2018 : une année qui s’annonce sous haute tension pour les banques espagnoles

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tempête qui approche

Quel poids additionnel le système bancaire européen peut-il supporter ? Il s’agit de l’une des grandes questions européennes de 2018. Cette année fut déjà compliquée pour ce secteur, avec notamment de grandes banques italiennes qui ont été sorties du pétrin par l’État tandis qu’une autre grande banque, Monte dei Paschi di Siena, fut tout simplement ressuscitée. En Espagne, 300.000 actionnaires et porteurs obligataires subordonnés ont dû acter le décès de la 6e banque du pays, Banco Popular, qui a été rachetée par Santander pour la modique somme d’un euro.

Mais de tout nouveaux problèmes pointent à l’horizon. Un rapport publié par la seconde banque espagnole, BBVA, a lancé un avertissement concernant l’impact potentiel de la rentabilité du secteur bancaire suite aux nouvelles règles de provisions qui entreront en vigueur début 2018.

Jusqu’à présent, les banques ne devaient enregistrer des pertes que lorsque leurs crédits commençaient à se détériorer, à savoir lorsque les défauts commençaient. Mais la nouvelle règle comptable IFRS 9, qui entrera en vigueur en janvier, obligera les banques européennes à accumuler des provisions pour les créances douteuses bien plus tôt qu’aujourd’hui. L’une des conséquences directes est que les banques devront avoir davantage de réserves, ce qui aura un impact négatif sur leurs bénéfices.

Si les stress tests 2018 de la BCE réutilisent les mêmes paramètres et environnement économique que ceux utilisés en 2014, les banques qui possèdent un peu plus d’un 5e de part de marché en Espagne en termes d’actifs pondérés devraient augmenter leurs provisions de 200 points de base, d’après le rapport de BBVA. Cela signifie que certaines banques se retrouveraient avec un seuil de solvabilité inférieur à 9 %, soit juste le minimum légal ou en dessous.

D’après la banque espagnole, le secteur devra augmenter ses provisions de 21 %, soit d’environ 5,2 milliards, pour satisfaire les nouvelles règles. Ce montant devrait être gérable pour l’ensemble du secteur bancaire, mais certaines banques, notamment les plus modestes, pourraient avoir du mal à y parvenir.

En 2017, Banco Popular fut la plus exposée, si bien qu’elle a été obligée d’accepter une reprise par la plus grande banque espagnole, Santander. Le déclin et la chute de Popular est significatif à de nombreux points de vue :

  1. Il s’agit d’un rappel que la crise bancaire espagnole est loin d’être réglée, malgré les dizaines de milliards (et même les centaines de milliards si on inclut les garanties du gouvernement) qui ont été injectées. Rien qu’aujourd’hui, le gouvernement a vendu 7 % supplémentaires de son portefeuille d’actions de Bankia en enregistrant une perte de 70 millions d’euros. La nouvelle publiée, le titre a perdu 2,4 % supplémentaires.
  2. Cela réfute une bonne fois pour toute le mythe affirmant que la crise bancaire espagnole fut exclusivement le résultat d’une mauvaise gestion chronique des banques d’épargne publiques, les « cajas ». Comme l’ancien directeur de la Banque d’Espagne l’a déclaré à une commission sur la crise bancaire, l’effondrement de Popular est la preuve que certaines banques privées ont agi de façon toute aussi imprudente que les cajas.
  3. La chute de Popular a aussi démontré que lorsque les limites sont franchies, le mécanisme de surveillance unique est plus que prêt à laisser certaines banques mourir, même si le traitement accordé à Dei Paschi montre que l’application cohérente des règles est loin d’être garantie. (…) »