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L’or a baissé. Et alors ?

Depuis quelques semaines, une petite musique revient dans la presse financière. L’or a chuté, disent les titres, c’est le moment d’acheter. Le métal a perdu près d’un cinquième de sa valeur depuis son record, quand l’once dépassait 5 500 dollars. Elle vaut aujourd’hui autour de 4 500 dollars. La conclusion qu’on vous propose est limpide. Profitez du creux. Entrez avant que ça remonte.

C’est un raisonnement de trader. Et c’est précisément le mauvais.

Reprenons depuis le début. Si la baisse est une « opportunité », c’est qu’on suppose une chose sur vous : que vous achetez pour revendre plus haut. Que le but de l’or, c’est la plus-value. Acheter bas, vendre haut, empocher la différence. Vu sous cet angle, oui, un creux est une aubaine, exactement comme une action qui décroche.

Sauf que ce n’est pas pour cela qu’on détient de l’or.

On détient de l’or pour ne pas avoir à y penser. Pour qu’une part de son patrimoine échappe aux décisions d’une banque centrale, à l’usure d’une monnaie, à la prochaine crise dont personne ne connaît la date. L’or physique n’est pas un pari sur le prochain trimestre. C’est ce qui reste quand les paris des autres tournent mal.

Et pour celui qui détient de l’or dans cet esprit, la baisse de ces dernières semaines ne change rien. Mieux encore, regardez les chiffres en face. Sur un an, l’or reste en hausse de plus de 30 pour cent. Depuis le 1er janvier, malgré la « chute » dont tout le monde parle, il est toujours positif. Celui qui détenait de l’or n’a rien perdu. Il a même gagné.

Alors qui a perdu ?

Ceux qui ont acheté le sommet. Ceux qui ont vu le record tomber jour après jour et se sont dit qu’il fallait monter dans le train avant le départ. Ceux qui ont pris un plus-haut historique pour un signal d’achat. La volatilité ne punit pas celui qui détient. Elle punit celui qui spécule. Et l’article qui vous explique aujourd’hui de « profiter du creux » parle, mot pour mot, à la même personne qui a payé trop cher il y a quelques mois, avec le même argument.

C’est là tout le piège. On vous vend le timing dans les deux sens. À 5 500, on vous disait d’acheter parce que ça montait. À 4 500, on vous dit d’acheter parce que ça a baissé. Dans les deux cas, le message réel est identique. Agissez maintenant. Le prix n’est qu’un prétexte. Ce qu’on cherche, c’est le geste.

L’épargnant, lui, n’a pas ce problème. La question qu’il se pose n’est pas « est-ce le bon moment ». C’est « pourquoi est-ce que je détiens de l’or ». Et si la réponse tient debout, se protéger, durer, sortir une partie de son épargne du système, alors le cours l’or du jour devient une anecdote. Il achètera quand il le pourra, un peu, régulièrement, sans guetter le graphique. Il dormira aussi bien la nuit où l’or baisse que la nuit où il monte.

Cela ne veut pas dire que le prix d’achat est sans importance. Payer moins cher vaut mieux que payer plus cher, personne ne prétendra le contraire. Mais il y a un monde entre acheter à bon compte parce que l’occasion se présente, et acheter parce qu’on vous a convaincu que la fenêtre se referme. Le premier garde la tête froide. Le second obéit à un compte à rebours qu’il n’a pas fixé.

L’or n’a pas baissé pour vous faire une fleur. Il a baissé parce que c’est un actif réel, avec un prix réel, qui monte et qui descend. C’est exactement ce qui en fait autre chose qu’une promesse de rendement garanti.

La vraie question n’a jamais été le prix. Elle est de savoir si vous achetez de l’or pour le revendre, ou pour le garder.

Les propos et opinions exprimés dans cet article n’engagent que l’auteur de Or Argent et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d’investissement.

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