendie et à l’oubli, et l’assurance habitation classique ne couvre les métaux précieux que dans des limites souvent basses, à vérifier ligne par ligne dans son contrat. Le coffre en banque ou en société privée déplace le risque, contre un coût annuel et des horaires d’accès. Avant de choisir, deux questions valent d’être posées : que se passe-t-il si je disparais demain, et qui saura où chercher.
Ce que cette découverte ne dit pas
Une histoire de trésor produit toujours le même effet secondaire. En quelques jours, elle a servi d’argument à quantité de commentaires sur l’or comme réserve de valeur qui traverse les époques.
Prudence. Nous ignorons quand cet or a été acheté, à quel prix, et ce que la même somme aurait rapporté ailleurs. Nous ne savons même pas encore avec certitude qui l’a caché. Une pièce enterrée pendant un siècle ne démontre rien sur le rendement de l’or, seulement sur le fait que le métal ne s’oxyde pas et ne dépend d’aucune contrepartie.
C’est déjà une propriété réelle, et c’est peut-être tout ce que l’affaire de Termonde établit sérieusement.
Ce qu’il reste à faire
Si vous détenez de l’or physique, la démarche utile cette semaine ne coûte rien. Sortez vos factures d’achat, vérifiez qu’elles sont nominatives, qu’elles mentionnent les produits et les numéros de lingots, et qu’elles sont datées. Scannez-les. Rangez la copie ailleurs que le métal. Dites à une personne de confiance où se trouvent l’un et l’autre.
Les ouvriers de Termonde ont eu de la chance de tomber sur cet or. Son propriétaire d’origine, lui, n’en a eu aucune.
Les informations de cet article sont fournies à titre pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Le cours de l’or, les primes, la fiscalité et les conditions de revente peuvent évoluer. Avant toute opération, vérifiez les données à jour et évaluez votre situation.

