L’or et les taux : que de confusion !

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Durant ces derniers mois, d’innombrables articles sur le lien entre l’or et les taux ont été publiés. La plupart d’entre eux étaient de véritables tentatives d’information sur les changements récents des marchés alors que les taux grimpent.

Dans plusieurs cas cependant, les auteurs ont essayé d’expliquer une corrélation « perçue » entre des taux qui grimpent et la valeur du dollar et ce, d’une façon très positive. Ils ont imputé dans d’autres passages de ces articles une corrélation similaire, mais négative cette fois, avec l’or. Pourtant, dans les deux cas, ils ont tort.

« Des taux plus élevés dopent la valeur du dollar en rendant les actifs américains plus attractifs pour les investisseurs à la recherche de rendement... » – Wall Street Journal du 4 janvier 2017.

Des taux plus élevés peuvent être temporairement plus attractifs pour les investisseurs à la recherche de rendement, mais ils ne sont en rien responsables « de la hausse de la valeur du dollar ». En fait, historiquement parlant, plus les taux sont élevés, plus la valeur du dollar est suspecte (ou de toute autre devise, par exemple du peso mexicain en 1982).

Entre 1971 et 1980, les taux d’intérêts américains ont grimpé jusqu’à des niveaux ahurissants. Le bon du Trésor de référence, celui à 10 ans, affichait un taux incroyable supérieur à 15 %. Ces taux élevés n’ont rien fait pour doper la valeur du dollar. En fait, durant toute cette période, la valeur du dollar américain baissa. Ce fut reflété de façon précise par le cours de l’or en dollars, qui grimpa de 45 à 850 $ l’once, ce qui correspond à une multiplication par 19 de son prix.

« Vu que l’or ne rapporte pas d’intérêts, il a du mal à concurrencer les autres actifs lorsque les taux grimpent… » – Wall Street Journal

L’or n’a pas vocation à concurrencer quoi que ce soit. L’or, c’est la véritable monnaie. Sa valeur est intrinsèque. Tout changement mesurable de son prix nominal est inversement attribuable à une seule chose : la valeur du dollar américain.

Le sous-entendu apparemment fait par l’auteur est que les actifs sujets aux taux sont préférables à l’or. Il est réfuté par le paragraphe ci-dessus qui commence par « Entre 1971 et 1980 ».

Nous traversons actuellement une période prolongée de taux artificiellement bas. Il n’y a aucun précédent historique. Tout retour à la normale, à la détermination par les marchés des taux, devrait être accueilli favorablement. Malheureusement, cela ne risque pas d’avoir lieu.

Les extrêmes que nous avons connus dans les années 70 furent la résultante d’une inflation imposée par le gouvernement et la FED. Tout cela commença en 1913, avec la création de la FED. Les taux proches de zéro d’aujourd’hui, ou négatifs, sont le fruit de l’influence de la Banque centrale américaine et de son combat contre toute une série de symptômes négatifs découlant du problème qu’elle a elle-même créé, à savoir un dollar qui a perdu 98 % de son pouvoir d’achat.

Généralement, dans un marché libre, les taux déterminent leur propre niveau. Celui-ci est le reflet de l’offre et de la demande du crédit, ainsi que des facteurs de risque de celui-ci.

Avec la quantité incroyable de dette émise continuellement par le Trésor américain, 2 facteurs supplémentaires sont devenus aussi déterminants et critiques pour redéfinir le niveau des taux : l’inflation (la prime), et « l’éviction ».

L’inflation est la chose que le gouvernement fait le mieux. L’érosion de la valeur du dollar fut intentionnelle et continue pendant plus de 100 ans (un sans-faute). Résultat des courses : les prêteurs doivent toujours s’attendre à recevoir un remboursement inférieur au capital prêté. Donc tous les taux intègrent une « prime d’inflation » qui aide à compenser la perte de valeur attendue durant la durée du crédit.

Pour en revenir à « l’éviction », le Trésor américain est le plus gros emprunteur du monde. La taille de sa dette éclipse toutes les autres. Il a donc un plus gros poids sur les marchés du crédit. Chaque prêteur et emprunteur jaugent leur propre activité, en particulier le niveau des taux et la durée des crédits, parfois leur timing, par rapport à ce qui se passe sur le marché américain.

Les grandes banques qui achètent des Treasuries le font avec une préséance dont aucun autre prêteur bénéficie. La dette émise par le Trésor américain doit être souscrite entièrement, et fortement. Il s’agit de la source de financement des activités quotidiennes du gouvernement. Et vu que le gouvernement se moque des intérêts qu’il doit payer, ils obtiennent ce qu’ils veulent.

Si l’or ne rapporte pas d’intérêt, c’est pour cette raison spécifique : il s’agit d’une véritable monnaie. Il s’agit même de la monnaie originelle.

Le dollar américain, ainsi que toutes les autres devises papier, sont des substituts à la véritable monnaie. Il s’agit d’une émanation de reçus échangeables contre de la véritable monnaie (de l’or). Aujourd’hui, il s’agit de simples morceaux de papier supposés représenter « de la véritable richesse ».

Posséder et prêter des dollars comporte des risques propres. Ainsi, ces intérêts sont une forme de compensation pour le risque encouru. »

Article de Kelsey Williams, publié le 4 février 2017 sur SafeHaven.com

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