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L’or a perdu 20 % ou 22 % depuis son record. Les deux chiffres sont exacts

Le prix de référence de la LBMA (London Bullion Market Association) a inscrit son record absolu le 29 janvier 2026, au fixing du matin : 5 501,70 dollars l’once. Le 13 août, l’once spot évoluait autour de 4 373 dollars. Environ 20 % de moins.

Sauf que la plupart des articles publiés cette semaine annoncent 22 %. Ils comparent au plus haut du spot intraday, qui a brièvement approché 5 600 dollars le même jour chez plusieurs fournisseurs de données. Les deux calculs sont justes. Ils ne mesurent simplement pas la même chose.

Ce détail n’est pas de la coquetterie statistique. Il explique pourquoi vous lirez, sur la même actualité, des baisses annoncées à 20 %, 22 % ou 27 %. Et il donne le ton de ce qui suit : sur ce marché, le chiffre que vous voyez dépend toujours de la référence, de la devise et de la fenêtre choisies.

Trois façons de mesurer la même chute

Le rapport trimestriel de la LBMA, publié le 15 juillet, donne les repères les plus propres parce qu’il utilise un seul benchmark d’un bout à l’autre.

MesurePériodeVariation
Record LBMA vers le creux29 janvier au 25 juinenviron -27 %
Premier semestre complet1er janvier au 30 juin-8,22 %
Sur 18 mois2 janvier 2025 au 30 juin 2026+52 %

Trois chiffres, un seul métal, aucune contradiction. Le creux du 25 juin s’établissait à 3 994,50 dollars au fixing du matin, premier passage sous les 4 000 dollars depuis novembre 2025.

En euros, la baisse est plus petite

Le cours de référence est coté en dollars par once troy (31,1035 grammes). Un acheteur en zone euro ne subit jamais exactement la même variation qu’un acheteur américain.

Sur les cotations françaises, en spot, le kilo est passé d’environ 150 200 euros fin janvier à environ 121 900 euros le 13 août, selon le cours publié par Pièces Or. Soit un recul d’environ 19 %, contre près de 22 % pour le spot en dollars sur la même base.

L’écart vient du change. L’euro s’est affaibli face au dollar sur la période, ce qui a amorti une partie de la baisse pour un acheteur européen. Sur douze mois glissants, le tableau bascule même complètement : en dollars, l’once reste supérieure d’environ 31 % à son niveau d’août 2025.

Retenir ça évite pas mal de contresens à la lecture de la presse américaine.

Ce qui a poussé le cours vers le bas

La LBMA décrit un enchaînement précis, et il est plus contre-intuitif qu’il n’y paraît.

Le détroit d’Ormuz. La guerre impliquant l’Iran a fermé à la circulation commerciale un passage par lequel transite en temps normal environ 25 % du pétrole transporté par voie maritime. Le Brent, autour de 60 dollars le baril en début d’année, a atteint 102 dollars début avril puis 114,50 dollars le 4 mai, son plus haut du premier semestre.

L’inflation, puis les taux. Le pétrole cher a ravivé les craintes inflationnistes. Les économistes se sont mis à évoquer une Fed, désormais présidée par Kevin Warsh, qui maintiendrait ses taux, voire les relèverait. Le rendement du 10 ans américain est monté jusqu’à 4,75 %. L’or ne verse ni coupon ni dividende : plus les obligations rapportent, plus le détenir coûte cher en rendement abandonné.

Un marché à l’envers. Résultat, comme le formule la LBMA, un marché où l’intensification du conflit faisait baisser l’or, et où les tentatives de cessez-le-feu le faisaient monter. L’inverse exact du réflexe habituel.

Les prises de bénéfices. L’or est liquide. Quand un portefeuille doit dégager du cash, c’est souvent la ligne qu’on vend en premier, ce qui déclenche des ordres stop et amplifie le mouvement.

Côté américain, l’inflation a ralenti pour le deuxième mois consécutif en juillet, à 3,4 % sur un an après 3,5 % en juin. Le 12 août, les marchés évaluaient à environ 40 % la probabilité d’une hausse de 25 points de base en septembre, contre près de 50 % la veille. On parle bien d’une hausse.

Aucun de ces éléments ne dit quoi que ce soit de fiable sur les six prochains mois. Ils décrivent ce qui s’est passé.

Ce que la baisse ne raconte pas

Pendant que les cours reculaient, les banques centrales ont continué d’acheter. Environ 289 tonnes au deuxième trimestre à l’échelle mondiale selon le World Gold Council. La Chine a ajouté à peu près 20 tonnes en juillet, son vingt et unième mois consécutif d’achats nets.

Ces acheteurs-là ne raisonnent pas en points d’entrée. Ils rééquilibrent des réserves de change sur des horizons de plusieurs décennies. Un mouvement parallèle de rapatriement est documenté par le World Gold Council, repris par le Financial Times en juin et cité par la LBMA : la France stocke désormais la totalité de son or sur son territoire. L’Inde, elle, ne laissait plus que 197,67 tonnes en garde à la Bank of England et à la Banque des règlements internationaux fin mars 2026, soit 22 % de ses 880,52 tonnes, contre 55 % trois ans plus tôt.

Chez les particuliers, le constat est voisin. Dans sa newsletter hebdomadaire, Pièces Or observe que les ventes de ses clients tiennent surtout à des circonstances de vie : un achat immobilier, des travaux, un besoin de liquidités à échéance rapprochée. Une partie de la clientèle arbitre bel et bien en fonction du cours, mais elle reste minoritaire.

Le cours n’est pas le prix que vous payez

C’est le point que les articles centrés sur les ETF et les contrats à terme laissent généralement de côté.

Sur du métal physique, entre le cours spot et la somme qui sort de votre compte, il y a la prime. Elle dépend du format, de la pièce, de la rareté du millésime, de la demande du moment et du vendeur. Elle ne suit pas le cours de façon mécanique, et peut même s’écarter dans le sens inverse : quand le spot chute et que les particuliers se tournent vers le physique, les primes sur les pièces les plus courantes ont tendance à se tendre. La LBMA a d’ailleurs relevé une demande de détail suffisamment vive au deuxième trimestre pour que l’Inde et la Malaisie instaurent des droits de douane à l’import, de 15 % et 10 %.

Deux vérifications avant toute transaction :

  • La prime en pourcentage, calculée sur le cours du jour, et non le prix affiché seul.
  • L’écart entre le prix d’achat et le prix de rachat annoncé par le même professionnel. C’est votre coût réel de sortie.

Un produit acheté avec une prime faible et racheté avec une décote élevée peut coûter plus cher qu’un produit à prime moyenne acheté chez un négociant qui affiche un rachat cohérent.

En 2026, le régime de la plus-value atteint 37,6 %

À la revente, deux régimes peuvent s’appliquer aux métaux précieux détenus par un particulier résidant en France.

RégimeBase d’impositionTaux 2026Condition d’accès
Taxe forfaitaire sur les métaux précieuxPrix de vente total11,5 % (11 % + 0,5 % de CRDS, contribution pour le remboursement de la dette sociale)Régime de plein droit, aucun justificatif d’acquisition à produire
Plus-value réelle sur optionGain seul37,6 % (19 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux)Établir de manière probante la date et le prix d’acquisition, ou une détention de plus de 22 ans

Le régime réel ouvre un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième, et une exonération totale au bout de 22 ans. Le taux de 36,2 % que l’on trouve encore sur beaucoup de pages correspond à la situation antérieure : la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG (contribution sociale généralisée) sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, ce qui porte les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %. Les plus-values immobilières et les revenus fonciers restent, eux, à 17,2 %.

Une facture nominative datée est le justificatif le plus simple, mais ce n’est pas le seul admis. Pour un bien reçu à titre gratuit, l’article 150 VB du CGI (Code général des impôts) retient comme prix d’acquisition la valeur qui a servi à calculer les droits de mutation. Une revente peu après une succession peut donc déboucher sur une plus-value imposable faible, voire nulle.

En revanche, il existe une condition que presque personne ne mentionne, et elle est plus restrictive que l’histoire de la facture. Le BOFiP (Bulletin officiel des finances publiques) précise que pour les métaux précieux, la date d’acquisition ne peut être justifiée que si l’objet ou le lot peut être individualisé de façon suffisante : numéro, gravure personnalisée, emballage scellé identifiable, ou inscription au crédit d’un compte ouvert auprès d’un établissement financier. À défaut, l’option est fermée. Le texte ajoute que cette condition doit être appréciée strictement, et que l’option devrait en pratique concerner surtout les opérations passant par un établissement financier sans remise matérielle du métal.

Conséquence concrète pour qui achète des pièces d’investissement en main propre : conserver la facture ne suffit pas toujours. Le scellé n’est pas obligatoire en soi, c’est l’individualisation qui l’est, et le scellé numéroté en est le moyen le plus courant pour du métal détenu chez soi. Gardez donc tout ce qui rattache précisément le bien à son justificatif d’achat. Vérifiez votre situation auprès de l’administration fiscale ou d’un conseil avant une revente importante.

Les erreurs qui reviennent le plus

  • Comparer deux pourcentages calculés sur des références différentes, fixing contre spot intraday.
  • Comparer un prix vu en dollars avec un prix payé en euros, sans passer par le change.
  • Regarder la variation depuis le plus haut plutôt que depuis son propre prix d’achat.
  • Négliger l’écart achat-rachat, qui pèse souvent plus lourd qu’un point de cours.
  • Ouvrir un scellé d’origine sans réfléchir aux conséquences fiscales à la revente.
  • Confondre or physique et or papier : les ETF et les minières relèvent d’une fiscalité différente.

Ce qu’il reste à faire

La baisse depuis janvier est un fait. Son ampleur dépend de ce que vous mesurez. Ce qu’elle signifie pour vous dépend de votre horizon, de la part que le métal occupe déjà dans votre patrimoine, et de la raison pour laquelle vous en détenez.

Comparez les primes le même jour chez plusieurs négociants, demandez le prix de rachat avant d’acheter, gardez vos factures et vos scellés.

Cours cités au 13 août 2026, sources LBMA, World Gold Council et cotations françaises. Les prix des métaux précieux varient en continu : vérifiez les cotations du jour avant toute décision. Les règles fiscales évoluent, ce texte n’a pas valeur de conseil fiscal.

Les informations de cet article sont fournies à titre pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Le cours de l’or, les primes, la fiscalité et les conditions de revente peuvent évoluer. Avant toute opération, vérifiez les données à jour et évaluez votre situation.

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