Déréguler le secteur bancaire pour doper le crédit ? Un non-sens, selon la FDIC

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Les chantres de la dérégulation financière aux États-Unis affirment que les garde-fous mis en place après la crise de 2008 entravent le crédit : selon eux, les contraintes imposées aux banques les empêchent de prêter comme elles le voudraient aux particuliers et aux entreprises. Selon Thomas Hoenig, le vice-président de la FDIC (fonds de garantie bancaire américain), il s’agit de balivernes, et il s’en est expliqué en envoyant une lettre à la commission bancaire du Sénat.

Selon lui, si les banques voulaient vraiment accorder davantage de crédits, elles pourraient le faire sans réduire les exigences en capital.

Au lieu de dépenser leurs bénéfices dans des programmes de rachat d’actions ou en payant des dividendes, les banques pourraient conserver une plus grande quote-part de leurs bénéfices pour renforcer leur capitalisation. Ces capitaux permettent d’absorber les pertes engendrées par les créances douteuses. Tandis qu’une capitalisation renforcée rend toute banque plus solide en cas de crise future. En cas de manquement à ce niveau, la banque s’effondre et bénéficie d’un plan de sauvetage. Mais les banques qui augmentent leur niveau de capitaux en conservant des bénéfices non-répartis sont plus solides et peuvent accorder plus de crédits.

Malheureusement, durant le premier trimestre, les 10 plus grosses banques américaines ont dépensé plus de 100 % de leurs bénéfices dans des programmes de rachat d’actions et dans le paiement de dividendes, a-t-il écrit. En conservant une partie de leurs bénéfices, elles auraient pu doper globalement le crédit d’un trillion de dollars. (…)

Ces déclarations s’opposent totalement à celles des patrons des grandes banques américaines, notamment de Jamie Dimon, qui estiment que les règles prudentielles les empêchent de prêter à l’économie. (…)

Hoenig a fourni quelques exemples dans sa lettre. La plus grosse banque américaine, la JP Morgan, a engrangé un bénéfice de 26 milliards de dollars durant les quatre derniers trimestres. Mais la banque a dépensé 27,6 milliards, soit 106 %, dans le rachat de ses actions et le paiement de dividendes. Si la banque avait consacré ce montant pour renforcer son capital, elle aurait pu prêter 250 milliards de plus avec les règles en vigueur. (…)

Si ces 10 grandes banques américaines avaient simplement consacré les montants utilisés pour racheter leurs propres actions au renforcement de leur capital, elles auraient pu émettre des crédits pour 741 milliards de dollars tout en payant leurs généreux dividendes. Et en les réduisant, le montant des prêts accordés aurait pu grimper à un trillion de dollars. Hoenig a écrit :

« Je ne peux qu’avertir des dangers posés par l’assouplissement des exigences de capital qui permettrait aux plus grandes banques d’augmenter leurs positions déjà hautement leveragées. L’économie réelle a très peu à gagner dans l’aventure, mais beaucoup à perdre. »

Source : WolfStreet.com (traduction d’extraits)