• Ce jeudi, les métaux précieux ont connu une excellente journée. L’or s’est apprécié de plus de 27 $ pour clôturer à 1.763,5 $ (+1,8 %) après avoir flirté avec les 1.770 $ en cours de séance. L’argent a clôturé à 25,84 $ non sans avoir titillé les 26 $. Le métal jaune a désormais atteint un plus haut de 7 semaines. Depuis ce matin, l’or et l’argent sont en légère hausse. Une clôture respective à plus de 1.770 $ et de 26 $ serait positive d’un point de vue technique.
  • C’est exactement ce que rappelle Ole Hansen, le responsable de la stratégie matières premières de Saxo Bank. Il a déclaré, hier : « Soutenu par des taux plus mous et un dollar en baisse, l’or a finalement atteint et franchi jusqu’à présent le seuil des 1.765 $. Les 24 heures à venir seront très importantes pour la direction à court terme du cours de l’or. » La recrudescence des tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine et la Russie a probablement joué un rôle dans l’action d’hier.
  • En effet, l’administration Biden vient d’infliger de nouvelles sanctions contre la Russie, et ce, en raison de cyberattaques et d’ingérences dans l’élection présidentielle de 2020. Les USA accusent notamment Moscou du piratage de SolarWind, ce que les Russes nient en bloc. En réponse, la porte-parole de la diplomatie russe a déclaré que la Russie devait plus que jamais renoncer progressivement à l’utilisation du dollar. Ces nouvelles sanctions vont-elles relancer les achats d’or de la Banque centrale de Russie ? Ce n’est pas impossible.
  • En mars, la consommation a littéralement explosé aux USA alors que les ménages américains ont utilisé le chèque envoyé gracieusement par leur gouvernement. On a enregistré un bond de 9,8 % de la consommation le mois dernier, soit bien plus que les 6,1 % anticipés par les analystes. La baisse de février est donc oubliée après un mois de janvier qui fut également fort. Les inscriptions au chômage ont également diminué dans la semaine qui se terminait le 10 avril, ce qui a probablement encouragé les Américains à dépenser. Ce sont surtout les bars et les restaurants qui ont profité de la tendance (+13,4 %), alors que les restrictions sont levées, partiellement ou totalement. Cela n’apaise pas, bien entendu, les craintes qui se développent concernant l’inflation. C’est pourquoi les bonnes nouvelles économiques devraient être positives pour les métaux précieux.

Une première : le LBMA a publié un rapport sur l’argent

Ronan Manly, qui propose régulièrement une couverture intéressante et inédite du marché des métaux précieux, rapporte dans son dernier article que le LBMA a publié pour la première fois de son histoire un rapport consacré aux investissements dans l’argent métal. Publié en collaboration avec la société de conseil Metal Focus, qui signe souvent le rapport annuel du Silver Institute, ce rapport est intéressant à plusieurs titres (vous pouvez le consulter ici).

Tout d’abord, il s’agit de la première publication d’un rapport du genre. On peut donc se poser la question de savoir pourquoi le LBMA a décidé de publier un tel rapport en cette année très spéciale. Le document, qui n’est pas bien long avec ses 15 pages, commence en relevant que des développements « incroyables » ont eu lieu durant les 12-18 derniers mois sur le marché de l’argent, avec notamment « une augmentation dramatique de l’activité des investisseurs ». La demande générale pour les pièces d’argent, les lingots et les ETF a augmenté d’environ 20 % en 2020. Et la tendance s’est poursuivie durant le premier trimestre de cette année.

Le LBMA admet que si les ajouts importants de métaux aux ETF argent de la fin janvier et début février avaient persisté, on aurait assisté à une pénurie. Si vous avez de la mémoire, vous vous rappelez que nous avions relayé en février l’information selon laquelle 85 % de l’argent physique de Londres appartenaient officiellement aux ETF. Ronan Manly, qui était déjà derrière l’information à l’époque, n’exagérait donc pas en affirmant que le risque de pénurie était bien réel vu que le LBMA le reconnaît aujourd’hui. Et ceux qui affirmaient qu’il n’y avait rien à voir avaient donc clairement tort, ou mentaient.

Cependant, si le rapport comporte des aveux, cela ne signifie pas qu’il propose une vision totalement transparente de la réalité. Le LBMA remet notamment sur le compte de la logistique, et non de l’énorme demande, les primes importantes sur les pièces d’argent, ou tout simplement l’impossibilité d’acheter ce genre de produit. Les actions imputées à WallStreetBet, qui ont conduit à la hausse aussi rapide qu’éphémère de l’argent de fin janvier/début février, sont qualifiées de phénomène éphémère.

Selon Manly, on est loin de la vérité. Le mouvement #SilverSqueeze est bien vivant sur les réseaux sociaux. Le groupe Wall Street Silver grandit, les membres partagent les photos de leurs piles d’argent. Certes, à 58.000 membres, on est encore loin de l’ampleur de WallStreetBets. Les sous-estimer pourrait être une erreur stratégique, d’après Manly.