Le FBI a perquisitionné le domicile d’un ancien responsable de la CIA. À l’intérieur, les agents disent avoir trouvé environ 303 lingots d’or. Valeur estimée : plus de 40 millions de dollars. À cela s’ajoutent 2 millions de dollars en liquide et 35 montres de luxe.
L’homme, David Rush, est aujourd’hui poursuivi pour vol d’argent public.
Commençons par là où il faut commencer, parce que c’est honnête : ce n’est pas l’histoire d’un investisseur avisé.
C’est l’histoire d’un homme accusé d’avoir détourné une fortune. Selon la plainte, il aurait réclamé à l’État, entre fin 2025 et début 2026, des sommes en devises et des dizaines de millions de dollars en lingots, présentés comme des frais professionnels. Son employeur n’a jamais pu localiser cet or ni en expliquer l’usage. Quand les agents ont fouillé sa maison, l’or y était.
On pourrait être tenté d’en tirer une autre histoire. Plus flatteuse. Un homme qui a passé sa carrière au sommet du renseignement, qui connaît les rouages du pouvoir, la surveillance, l’argent et qui, au moment de cacher une fortune, ne choisit ni les actions, ni les cryptomonnaies, mais l’or. La preuve, dirait-on, que les initiés savent.
C’est une belle histoire. Elle est fausse.
Rien n’indique que cet homme ait arbitré entre des placements. Il n’a pas converti son épargne en or. Il a, dit l’accusation, pris ce qu’il était en mesure de prendre. L’or n’était pas une stratégie patrimoniale. C’était le butin.
Donc cette affaire ne prouve rien sur l’or comme investissement.
Mais elle dit quelque chose sur l’or comme objet. Et ça, ça mérite qu’on s’y arrête.
Posons la vraie question. Pourquoi de l’or ? Pourquoi pas un virement vers un compte à l’étranger, un portefeuille de cryptos, des titres en portefeuille ?
Parce que l’or réunit des propriétés que rien d’autre ne réunit en même temps.
Il concentre. Un seul lingot peut tenir dans la paume d’une main l’équivalent de plusieurs années de salaire.
Il se déplace. Un appartement ne franchit pas une frontière. Quelques kilos de métal, si.
Il est universel. Il s’achète et se revend partout, sans traduction, sans intermédiaire qui décide à votre place.
Il est discret. Il ne dépend d’aucun serveur, d’aucun teneur de compte, d’aucun système qu’on peut geler d’un clic.
Ces propriétés sont neutres. Elles n’ont pas de morale. Elles ont servi, ici, un homme soupçonné de vol. Elles servent, exactement de la même façon, ceux qui ont construit honnêtement et qui veulent en garder une part hors du système.
C’est pour ça, au fond, que l’affaire est intéressante. Pas pour ce qu’elle dit de lui. Pour ce qu’elle rappelle sur le métal.
Les banques centrales, elles, n’ont pas attendu un fait divers pour s’y intéresser. Elles ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or par an pendant trois années consécutives, 2022, 2023, 2024, soit plus du double de leur rythme moyen de la décennie précédente, selon le World Gold Council. Le mouvement a un peu ralenti en 2025, sans s’inverser.
Ce ne sont pas des amateurs de sensations. Ce sont des institutions qui gèrent les réserves de nations entières. Et elles convertissent une part de ces réserves en un métal qu’on peut, littéralement, mettre dans un coffre.
De plus en plus de particuliers font le même choix, à leur échelle. Pour la même raison que d’autres achètent une forêt, un tableau, un immeuble : garder une part de ce qu’on a construit dans quelque chose qui ne s’évapore pas au premier retournement de cycle. Quelque chose qui ne dépend pas entièrement de la santé d’une banque ni de la décision d’un gouvernement.
L’affaire Rush finira devant un tribunal. Ce n’est pas notre sujet.
Ce qui reste, une fois le fait divers refermé, c’est une évidence un peu gênante. Quand quelqu’un honnête ou non veut détenir de la valeur que personne ne peut effacer à distance, il revient presque toujours vers la même chose.
Tangible. Universel. Discret.
L’or ne rend personne vertueux. Il ne rend personne riche non plus. Il fait une seule chose, et il la fait depuis des millénaires : il garde.
Les propos et opinions exprimés dans cet article n’engagent que l’auteur de Or Argent et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d’investissement.

