Comment des banques américaines gagnent de l’argent sans risque grâce à la FED

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inflation, réserves et taux

Non seulement les banques américaines perçoivent des intérêts sur leurs réserves excédentaires déposées à la FED, mais, comme vient de le dévoiler la FED de Saint-Louis, elles ont également pu emprunter de l’argent pour obtenir automatiquement, et sans risque, du rendement. Fernando Martin, économiste et chercheur de cette institution officielle, a écrit un long article consacré à ce sujet

Dans son article, Fernando Martin revient sur les mesures qui ont été prises par la FED pour combattre la crise de 2008, et la récession qui s’en est suivie, à savoir :

  • Des taux bas en abaissant son taux directeur à un niveau proche de zéro ;
  • Le paiement de taux d’intérêt sur les réserves des banques (en septembre, le taux était fixé à 1,98 %) ;
  • L’achat à grande échelle d’actifs (QE).

Bizarrement, jamais les taux sur les dépôts au jour le jour où les taux repo n’ont dépassé le taux d’intérêt sur les réserves excédentaires, comme le montre le graphique ci-dessous :

carry trade marché liquiditéCela signifie, pour citer Monsieur Martin :

« Comme nous pouvons le constater, l’IOER (taux sur les réserves excédentaires) a presque toujours été supérieur à ces 2 taux, ce qui signifie que des banques ont été en mesure d’emprunter de l’argent sur 24 heures et de le déposer à la FED pour encaisser l’écart de rendement. En bref, d’effectuer du carry trade sur les marchés de la liquidité. »

Comme il le précise par la suite, la hausse des taux signifie, comme on peut le voir aussi sur le graphique ci-dessus, que cet écart de rendement ne peut plus être exploité. Si on peut apprécier qu’un employé d’une FED régionale écrive un papier sur un sujet aussi sensible, il est tout de même dommage qu’il le fasse lorsque la porte se ferme, et après qu’elle ait été ouverte durant 9 ans…

inflation, réserves et taux

Certaines auraient néanmoins trouvé une autre astuce, mais plus risqué : emprunter en devises étrangères, où les taux restent bas (par exemple en euros), convertir en dollars et déposer cet argent à la FED pour encaisser l’écart. M. Martin pense avoir la preuve que cette pratique est courante en raison de l’augmentation importante des réserves en cash des institutions bancaires américaines à la FED, alors que traditionnellement, ces réserves étaient détenues en titres obligataires.

Ce qui est encore plus frappant, c’est que ce sont surtout des succursales aux États-Unis de banques étrangères qui détiennent près de 40 % de ces réserves, soit de petites institutions. Cela signifie que la justification de réserves en cash aussi importantes n’est pas dictée par des considérations prudentielles ou légales. Il ne reste donc plus qu’une seule option : le carry trade , soit les opérations spéculatives sur écart de rendement.

Comme le note l’auteur, cette pratique est évidemment plus risquée, en raison du risque de change.

38,4 milliards distribués aux banques

Sur base des réserves de 1,747 trillion parquées à la FED par les banques américaines, cela signifie qu’elles perçoivent plus de 38,4 milliards d’intérêts annuels. Les consommateurs, quant à eux, doivent se contenter le plus souvent de… 0,01 % (Wells Fargo, Bank of America, Chase Bank, HSBC), 0,04 chez Citibank, jusqu’à 1,85 % si vous déposez dans une petite banque provinciale (source).