Cryptomania et monnaie saine

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Bitcoin mania

Les cryptomonnaies attirent des spéculateurs naïfs mais elles ont aussi le mérite de faire réfléchir sur l’utilité des monnaies privées.

La cryptomania actuelle est renversante.

Cependant, je me suis trompée : la majorité des nouveaux amateurs de bitcoins et autres cybermonnaies ne cherchent pas à fuir les monnaies frelatées de nos banquiers centraux. Ils cherchent à gagner de l’argent comme avec un billet de Loto ou de tiercé.

Les pionniers – qui ont été attirés par l’idée d’une monnaie indépendante des banquiers centraux et dont la quantité était par naissance limitée – sont rentrés bien plus tôt. Le bitcoin valait à peine quelques centaines de dollars.

Ensuite sont arrivés certains fonds spéculatifs. Enfin, une reconnaissance institutionnelle du bitcoin s’est produite lorsque Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek (Incrementum Liechtenstein AG auteurs du célèbre rapport annuel « In GOLD we TRUST » ont conclu que le bitcoin constituait une classe d’actif.

Aujourd’hui les spéculateurs de tout poil arrivent en masse. 7 000 $, 10 000 $… La quantité de bitcoin étant limitée à 21 millions d’unités, annoncer un cours objectif n’a pas beaucoup de sens tant que les acheteurs affluent.

Nous assistons aujourd’hui à une manie irréfléchie plutôt qu’à un véritable choix monétaire.

Malgré cette hystérie, Bitcoin et la blockchain poussent à réfléchir sur le devenir de nos monnaies.

Cette réflexion est utile car il va être urgent pour les Etats de dissoudre la dette publique. En l’absence de l’acide que représente l’inflation, artifices et astuces monétaires seront appelés à la rescousse.

La monnaie publique, monopole de l’Etat, peut-elle être considérée comme fiable… et les cryptomonnaies privées ne sont-elles pas l’avenir ?

Monnaie saine et monnaie souveraine, est-ce compatible ?

Chez nos voisins suisses, en prise à l’activisme de la Banque Nationale Suisse, a surgi une initiative pour une « monnaie pleine » et une demande de votation sur le sujet.

création monétaire Suisse

« Aujourd’hui, seuls les pièces et les billets sont des moyens de paiement légaux. Ils ne constituent que 10% de la masse monétaire en circulation. Les 90% restants sont de la monnaie électronique (ou monnaie scripturale), que les banques créent elles-mêmes à volonté afin de financer leurs activités (par ex. crédits, achats de biens immobiliers et d’actions). La plupart des gens croient avoir de véritables francs sur leurs comptes. C’est une erreur ! Un compte n’est qu’une créance du client envers la banque, lui permettant d’exiger d’être payé en argent liquide, mais ce n’est pas en soi du vrai argent. Avec l’initiative Monnaie Pleine, l’argent électronique de nos comptes sera un moyen de paiement légal, du vrai argent, c’est-à-dire justement de la monnaie pleine.

L’argent de nos comptes courants sera entièrement sécurisé, car il s’agira de l’argent de la Banque nationale. Il sera à l’abri des faillites bancaires. Les règles du jeu seront les mêmes tant pour les banques – petites et grandes – que pour les entreprises. Il sera plus facile de prévenir les bulles financières, du fait que les banques ne pourront plus créer leur propre argent. L’Etat ne devra plus sauver les banques (too big to fail) à coup de milliards juste pour maintenir le trafic des paiements. Les charges des contribuables et de l’économie réelle seront allégées, car la Banque nationale pourra distribuer à la Confédération, aux cantons et aux citoyens les milliards de bénéfices supplémentaires provenant de la création monétaire. Le secteur financier sera à nouveau au service de l’homme et non pas l’inverse. Le système monétaire redeviendra compréhensible. » http://www.initiative-monnaie-pleine.ch/info-en-2-minutes/

La « monnaie pleine » est une initiative bien sympathique mais elle repose sur un mythe. Ce mythe est que la monnaie émise par une « banque centrale nationale » serait supérieure à toute autre.

Croyez-vous aux saints laïcs travaillant pour une administration ?

Il faudrait qu’on m’explique par quel miracle un fonctionnaire devient un individu fondamentalement différent d’un autre honnête bipède, une sorte de saint laïc. Travailler pour l’Etat transfigurerait-il une personne ?

Les fonctionnaires des banques centrales souveraines ont toujours suivi les instructions de leurs gouvernements et leurs doigts n’ont jamais hésité à appuyer sur le bouton « imprimer » lorsqu’on leur a demandé de la création monétaire. Ils n’ont jamais hésité à détruire ainsi le stock d’épargne de leurs concitoyens. C’est ainsi que le cimetière des monnaies fiduciaires est peuplé de plus de 599 tombes alors que le nombre de monnaies fiduciaires existantes ou ayant existé est de 775.

En l’absence de tout ancrage dans le réel (comme l’or ou l’argent) qu’est ce qui garantit que la monnaie souveraine conserve son pouvoir d’achat ? Les taux d’intérêt servis sur la dette publique ? C’est une plaisanterie, puisque les taux sont manipulés…

Rendons justice à nos voisins suisses : leur réflexion monétaire est plus avancée que la nôtre et le diagnostic est bien posé mais cette « monnaie pleine » ne résout rien sauf à croire aux miracles produits par des saints laïcs.

L’usage libre et non contraint consacre la meilleure monnaie

Une caractéristique fondamentale de la monnaie est le stockage de la valeur. Ceci permet à chacun de conserver ce qu’il a légitimement acquis et de décider quand il veut en profiter. C’est une liberté essentielle et fondamentale.

L’usage libre et non forcé permet de consacrer la meilleure monnaie, celle qui conserve le mieux la valeur. Au fil des millénaires, l’or et l’argent se sont imposés comme monnaies marchandises et réservoirs de valeur.

L’immense majorité des monnaies fiduciaires qui ne reposent que sur la confiance ou la dette ont fait faillite. Aristote pensait que la monnaie devait être marchandise, Platon que ce n’était qu’une simple convention sociale. L’Histoire donne raison à Aristote.

Toutefois, les cryptomonnaies constituent une innovation majeure dans le domaine des monnaies platoniciennes.

Notre optimisme légendaire nous pousse à espérer le meilleur : l’alliance entre un stock d’or et une technologie blockchain. Une véritable monnaie démocratique, populaire et sans privilège.

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

Simone WaplerArticle de Simone Wapler, via les Publications Agora.

Simone Wapler est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l’éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd’hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.

Elle a publié « Pourquoi la France va faire faillite » (2012), « Comment l’État va faire main basse sur votre argent » (2013), « Pouvez-vous faire confiance à votre banque ? » (2014) et “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles.