Taux négatifs : la Fed de St-Louis prépare-t-elle le terrain à une adoption aux États-Unis ?

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Contrairement à de nombreux pays du Vieux continent, les États-Unis n’ont pas encore goûté aux taux négatifs. Mais tandis que la FED vient de relever son taux directeur et que son objectif est de « normaliser les taux », voici que 2 économistes de la FED de St-Louis publient un papier intitulé « À la recherche des points positifs des taux négatifs » sur le site officiel de leur institution. De quoi préparer le terrain des taux négatifs alors qu’à 1,25-1,5 %, la FED est loin d’avoir les munitions nécessaires pour combattre la prochaine récession ? Chacun se fera son opinion.

« L’utilisation des taux négatifs posent 3 questions importantes du point de vue de la théorie monétaire.

  1. Tout d’abord, étant donné de l’opinion prédominante affirmant que zéro est le plafond minimum des taux d’intérêts nominaux, comment est-il possible d’implémenter des taux négatifs ?
  2. Si les taux négatifs sont possibles, ont-ils pour effet d’augmenter la demande ?
  3. Est-il désirable de conserver des taux très bas pendant une longue période ?

Cet article traite ces 3 questions. (…)

La sagesse conventionnelle

La théorie monétaire conventionnelle est toujours partie du principe que le taux directeur ne peut passer en dessous de la barre de zéro parce qu’un individu ne payerait pas, en théorie, pour prêter son argent. Cela aurait pour conséquence de pousser les individus à accumuler de l’argent liquide. Vu que le taux directeur influence fortement le rendement des obligations à court terme, celui-ci est également censé se rapprocher de zéro.

Lorsque les taux approchent de zéro, on se retrouve dans ce que les économistes appellent le piège de la liquidité, soit un niveau auquel il est vain de procéder à de nouvelles injections monétaires. L’accumulation du cash signifie un déficit d’investissements, donc l’absence de toute stimulation économique. Dans la théorie monétaire, on appelle également cette situation la vélocité zéro de la monnaie, car l’argent ne circule pas dans l’économie.

Cependant, s’il y a des coûts liés à l’accumulation d’argent liquide pour les citoyens ou les entreprises, alors il devient possible pour les banques de mettre en place des taux négatifs. Cela signifie que les épargnants doivent payer pour avoir de l’argent à la banque, ou que la banque doit prendre en charge les taux négatifs auprès de la banque centrale. Dans ce cas de figure, il est possible d’avoir des taux négatifs tout en évitant le piège de la liquidité. Bien sûr, le coût de la détention d’argent liquide influence le niveau jusqu’auquel les taux peuvent plonger en territoire négatif.

Autrement dit, les taux négatifs nominaux sont possibles car détenir des espèces coûte de l’argent, surtout pour les grandes entreprises. La banque centrale peut également imposer légalement aux grandes sociétés de garder leurs liquidités à la banque lorsque des taux négatifs sont introduits. Cette règle peut également être appliquée aux banques. (…) »

Voilà pour la traduction des passages essentiels de ce papier de la FED de St-Louis. En résumé : les taux négatifs sont possibles grâce aux coûts engendrés par la détention d’argent liquide. Et si ses coûts ne sont pas suffisants pour permettre aux taux de plonger suffisamment en territoire négatif, la FED pourra toujours en mettre en place via des législations, ou tout simplement obliger certaines entités à conserver leur argent à la banque.