Que serait la science-fiction sans le minage spatial ? D’Ellen Ripley dans Alien à Dave Lister dans Red Dwarf en passant par Sam Bell dans Moon et Naomi Nagata dans The Expanse, il est difficile de concevoir un drame interstellaire sans des ingénieurs en combinaison travaillant à leur opération de traitement des minéraux.
C’est tellement sexy que des capitaux réels ont été investis dans de telles projets. Larry Page et Eric Schmidt d’Alphabet, ou encore le réalisateur hollywoodien James Cameron ont investi dans Planetary Resources Inc. Cette société de capital-risque a pour objectif d’extraire et de raffiner des métaux de grande valeur se trouvent sur des astéroïdes. Deep Space Industries, une start-up concurrente, a également des plans ambitieux visant à extraire des ressources de l’espace. Même si ces sociétés ont depuis été rachetées et leurs projets gelés, l’idée d’une industrie minière spatiale refuse de mourir.
C’est très bien de vouloir décrocher la lune. Mais ceux qui ont refusé de financer les plans onéreux de l’industrie minière spatiale naissante ont eu raison du point de vue des fondamentaux. Le minage spatial ne décollera pas de sitôt. Il suffit de se pencher sur l’histoire de la civilisation pour comprendre pourquoi.
Pourquoi le minage spatial est quasi impossible
Un facteur rend le minage spatial quasi impossible dès le départ : la gravité. Tout d’abord, elle garantit que la plupart des meilleures ressources minérales du système solaire se trouvent déjà en dessous de nos pieds. La terre est la plus grosse planète rocheuse qui gravite autour du soleil.
La gravité pose également des problèmes techniques. Transporter la quantité de matériel nécessaire à l’activité minière dans l’espace serait incroyablement cher. Sur Falcon Heavy, la grosse fusée développée par la société SpaceX d’Elon Musk, transporter du cargo sur l’orbite de Mars coûte 5.357 $ le kilo. Ce n’est pas cher comparé au prix des lancements classiques. Mais à ce tarif, le simple envoi d’une plate-forme de forage sur un astéroïde coûterait le budget annuel d’exploration d’une petite société minière.
Energie, eau…
L’énergie est un autre souci. La station spatiale internationale, avec ses 3.250 m² de panneaux solaires, génère jusqu’à 120 kW d’électricité. Une telle plate-forme de forage consommerait toute l’énergie d’une telle installation. Mais la plupart des sociétés minières utilisent plusieurs plates-formes à la fois. Des forages de prospection à l’exploitation, les besoins en énergie sont multipliés. Et ramener le minerai sur terre ferait à nouveau grimper la facture. Le satellite japonais Hayabusa2 a passé 6 années et dépensé plus de 150 millions de dollars pour ramener un petit gramme de l’astéroïde Ryugu sur terre…
Pourquoi miner dans l’espace ? L’eau est une ressource indispensable pour la plupart des opérations minières terrestres. Elle pourrait également devenir une source d’énergie importante (hydrogène-oxygène). En octobre, la découverte de molécules de glace dans des cratères de la Lune fut considéré comme une avancée majeure. Néanmoins, les faibles concentrations de 100 à 412 parts par million( ppm) sont incroyablement basses par rapport aux standards terrestres. Le cuivre, qui coûte environ 4.500 $ la tonne pour être raffiné, à une teneur moyenne en minerai d’environ 6000 ppm.
Les matières premières les plus tentantes sont le platine, le palladium, l’or et d’autres métaux rares. En raison de leur affinité pour le fer, ces éléments dits sidérophiles ont principalement glissé vers le noyau métallique de notre planète au début de sa formation, et sont relativement rares dans la croûte terrestre. Les estimations de leur abondance sur certains astéroïdes, comme l’énigmatique Psyché 16 au-delà de l’orbite de Mars, suggèrent des concentrations bien plus élevées par rapport à celles que l’on peut trouver dans les mines terrestres.
Pour qu’une activité économique se développe, elle doit être viable. Si les métaux du groupe du platine justifient ces coûts astronomiques, c’est le cas de le dire, du minage spatial, ils devront afficher des prix beaucoup plus élevés pendant des années afin de justifier un tel investissement. Soit un environnement inconnu pour ces métaux, qui connaissent les fluctuations importantes.
Lorsque les prix d’une matière première essentielle deviennent excessifs, les chimistes deviennent extraordinairement ingénieux lorsqu’il s’agit d’éviter leur utilisation. Le recyclage s’accélère, les sociétés minières peuvent exploiter des gisements qui n’étaient pas économiques auparavant. Même les criminels entrent en piste. Cela finit par faire augmenter l’offre et baisser la demande, si bien que le prix se rééquilibre. Nous avons vu cette dynamique se développer pour les terres rares, le lithium et le cobalt durant ces dernières années. Les mines produisent aujourd’hui environ 3 fois plus de platine que dans les années 70. Le prix n’a pourtant quasi pas bougé lorsqu’on l’ajuste à l’inflation.
Cela pourrait décevoir ceux qui cherchent des excuses pour coloniser l’espace. Mais cela devrait être perçu au contraire comme un hommage à l’ingéniosité humaine. Notre incapacité à exploiter les réserves minérales extraterrestres n’est pas le signe d’un manque d’imagination. Au contraire, il s’agit d’un signe de nos facultés d’adaptation qui ont mis sur orbite en premier lieu l’espèce humaine.

