Ce jeudi, l’or et l’argent se sont redressés, mais pas suffisamment pour compenser les pertes de mercredi. Hier, le métal jaune a clôturé à 1.826,5 dollars (+11$), soit à un fifrelin de son plus haut de la séance. L’argent s’est quant à lui apprécié de 2 centimes, c’est donc l’or qui a effectué le travail de traction.
La détente observée sur le marché obligataire américain a contribué au redressement des métaux précieux. Mais la publication d’une nouvelle statistique américaine concernant l’inflation, cette fois des prix à la production, a probablement fourni un vent favorable supplémentaire. En effet, le PPI a bondi de 6,2 % en avril sur base annuelle, de 0,6 % par rapport à mars (2 fois plus que le consensus).
Selon Ambrose Evans-Pritchard, les marchés sont en train de perdre leur foi en la crédibilité de la Réserve fédérale. Voici l’article qu’il a signé hier dans les colonnes du Telegraph.
Les marchés perdent la foi ?
Les États-Unis sont engagés dans une expérience monétaire étonnante. La Réserve fédérale mène toujours un assouplissement quantitatif alors même que le taux d’inflation global a atteint 4,2 %.
L’inflation sous-jacente (core) a atteint à 3 % un plus haut de 25 ans, enregistrant son plus grand bond mensuel depuis 1981. L’inflation des prix à la production a connu un taux de croissance annuel de 7,1 % au cours des 6 derniers mois, avant même la réouverture complète de l’économie.
L’administration Biden enregistre un déficit budgétaire de 13 % du PIB cette année, même si l’écart s’est réduit en avril et que certaines grandes composantes de l’économie surchauffent. Les petites entreprises ont du mal à embaucher. Les emplois vacants ont atteint un niveau record.
Pourtant, les taux d’intérêt sont nuls et la FED achète toujours pour 120 milliards de dollars d’obligations chaque mois, finançant directement une partie de l’émission des dettes de Washington. Cela continue, même si la masse monétaire au sens large de M3 a augmenté de 24 % au cours de l’année dernière. La FED minimise tous les signes d’inflation en les qualifiant de « temporaires ».
« Ce que fait la FED, c’est recourir tout simplement aux hélicoptères monétaires. L’inflation pourrait être à deux chiffres d’ici la fin de l’année », a déclaré Lars Christensen, fondateur de Markets and Money Advisory et auteur d’un livre sur Milton Friedman.
« L’économie tourne à plein régime et la masse monétaire a augmenté d’un cinquième à un moment où tout le monde était enfermé et incapable de dépenser. Il va y avoir une forte hausse ponctuelle des prix, et cela pourrait se produire très rapidement si la FED facilite les flux de liquidités. Ils ignorent tous les signes avant-coureurs, comme ils l’ont fait dans les années 70. À un moment donné, les marchés cesseront de penser que la FED se comporte comme une banque centrale crédible », a-t-il ajouté.
L’ancien chef de la FED de New York, Bill Dudley, a expliqué à Bloomberg Surveillance que son ancienne alma mater avait pris du retard et que plus elle tarde, plus cela sera brutal : « Une fois qu’ils vont commencer, ce sera trop tard. »
« Ce que les gens n’apprécient pas pleinement, c’est que lorsqu’ils réagiront en retard, le niveau des taux à court terme grimpera à des niveaux bien plus hauts que ceux estimés actuellement par les marchés financiers. Les gens doivent être conscients de ces risques », a-t-il ajouté.
La FED insiste sur le fait que le pic d’inflation est « transitoire ». Le vice-président Richard Clarida avoue néanmoins que les derniers chiffres ont pris son institution au dépourvu. « J’ai été surpris. Ce chiffre est bien supérieur à ce que moi et les prévisionnistes de l’extérieur attendions », a-t-il déclaré.
L’opinion des optimistes est que l’inflation est faussée par les « effets de base » et par une poignée de facteurs concernant la « réouverture » telle que la hausse de 10 % des tarifs des compagnies aériennes ou une flambée équivalente des prix des voitures d’occasion. Clarida estime que le Covid a « bouleversé les règles du jeu » du cycle économique, transformant la phase post-pandémique en un tour de montagnes russes.
Pourtant, on peut se demander ce qui se passera lorsque la hausse de 11 % des prix des maisons aux États-Unis au cours de l’année écoulée (plus élevée que le pic des subprimes en 2006) se répercutera sur la composante logement qui représentera un tiers de l’indice d’inflation. Les locations prennent habituellement 12 mois pour refléter les fluctuations des prix de l’immobilier.
L’autre argument des optimistes est que les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans restent mesurés et n’ont pas « confirmé » cette crainte d’inflation. Malheureusement, il y a une raison technique à cela. Matt King de Citigroup dit que le Trésor américain est en train de réduire son énorme compte «TGA » tenu à la FED pour couvrir ses besoins de dépenses. Ce fonds s’élevait à 1,4 billion de dollars en mars. La liquidité gelée est maintenant libérée à un rythme effréné et afflue sur le marché obligataire.
« Au cours des 8 dernières semaines environ, nous avons eu, littéralement, une augmentation de 700 milliards de dollars des réserves des banques américaines. Cela a presque triplé l’effet des achats d’actifs de la FED. C’est un effet de type QE, un tsunami de liquidité, trop d’argent à la recherche d’une issue incertaine en raison d’un déficit d’actifs sûrs », a déclaré King. Les rendements obligataires pourraient grimper cet été alors que la roulette du TGA s’essouffle.
La FED se base désormais sur une nouvelle étoile polaire keynésienne pour ne plus prêter attention aux données monétaires. Nous saurons très bientôt tôt si cela va porter à conséquence.
Attention à la vélocité de la monnaie
L’éléphant dans le magasin de porcelaine est représenté par cette énorme quantité d’argent qui moisit sur des comptes en banque. L’excès d’épargne des ménages américains a atteint 2,3 billions de dollars. La FED de New York a indiqué que les gens utilisaient un tiers de leurs avoirs non dépensés pour rembourser leurs dettes. Mais cela ne signifie pas qu’ils continueront de le faire. Ils pourraient plutôt se mettre à dépenser énormément alors que l’économie se normalise.
Cet argent supplémentaire est inerte tant que la vélocité de la monnaie reste à des niveaux planchers records. Andrew Harris de Fathom dit que la vélocité revient généralement à son niveau de tendance moyen à un rythme de 10 % par trimestre après une période de divergence. Si cela devait se produire, cela impliquerait un pic d’inflation de 8 %.
Il est vrai que la vélocité a continué à baisser après l’épisode de Lehman. Mais cela s’est produit dans des circonstances radicalement différentes. Le canal du crédit fut rompu, les banques furent contraintes par les régulateurs d’augmenter leurs fonds propres. Un QE d’urgence était nécessaire pour éviter une contraction de la masse monétaire et un glissement vers la déflation.
Les banques américaines sont en excellente santé aujourd’hui. La dernière FED Survey suggère que les conditions d’approbation d’un crédit commencent à s’assouplir à nouveau après le serrage de vis de la pandémie. Si les prêts reprennent rapidement, le multiplicateur bancaire déclenchera un boom inflationniste explosif dans le cadre des politiques actuelles.
Christensen a déclaré que lorsque les gens vont se rendre compte que les prix augmentent, la vélocité pourrait décoller très rapidement. Cela enflammerait la quantité de monnaie excédentaire existante. « Depuis 30 ans, les gens sont habitués à une inflation stable. Lorsqu’ils réaliseront que ce n’est plus le cas, il pourrait y avoir un pic de consommation », a-t-il indiqué.
Il a comparé l’insouciance de la FED au début des années 70. D’autres se souviennent des années 1940, lorsque la FED avait été cooptée par les administrations Roosevelt et Truman pour assurer le financement bon marché des programmes fédéraux. Le niveau global des prix avait augmenté de 50 % en 5 ans.
Dudley a annoncé que les taux obligataires sur 10 ans pourraient atteindre 4 % en peu de temps une fois le processus commencé. Ce serait un tremblement de terre pour le système monétaire mondial et le prix d’actifs gonflés sur base d’un scénario de coûts d’emprunt proches de zéro. Nous sommes prévenus.

