Sur la stratégie monétaire de la Chine

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statue de Mao en or

Au début de la décennie, la ville de Zhengzhou était souvent citée comme exemple du développement inconsidéré de la Chine. L’Occident la qualifiait de quintessence de ville fantôme, une immense métropole ultramoderne qui ne manquait que d’une chose : une population. Aujourd’hui, environ 5 ans plus tard, Zhengzhou est d’après Bloomberg une ville florissante bénéficiant d’un excellent réseau d’infrastructures… que l’on qualifiait auparavant de travaux inutiles destinés à remplir les poches de bureaucrates corrompus.

Les nouvelles routes et voies ferrées connectent aisément Zhengzhou avec Pékin, Shanghai et les autres centres économiques majeurs. De plus, la ville est devenue un maillon clé de la Nouvelle route de la Soie. Son aéroport, auparavant déserté, voit désormais ses pistes ultramodernes accueillir du cargo dont les volumes connaissent une croissance annuelle de 30 %.

Comprendre la stratégie de la Chine

Il y a un message qui va bien plus loin que le cas de Zhengzhou. C’est que la Chine prospère en pensant à long terme, mais aussi de façon globale. Le spécialiste renommé de la psychologie sociale Richard Nisbett a décrit dans son livre La géographie de la pensée comment la mentalité occidentale et orientale a débouché sur une évolution culturelle différente durant ces millénaires. Les Grecs, fondateur de la pensée occidentale, se focalisaient sur les objets et sur leur mesure, ce qui explique tous leurs progrès scientifiques. Les Chinois se sont, eux, concentrés sur les relations entre les objets. Dit autrement, cela signifie que l’Occident pense de façon analytique tandis que l’Orient pense de façon holistique. Cette distinction explique la différence entre des pays qui réussissent (ceux de l’Occident) et une civilisation qui réussit (la Chine).

Nisbett insiste sur le fait que ces différences n’ont rien à voir avec les facultés intellectuelles : c’est une question de culture. Selon moi, la leçon à tirer est la suivante : si les États-Unis veulent prospérer dans le monde actuel, nous devons adapter nos habitudes culturelles et commencer à nous voir en tant qu’une partie d’un tout et non en tant que le tout. Je parle de ceci car ceux qui évoquent souvent l’ascension de la Chine semblent partir du principe qu’elle devra avoir lieu aux dépens des États-Unis, et vice versa. Je ne pense pas que c’est l’avis de la Chine, et continuer à croire le contraire ne pourra nous faire que du tort.

Les ambitions monétaires de la Chine

(…) L’ambition de la Chine n’est pas de détruire le dollar. En fait, les États-Unis pourraient même être bénéficiaires (des ambitions monétaires de la Chine). Cependant, nous devons accepter d’ouvrir notre vision du monde afin de voir comment l’intégration des États-Unis dans un réseau coordonné pourrait profiter à tout le monde. Ce que je veux dire, c’est que le but de la Chine n’est pas que le yuan adossé à l’or remplace le dollar en tant que monnaie de réserve, même si ça pourrait arriver. L’objectif de la Chine va plus loin que cela.

Pour vous expliquer mon raisonnement, je vais en revenir à Zhengzhou. Cette ville met en exergue la capacité de la Chine à faire quelque chose qui semble inconsidéré, une folie, mais qui se révèle être ensuite une étape indispensable d’un projet planifié, plus global. Dans un tout autre domaine, il y a une analogie actuellement, quelque chose qu’on peut difficilement expliquer, mais qui est à vrai dire mûrement réfléchi, à savoir tracer la voie de la Chine vers une nouvelle monnaie de réserve.

La Chine interdit Bitcoin, mais est le plus gros producteur

Le paradoxe, le voici : récemment, la Chine a interdit les échanges de cryptodevises, cela concerne aussi Bitcoin. Pourtant, le gouvernement n’a pas interdit la création (mining) des Bitcoins. (…) Cette activité consomme pourtant des quantités folles d’énergie. Mais le gouvernement laisse faire, alors qu’elle a interdit ces cryptodevises. (…)

Pourquoi ? Parce que la Chine aura besoin de ces compétences et de cette infrastructure. Pas pour l’écosystème Bitcoin, mais pour une autre devise numérique. Je pense que la Chine a peut-être l’ambition de créer sa propre cryptodevise, une monnaie qu’elle n’aurait pas besoin de gérer.

En 2009, au lendemain de la crise financière, Zhou Xiaochuan, l’influent patron de la banque centrale chinoise, a écrit un papier sur les monnaies de réserve qui critique non seulement le dollar, mais toutes les monnaies papier utilisées en tant que monnaie de réserve. Selon lui, le nombre d’unités d’une monnaie de réserve « devrait être déconnecté de conditions économiques ou d’intérêts de tout État ».

En ce qui concerne le potentiel d’utilisation des DTS du FMI, il a écrit :

« Les DTS n’assument pas encore leur plein rôle en raison des limitations de leur allocation… cependant, il s’agit de la petite lumière blanche au bout du tunnel de la réforme du système monétaire international. »

On peut bien entendu remettre en question la sincérité de Zhou et affirmer que la Chine veut vraiment imposer son yuan adossé à l’or. Mais j’en doute. Dans le même papier, Zhou a fait une référence claire au problème bien connu qui se pose à tout pays qui émet une monnaie de réserve, connu sous le nom de dilemme de Triffin :

« Les pays qui émettent une monnaie de réserve ne peuvent pas maintenir la valeur de leur devise tout en fournissant au monde des liquidités. »

Autrement dit, les déficits commerciaux sont la conséquence d’émissions excessives de monnaie.

Le plan de la Chine : restaurer le rôle de l’or dans le système monétaire international

Autrement dit, la Chine comprend qu’elle payerait très cher le fait de faire du yuan la monnaie de réserve numéro 1. En revanche, un panier de devises comme les DTS, adossés à l’or ou avec le métal dans ses composantes, serait une bonne solution pour la Chine. Si elle parvient à piloter cette transition vers un système monétaire basé sur l’or, le prix du métal jaune augmentera tandis que la Chine pourra assurer son hégémonie en Orient. (…)

Source : interview de Stephen Leeb sur KWN