Fort Knox, rapatriement de l’Allemagne : l’or physique fait parler de lui

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or de la Buba

L’or physique, cette relique barbare qui se trouve selon les banques centrales dans leurs coffres parce qu’il a toujours été là et que ce n’est pas plus mal comme ça (« par tradition », pour reprendre les mots exacts de Ben Bernanke), a fait l’actualité à 2 reprises cette semaine. Tout d’abord suite à la visite du secrétaire au Trésor Mnuchin à Fort Knox, qui a déclaré être « satisfait que l’or est en sécurité ». Nous avons eu ensuite la Banque centrale allemande qui a annoncé la fin de l’opération de rapatriement (partiel) de son or avec 3 années d’avance sur le calendrier initial.

Qu’a vraiment vu Mnuchin ?

Steven Mnuchin s’est donc promené dans les coffres-forts de Fort Knox pour constater selon ses dires que l’or est bien en sécurité. Il n’a évidemment pas compté les lingots, vérifié les numéros de série ou encore réalisé des expertises (il est très facile d’acheter des lingots en tungstène, on nous parle assez des contrefaçons qu’il est très aisé de se procurer en Chine et ailleurs).

Selon John Embry, qui s’est exprimé sur KWN, les mots utilisés par Mnuchin sont révélateurs. Il n’a pas dit que tout l’or y est, mais il a dit que l’or « est en sécurité », ce qui est différent. Il poursuit :

« Comme vous le savez, depuis longtemps une controverse existe à propos des réserves d’or américaines, qui ont été officiellement auditées pour la dernière fois en 1953 , soit il y a 64 ans. Si le gouvernement américain dit la vérité et que l’or s’y trouve bien, pourquoi ne pas faire un audit complet pour faire taire une bonne fois pour toutes tous les sceptiques ? Je pense que durant de nombreuses années des quantités considérables de métal jaune appartenant aux banques centrales occidentales ont été fournies au marché afin de faciliter les manipulations via l’or papier au Comex et au LBMA. Ce qui signifie que l’intégralité de l’or américain n’est pas «en sécurité» à Fort Knox.

Il y a indubitablement de l’or qui se trouve dans les coffres des banques centrales occidentales, mais en raison des accords de swaps, de leasing, etc., il est impossible de savoir exactement combien d’entités et qui possède un titre de propriété sur quoi. Ce mystère sera résolu lorsque le système monétaire actuel basé sur l’argent papier implosera et que la demande d’or surpassera l’offre en provenance de toutes les sources disponibles. Vu le déroulement des choses, ce moment pourrait être relativement proche. »

L’Allemagne a récupéré l’or qu’elle voulait rapatrier de New York et Paris

La Banque centrale allemande vient d’annoncer que l’opération de rapatriement de son or, qui visait à garder dans ses coffres 50,6 % des réserves allemandes, est désormais terminée avec 3 années d’avance vu que l’objectif avait été fixé à 2020. Après un départ timide (5 % en 2013, dont seulement 5 tonnes en provenance de New York), les choses se sont accélérées, surtout en 2015 et 2016 lorsque la Bundesbank a rapatrié 31 et 32 % des 674 tonnes d’or qui se trouvait à New York et à Paris.

Pour justifier les débuts difficiles, la Bundesbank avait avancé des soucis logistiques. On ne nous explique pas comment ils ont pu être réglés, et par exemple comment ils ont multiplié par plus de 6 les quantités d’or rapatriées en 2015 et en 2016 par rapport à 2013.

or allemagne

Si dans son communiqué officiel la Bundesbank affirme que ses experts de Francfort ont testé l’authenticité et la pureté des lingots, pour les numéros de série il faudra attendre… le printemps 2018. À cette date, la Banque centrale allemande publiera la liste des numéros de série de ses lingots au 31 décembre 2017.

Néanmoins, on a déjà pu avoir un petit aperçu grâce aux photos de la conférence de presse qui ont été publiées également sur le site officiel de la Bundesbank, et qui laisse apparaître des numéros. Un lecteur de Silver Doctor a ainsi repéré un lingot PAMP qui aurait été produit en 2013 (photo du FT, mais est-ce la photo d’un lingot concerné par le rapatriement ou une illustration générique ?), ce qui signifie une fois de plus qu’on a livré à l’Allemagne d’autres lingots que les originaux, ce qu’on avait déjà pu découvrir auparavant lorsque la Banque centrale allemande avait communiqué une première liste de numéros de série de lingots.

Nous apprendrons de toute façon le fin mot de l’histoire dans quelques mois lorsque la Buba aura terminé de produire sa liste… Une opération probablement très compliquée d’un point de vue de la logistique.