Concrètement, le bitcoin…

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Bitcoin lent et cher ?

Or et bitcoin sont deux monnaies qui échappent au contrôle des banquiers centraux. Mais concrètement, elles ne sont pas équivalentes.

Le bitcoin a maintenant sa place dans The Wall Street Journal. La cryptomonnaie est devenue une « classe d’actifs » au même titre que les devises, les obligations et les actions.

C’est même celle qui se porte le mieux, pour le moment. Le bitcoin vient de repasser au-dessus de la barre des 6 000 $.

L’or, la relique barbare, s’est pris une bonne claque sur le museau et est à la niche, sous la barre des 1 300 $ l’once.

Comme vous le savez, l’or et le bitcoin ont un point commun : ce sont des « actifs financiers », des monnaies qui ne sont pas contrôlés par les banques centrales et sont disponibles en quantité limitée.

Le bitcoin est en quantité limitée parce que son concepteur l’a voulu ainsi. L’or parce que c’est une chose concrète qui, pour le moment, n’est disponible que sur Terre.

Les banquiers centraux, malgré toutes leurs folies, ont toujours de l’or dans leurs coffres mais ils n’ont pas encore de bitcoin. Un bitcoin ne se met pas dans un coffre. Une cryptomonnaie est une unité de compte utilisée au sein d’un réseau informatique décentralisée.

« Maman, concrètement, je fais comment pour acheter des bitcoins d’ici ? »

Ici, c’est le Congo Brazzaville. Un pays en faillite sur lequel se penche actuellement le FMI.

Ce pays vit essentiellement de manne pétrolière et le gouvernement n’a pas réduit son train de vie lorsque le pétrole est passé de 100 $ le baril à 40 $ le baril. Les échéances de dettes publiques ne sont pas honorées. Les banques opèrent de façon chaotique depuis l’été, les comptes sont débités mais jamais crédités et le prix des euros et des dollars sur le marché noir s’envole face au cours officiel du franc CFA.

« Bon alors tu vas sur coinbase.com et avec ta carte de crédit ou…  »

« Non… je ne veux pas acheter des bitcoins avec des euros ou des dollars, je veux les acheter avec des francs CFA que j’ai dans la main. En dehors de mon compte bancaire puisqu’aucun argent n’en sort, les banques bloquent tout retrait ou virement. Donc je fais comment, concrètement ? »

« Concrètement, tu ne fais pas. »

« Bon. OK tu confirmes ce que je craignais. Ca ne me sert à rien. C’est un truc de geek ou de mec en costard dans une tour de verre climatisée. En plus ici, au premier trouble, les réseaux sont suspendus. Autant aller voir les orpailleurs ou le Malien du coin de la rue qui a de l’or… »

De façon étonnante, deux analystes de Goldman Sachs (qu’on pourrait plutôt caser dans la catégorie « mec en costard dans une tour de verre climatisée ») viennent de conclure que l’or était « mieux » que le bitcoin.

Malgré tout, ce « truc de geek » inquiète les gouvernements. Dans les pays développés, ces derniers aimeraient bien instaurer la société sans cash afin de pouvoir contrôler toutes nos transactions. Les cryptomonnaies constituent par conséquent une concurrence gênante.

Kenneth Rogoff, l’économiste co-auteur de Cette fois c’est différent – Huit siècles de folie financière, lance un avertissement dans une tribune du Project Syndicate :

« L’Etat finit toujours par réguler puis s’approprier les innovations du secteurs privés – et il n’y a aucune raison pour que ces devises virtuelles ne subissent pas le même sort »

La folie financière est désormais généralisée. Bitcoin et or sont deux façons différentes de miser contre les banquiers centraux et sur un désastre final. Mais l’or est plus « concret » que le bitcoin ou une autre cryptomonnaie. Ayez des cryptomonnaies et spéculez, mais ayez aussi de l’or.

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Simone WaplerArticle de Simone Wapler, via les Publications Agora.

Simone Wapler est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l’éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd’hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.

Elle a publié « Pourquoi la France va faire faillite » (2012), « Comment l’État va faire main basse sur votre argent » (2013), « Pouvez-vous faire confiance à votre banque ? » (2014) et “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles.
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