Le bain de sang fiscal à venir sous Donald Trump

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Trump et la dette

Donald Trump est un président complètement accidentel plein de bonnes intentions pour restaurer la grandeur de l’Amérique mais sans le moindre semblant de programme susceptible d’atteindre ce but et sans aucune perspective que les élites lui permettent de gouverner.

En fait, elles vont le contrarier à chaque tournant. Ce devrait être plus qu’évident, eu égard à la campagne hystérique à propos de « l’interférence russe » qui fut menée contre Donald Trump durant les dernières semaines de la campagne, et poursuivie après sa victoire surprise du 8 novembre.

Il n’y a aucun doute que l’État profond a essayé de délégitimer sa présidence dès le premier jour, et qu’il va intensifier la mobilisation de ses vastes ressources, ainsi que des larbins qu’il contrôle dans les médias, maintenant qu’il est à la Maison Blanche.

Ne vous attendez donc pas à la période bienveillante de la lune de miel, à la déférence qui est offerte à chaque président américain de l’époque moderne. Au lieu de cela, d’ici quelques semaines, la Maison Blanche de Trump sera engluée dans des conflits amers et des crises partisanes.

Dans l’émission Neil Cavuto Show, j’ai synthétisé mon opinion de l’administration Trump comme ceci : beaucoup d’espoir, aucune foi.

La défaite piquante que Donald Trump a administrée aux élites le 8 novembre fut probablement l’événement politique donnant le plus d’espoir dans ce siècle fraîchement entamé, et pourrait même éclipser la victoire choc de Ronald Reagan en 1980. Je voudrais vraiment que Trump draine le marécage. Je lui souhaite tout le meilleur. Mais j’ai déjà vu ce film, j’en ai même fait partie.

Et la plus plate vérité est que Ronald Reagan n’est pas parvenu à drainer le marécage à l’époque. Alors comment Donald Trump pourrait-il y parvenir aujourd’hui, après 36 années d’expansion continue de la Cité Impériale ?

En fait, en dollars ajustés à l’inflation, le complexe militaro-industriel-services secret-sécurité intérieure-vétérans est deux fois plus important qu’il était en 1980, tandis que le coût de la sécurité sociale est quatre fois supérieure (de 700 milliards à 2,6 trillions en dollars constants).

Le problème, bien sûr, est que Donald Trump veut dépenser plus en faveur du premier et laisser le buffet gratuit à volonté aux seconds.

De même, on ne l’a jamais, ou presque, entendu prononcer un mot intelligent, ou quoi que ce soit, sur la façon dont il envisage de désamorcer la bombe à retardement des 20 trillions de dollars de la dette qu’il hérite, qui sera en fait objectivement de 30 trillions de dollars après la décennie de décisions politiques à venir.

Et tout cela avant que Trump n’emprunte le moindre centime pour construire son mur mexicain, pour renforcer la Défense, pour ses projets inutiles et ruineux d’infrastructures, les avantages pour les vétérans et les initiatives de contrôle des frontières.

Ronald Reagan était au moins désireux de se pencher sur les moulins à vent des aides sociales. Il détestait les dépenses irresponsables de l’argent public et la dette. Il est vrai qu’il a terminé en keynésien malgré lui, qui a supervisé une débauche sans précédent de plans de stimulation bureaucratiques comme on en avait jamais vu en temps de paix, mais ce fut les conséquences de petits jeux politiciens et non le fruit d’une philosophie.

Comme je l’ai expliqué dans Triumph of Politics, les baisses d’impôts de Kemp-Roth avaient un objectif de 3,5 % du PIB, mais ils ont fini par atteindre 6 % en raison d’une surenchère folle à Capitol Hill parmi les groupes d’affaires et les lobbys, allant des développeurs immobiliers (comme Donald Trump en faisait partie à l’époque) aux propriétaires de royalties de pétrole en passant par les fabricants de poêles à bois.

Similairement, Reagan avait promis une augmentation de 5 % du budget de la Défense durant sa campagne. L’augmentation s’éleva pour finir à 10 % lorsque le complexe militaro-industriel-Congrès gonfla tous les postes du budget du Pentagone, que ce soit nécessaire ou pas, à la façon « arche de Noé ».

Reagan avait même concocté un petit programme de développement de l’infrastructure (réfection de voirie, financement de lignes de bus et de transits de masse alors qu’il avait promis la réassignation de ces compétences aux États et aux autorités locales, comme un bon fédéraliste).

De même, ce qui avait commencé comme une charge violente contre l’État-providence s’est terminé en quelques mesurettes insignifiantes une fois le rideau tombé. Aucune agence fédérale majeure ne fut éliminée. À la fin de son second mandat, ces dépenses s’élevaient à 15,5 % du PIB, soit un poil moins que les 15,9 % du soi-disant grand dépensier Jimmy Carter.

Inutile de dire que le compte ne fut pas bon, et pas qu’un peu. En fait, la dette de 930 milliards de dollars dont Reagan avait hérité a bondi jusqu’à 2,7 trillions durant sa présidence. Autrement dit, la dette de 1,8 trillion de dollars creusée par Reagan représente le double de celle accumulée par ses 39 prédécesseurs durant les 190 premières années de la République.

Les groupies des Républicains ont décrété que les années 80 furent un miracle de croissance et de vigueur capitaliste retrouvée. Alors qu’en fait rien de bien notable ne fut accompli, si ce n’est un boum de trois ans avec une croissance annuelle réelle de 4,6 % au milieu des années 80, alimentée par le plus gros déficit keynésien jamais imaginé jusqu’à l’époque. Au pic, le déficit annuel fut de plus de 6 % du PIB. (…)

Plus important encore, le GOP perdit à cette occasion sa virginité fiscale, devenant la cible des lobbys prônant la baisse de la fiscalité et perdant ainsi son rôle de garant de la rigueur budgétaire, son rôle historique. Dick Cheney prononça le bénédicité durant l’administration Bush lorsqu’il proclama l’émergence de cette nouvelle religion en disant que « les déficits n’ont aucune importance ».

C’est exactement pour cela que Donald Trump fait face à un problème fiscal monumental et ne pourra pas être le nouveau Reagan. (…) En 1980, Reagan avait supplié le Congrès d’augmenter le plafond de la dette à un trillion de dollars afin de financer les déficits de Jimmy Carter. Il avait dit qu’il ne ferait plus une telle demande et que le budget serait à l’équilibre au plus tard en 1984. On sait bien entendu ce qu’il est advenu. (…)

Alors que Reagan avait hérité d’une dette de 30 % du PIB, Donald Trump n’a aucune marge de manœuvre avec une dette de 106 % du PIB. De plus, contrairement à Reagan, Trump a une affinité pour la dette, et si possible beaucoup. Sur papier, le programme de Trump est bien plus irresponsable que celui de Reagan.

En outre, Trump va libérer des génies politiques de la Cité Impériale qui vont étrangler et paralyser le processus de gouvernance pendant six mois. Nous parlons du remplacement et de l’annulation d’Obamacare, de la restauration de la puissance militaire américaine, de la réforme de la fiscalité des entreprises, du programme d’infrastructures, du demi-tour commercial vers le protectionnisme et de ses promesses de fermer les frontières et d’expulser des millions d’illégaux. (…)

Lorsque vous êtes assis sur une bombe à retardement d’aides sociales et de dette nationale alors que votre programme propose d’empirer ces problèmes, vous tendez le bâton législatif pour vous faire battre. (…)

Trump va probablement perdre le contrôle de l’équation fiscale dès le premier jour, et plus particulièrement lorsque le moratoire sur le plafond de la dette expirera le 15 mars, et que le compte à rebours d’une crise aiguë du plafond de la dette commencera.

Pourtant, Wall Street a ignoré le bain de sang fiscal qui nous attend pour foncer tout droit au pays des merveilles d’une croissance à 3-4 %, des profits d’entreprises en hausse. Cela n’aura pas lieu, et à partir d’aujourd’hui, le monde va commencer à comprendre pourquoi.

En fait, attachez vos ceintures, parce que le marécage va devenir bien plus profond. Donald Trump a rassemblé une équipe de va-t-en-guerre, de protectionnistes, de partisans de la baisse de la fiscalité, de dépensiers, de capitalistes de copinage, de militants du contrôle des frontières et de vrais bleus.

Les chances d’assister à autre chose qu’un bain de sang fiscal, vu cette bande d’amateurs inconciliables, sont très minces voire nulles.

Ce n’est pas que Trump n’a pas l’intention admirable d’exploiter la machine du gouvernement pour le peuple plutôt que pour les élites, les racketteurs et la bureaucratie. Mais Oncle Sam est tellement fauché après trois décennies d’emprunts, de dépenses et de création monétaire que la marge de manœuvre de Trump pour offrir à ses électeurs un soulagement économique est très ténue, même en termes de baisse d’impôts.

Simultanément, il a pris des positions politiques erronées qui permettront aux créatures du marais de le manger tout cru, de l’intérieur même de son propre gouvernement.

Article de David Stockman, publié le 20 janvier 2016 sur Daily Reckoning

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