Ces Américains qui fuient leur pays pour ne pas rembourser leur prêt étudiant

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crédit étudiant : fuite à l'étranger

Chad Haag a envisagé de vivre dans une caverne pour échapper à son crédit étudiant. L’un de ses amis l’a fait. Mais après avoir réfléchi, il a opté pour quelque chose qui lui semblait moins risqué. Cette année, il a déménagé dans la jungle indienne. « J’ai laissé les États-Unis derrière moi », a déclaré ce jeune de 29 ans.

Aujourd’hui, il vit dans une maison en béton du village d’Uchakkada pour un loyer de 50 $ par mois. Son jardin est rempli de cocotiers et de poulets. « Rien qu’hier, j’ai vu 4 éléphants », a-t-il déclaré, en précisant qu’il espère ne jamais remettre un pied dans un Walmart. À plus de 15.000 km du Colorado, Haag ne pense plus trop à sa dette.

Il n’est pas le seul à avoir fait ses bagages pour fuir les États-Unis vers des destinations où le coût de la vie est généralement plus bas, et où les agences de recouvrement ont moins de pouvoir. Même si nous n’avons pas de statistiques concernant le nombre d’Américains qui ont fui le pays en raison de leur crédit étudiant, ils sont nombreux à partager leur histoire sur les réseaux sociaux, à donner des conseils.

« Cela pourrait devenir un problème si la tendance devait s’accélérer », a déclaré Barmak Nassirian, directeur des relations fédérales de l’Association américaine des universités et des écoles supérieures.

La balance des crédits étudiant aux États-Unis a triplé durant la dernière décennie. Elle devrait dépasser les 2 trillions de dollars d’ici 2022. La dette moyenne d’un étudiant fraîchement diplômé se situe autour des 30.000 $, fortement en hausse par rapport aux 16.000 $ (montants ajustés à l’inflation) des années 90. Simultanément, les salaires réels des jeunes diplômés stagnent depuis des décennies.

Les 20.000 $ dollars à rembourser de Haag sont donc inférieurs à la moyenne, mais son incapacité à trouver un job correspondant à son niveau de qualification a rendu cette dette oppressante. « Si vous ne gagnez pas de quoi vivre, 20.000 $ de dette c’est catastrophique. »

Il avait du mal à rembourser les 300 $ mensuels qu’il devait payer après avoir empoché son diplôme. Son premier job après avoir quitté l’université du Colorado en 2011, lorsque les effets de la récession se faisaient encore sentir, était irrégulier. Parfois, il déchargeait des camions, parfois il assemblait des fusées dans une usine de jouets. Il a ensuite poursuivi ses études pour empocher une maîtrise en littérature comparative. Il a tenté de devenir professeur remplaçant, mais il ne parvenait pas à joindre les deux bouts en enseignant à une classe par semestre seulement.

Lorsqu’il a décroché un emploi de coursier à temps plein à Denver, il a retrouvé espoir. Cependant, il fut déçu de constater que son salaire mensuel n’était que de 1700 $. Après avoir remboursé la mensualité de son crédit étudiant, il n’avait pas de quoi payer un loyer dans la ville, où les prix de l’immobilier ont bondi. Il a donc dû vivre avec sa mère, et limiter les sorties avec ses amis. « Aux États-Unis, je ne pouvais simplement pas joindre les deux bouts », a-t-il déclaré.

Des objectifs qui semblaient être des rêves aux États-Unis, comme posséder une maison et fonder une famille, sont à nouveau à portée en Inde. L’année dernière, il s’est marié avec une Indienne, enseignante à l’école supérieure locale. Il a un visa marital de 5 ans en poche. Il admet tout de même que s’adapter à un nouveau pays n’est pas facile. Certaines toilettes sont un simple trou dans la terre. Malgré tout, il confie que son niveau de vie dans un pays du tiers-monde est plus élevé que celui dont il bénéficie aux États-Unis en raison de son crédit étudiant.

Mais cette démarche est dangereuse, selon les experts. En cas de retour aux États-Unis, cela signifie que le montant de leur dette aura gonflé en raison des intérêts qui s’accumulent, des frais de recouvrement et des pénalités de retard.

Si le département de l’éducation ne peut pas faire de saisies sur les salaires de personnes qui travaillent à l’étranger, il peut ponctionner jusqu’à 15 % de leurs allocations de sécurité sociale. « Le crédit étudiant ne disparaît pas lorsque vous êtes expatrié », a déclaré Mark Kantrowitz. Contacté pour une réaction, le département de l’éducation n’a pas répondu.

L’article de CNBC se poursuit avec des exemples similaires de jeunes Américains qui ont empoché un diplôme d’études supérieures, qui ne parviennent pas à trouver un job correspondant à leur qualification et qui sont dans l’incapacité de rembourser avec les salaires perçus en tant que coursier, livreur de pizza, etc. Frustrés de ne rien pouvoir entreprendre à cause de cette dette et du coût de la vie, ils ont préféré quitter leur pays pour repartir à zéro.

S’il est difficile de quantifier le phénomène, la description du problème par Alan Collinge, fondateur d’une association qui défend les étudiants endettés, résume très bien la situation : « Toute personne censée qui apprend que des jeunes fuient leur pays en raison de leur crédit étudiant doit conclure qu’il y a un gros problème avec ce système de crédit. » On critique souvent la génération des Milléniaux, parfois à raison. Mais il faut reconnaître que la stagnation des salaires, l’explosion de l’immobilier et la surqualification sont de gros problèmes dont ils ne sont pas responsables.