La banque centrale néerlandaise détenait environ 313 tonnes d’or aux États-Unis et au Canada. Entre mars et août 2026, elle en a sorti 86 tonnes pour les placer à Londres. Le stock national n’a pas bougé : 612,4 tonnes, valorisées 72,2 milliards d’euros par DNB au 31 décembre 2025. Sur cette base de valorisation, les 86 tonnes déplacées représentent un peu plus de 10 milliards d’euros. Aucun achat net, aucune vente nette. Ce qui a changé, c’est l’endroit où se trouve le métal et la forme sous laquelle il est détenu.
De Nederlandsche Bank (DNB) donne la raison sans détour dans son communiqué du 2 septembre : l’or conservé à New York et à Ottawa ne peut pas être mobilisé aussi vite ni aussi directement qu’à Londres. Six mois d’opérations, des frais de transport et d’assurance, un montage financier en deux volets, pour un stock dont la quantité reste identique. Cela vaut la peine de comprendre pourquoi.
Comment l’opération s’est déroulée
DNB a utilisé deux méthodes en parallèle.
Environ 59 tonnes ont d’abord été vendues à New York. La banque a ensuite racheté à Londres une quantité équivalente de métal répondant aux standards internationaux de négoce. Pas de camion, pas d’avion, juste deux transactions.
Le reste, plus de 27 tonnes, a réellement traversé l’Atlantique. Ces barres sont parties des États-Unis et du Canada vers le centre de trésorerie de DNB à Zeist, aux Pays-Bas. En contrepartie, une quantité comparable de barres déjà conformes est partie de Zeist vers Londres. Le montage a évité de refondre les lingots, ce qui aurait coûté cher. Le mode de transport n’a pas été communiqué.
La répartition géographique des réserves néerlandaises, avant et après :
| Lieu | Avant | Après |
|---|---|---|
| Zeist (Pays-Bas) | 30,8 % | 30,8 % |
| Londres | 18,1 % | 32,1 % |
| New York | 31,3 % | 18,5 % |
| Ottawa | 19,7 % | 18,5 % |
DNB explique avoir combiné les deux approches pour répartir les risques, mais aussi pour acquérir de l’expérience sur chacune. Si une nouvelle relocalisation devenait nécessaire dans un contexte dégradé, l’une des deux méthodes pourrait être impraticable.
Le gouverneur Olaf Sleijpen résume l’objectif : renforcer « notre résilience et notre préparation ». Il ajoute que la banque n’anticipe pas d’avoir à mobiliser ces réserves.
Le communiqué contient au passage une formulation rare sous la plume d’une banque centrale. DNB écrit que conserver une part plus large de ses réserves à Londres renforce le rôle de l’or comme ancrage de confiance, et que l’or est considéré comme l’actif de réserve ultime parce qu’il se prête à la couverture des risques systémiques extrêmes. La banque décrit ici un état du marché plus qu’elle ne défend une position. Elle le fait tout de même dans un texte officiel, en septembre 2026.
Pourquoi Londres plutôt que New York
Londres reste le principal centre de négoce de l’or physique. L’or déposé auprès de la Banque d’Angleterre doit répondre aux standards internationaux, ce qui le rend immédiatement échangeable sur ce marché.
Ces standards portent un nom : la norme Good Delivery de la LBMA. Elle définit ce qu’est une barre négociable en gros. Poids compris entre 350 et 430 onces troy, soit environ 10,9 à 13,4 kg. Titre minimal de 995 millièmes. Barre coulée, pas frappée, avec des marquages obligatoires : numéro de série, poinçon du raffineur, titre, année de fabrication. Le raffineur doit lui-même figurer sur la Good Delivery List, une liste de fondeurs audités périodiquement.
Une barre extérieure à cette chaîne ne perd pas sa valeur métallique. Son admission sur le marché professionnel londonien peut en revanche exiger des contrôles supplémentaires, une nouvelle analyse, parfois une refonte, avec les frais et les délais correspondants. C’est précisément ce que DNB a évité en échangeant ses barres à Zeist plutôt qu’en les faisant refondre.
Ce que l’épisode dit de l’or physique en général
Une tonne d’or ne vaut pas mécaniquement une autre tonne d’or. Entre un stock qui figure sur un inventaire et un stock réellement mobilisable, quatre variables s’intercalent : l’emplacement du métal, son format et sa conformité à une norme reconnue, sa traçabilité documentaire, et l’existence d’une contrepartie prête à le racheter.
Une banque centrale vient de consacrer six mois à corriger ces points sur 14 % de ses réserves. Les mécanismes du marché interbancaire londonien n’ont évidemment rien à voir avec ceux du marché français du Napoléon, mais les quatre variables restent les mêmes pour un épargnant.
L’emplacement
L’opération néerlandaise montre justement qu’un métal détenu loin de chez soi n’est pas forcément immobilisé. DNB a vendu environ 59 tonnes à New York sans les transporter au préalable. Tout dépend du mode de conservation. Un métal placé chez un dépositaire professionnel adossé à un marché de rachat local peut être cédé sur place, sans rapatriement. Un lingot rangé dans un coffre personnel à l’étranger, lui, suppose un transport, une assurance, parfois un passage en douane, et le délai n’est plus le même.
Le sujet a aussi une dimension fiscale en France. Selon le BOFiP, un bien qui a toujours été situé dans un État tiers à l’Union européenne n’entre pas dans le champ de la taxe forfaitaire sur les métaux précieux et relève du régime des plus-values sur biens meubles. Les conséquences varient selon les situations et doivent être vérifiées au cas par cas auprès d’un professionnel ou du texte en vigueur.
Le format
Sur le marché français et européen, certains formats circulent tous les jours et d’autres presque jamais. Les pièces et lingots d’investissement les plus courants trouvent une contrepartie sans difficulté particulière, parce que les intervenants savent les évaluer et les revendre. Un format exotique, un lingot d’un fondeur inconnu ou une pièce sans référence de marché prendront plus de temps et supporteront une décote plus large à la revente.
Un point de comparaison utile avant d’acheter : demander quelle est la fourchette de rachat sur le format visé, pas seulement la prime à l’achat. Une prime basse sur un produit que personne ne rachète n’est pas une bonne affaire.
Les documents
C’est le point le plus souvent négligé, et il a une conséquence fiscale directe.
Par défaut, la revente de métaux précieux par un particulier en France est soumise à la taxe forfaitaire. Le vendeur peut opter pour le régime de droit commun des plus-values, prévu à l’article 150 VL du CGI, s’il peut établir la date et le prix d’acquisition. Le BOFiP précise que pour les métaux précieux, cette justification suppose que l’objet ou le lot soit individualisé de manière suffisante : numéro, gravure personnalisée, emballage scellé identifiable, ou inscription au crédit d’un compte de dépôt ouvert auprès d’un établissement financier. L’administration ajoute que cette condition doit être appréciée strictement.
Une facture d’achat, seule, ne suffit donc pas toujours. Ce qui compte, c’est de pouvoir rattacher le métal vendu à cet achat précis. Là encore, la règle exacte applicable à une situation donnée mérite d’être vérifiée sur le BOFiP à jour ou auprès d’un conseil.
Les erreurs qui coûtent à la revente
- Ouvrir le scellé d’un lingotin ou d’une pièce sous blister, ce qui peut compliquer l’individualisation et imposer une nouvelle analyse, sauf si un numéro de série permet encore de rattacher le métal aux documents d’achat.
- Perdre la facture, le certificat ou le numéro de série, en pensant que le métal parle de lui-même.
- Stocker le métal loin de l’endroit où il sera revendu, sans avoir chiffré le transport et l’assurance.
- Choisir un format uniquement sur la prime à l’achat, sans regarder qui le rachète et à quel écart.
- Confondre le cours spot et le prix effectivement obtenu à la revente.
Ce qu’il est utile de vérifier chez soi
Trois questions suffisent à faire l’inventaire, et aucune ne porte sur le cours de l’or.
Où se trouve physiquement le métal, et combien de jours faudrait-il pour l’avoir en main. Dans quel état sont les scellés, certificats et factures, et permettent-ils d’identifier chaque pièce ou chaque barre individuellement. Qui rachèterait ce format, et sur quelle base de prix.
DNB a mis six mois à répondre à ces questions pour 86 tonnes. Pour quelques pièces dans un coffre, cela prend une soirée.
Les propos et opinions exprimés dans cet article n’engagent que l’auteur de Or Argent et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d’investissement.

