Or physique : les investisseurs ne vendent pas, malgré l’envol des marchés actions

0
1195
lingotins d'or

La résilience de l’or dans ce contexte d’envol des marchés actions et de baisse importante de la demande met en exergue la confiance des investisseurs dans le métal, qui ne se laissent pas impressionner par la hausse importante des bourses.

Le cours de l’or a à peine bronché après les niveaux records atteints par les marchés actions depuis la mi-octobre. Depuis cette date c’est le calme plat, si bien que l’on pourrait enregistrer la plus faible volatilité depuis 2005. La demande d’or physique a, quant à elle, atteint un plus bas de 8 ans durant le 3e trimestre 2017.

Mais cela masque un solide support des investisseurs. Si la performance du cours de l’or durant le boum automnal des actions a été inférieure, le métal n’a pas souffert pour autant.

« En théorie, historiquement lorsque vous avez des marchés exceptionnels et une faible volatilité, l’or part à la baisse, et fortement. Mais aujourd’hui, personne ne vend de l’or », a déclaré Davis Hall, responsable devises et métaux précieux chez Indosuez Wealth Management.

« Tôt ou tard, les investisseurs qui ont misé sur les actions vont prendre leurs bénéfices », a-t-il déclaré. « En tant que protection, l’or est sans aucun doute la meilleure alternative pour s’assurer contre les risques d’une exposition importante aux marchés actions mondiaux. »

La dernière correction importante des titres, durant la crise financière de 2008, a engendré un marché haussier long de plusieurs années pour le métal jaune, ce qui l’a porté à près de 2 000 $ l’once, la hausse se poursuivant même après que les actions aient repris des couleurs. (…)

La baisse importante de la demande physique durant le dernier trimestre semble dramatique, en particulier vu que l’ensemble de l’année pourrait afficher une tendance similaire. Cependant, pour l’or, c’est bien moins désastreux que cela en a l’air.

Contrairement aux autres matières premières, la demande physique est habituellement dictée par les prix, ce qui est habituellement l’inverse. C’est particulièrement vrai sur les énormes marchés de l’or en Asie, comme la Chine et l’Inde, où les investisseurs achètent sur le long terme et sont toujours à l’affût d’une bonne affaire. (…)

La politique des taux de la FED a presque intégralement dicté les mouvements de l’or durant la dernière décennie. Les taux planchers qui sont apparus au lendemain de la crise financière ont permis de réduire les coûts de détention du métal à leur plus simple expression. La baisse de l’or de l’année dernière est largement à remettre sur le compte de l’attente de la normalisation des taux.

La FED a bien commencé à relever son taux directeur, mais de façon bénigne jusqu’à présent. Avec le modéré Powell qui devrait reprendre les rênes de la FED au début de l’année prochaine, on devrait être dans la continuité. (…)

Simultanément, il y a bien d’autres raisons qui soutiennent l’or.

L’aplatissement de la courbe des rendements américains suggère que les investisseurs pourraient bientôt sortir des obligations à court terme pour rentrer sur des actifs plus risqués comme les actions, d’après l’analyste de Mitsubishi Jonathan Butler. Ce genre d’événements a souvent été considéré comme une sonnette d’alarme.

« Il semblerait que nous ayons un nouveau canari dans la mine », a-t-il déclaré. « Les marchés actions atteignent de nouveaux records, le dollar se maintient, mais les taux indiquent que quelque chose cloche sur le marché des actifs à revenu fixe. Il y a encore des éléments pour soutenir l’or, pour se protéger contre des paris plus risqués. »

Article de Reuters, publié le 10 novembre 2017