La FED a fourni une bombe à Wall Street, les contribuables sont pris en otage

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bombe à retardement

Le mois dernier, lorsque Janet Yellen s’est exprimée devant le Comité des services financiers du Congrès, on l’a cuisinée sur un sujet qui n’a pas reçu assez d’attention dans les médias dominants : les intérêts qui sont payés sur les réserves excédentaires parquées à la FED.

Même si on les a évoqués de temps en temps depuis l’implémentation de la mesure en 2008, il est bon de noter que Yellen a été mise sur le grill aussi bien par Jeb Hensarling, le président du Comité, que par Randy Bar, le président du sous-comité dédié aux politiques monétaires. Même si l’arrêt de cette subsidiation de Wall Street financée par les contribuables est important, il est également crucial de comprendre le danger posé par la possibilité d’utiliser ces réserves excédentaires pour que les banques dopent le crédit.

masse monétaire FedPour comprendre les enjeux, il faut se rappeler qu’en 2008 de nombreux observateurs de la FED craignaient les risques d’inflation posés par les politiques accommodantes de la FED de Bernanke. En six ans, la masse monétaire a été multipliée par quatre (voir ci-dessus). Sans surprise, cela fit jaillir des craintes sérieuses concernant la dévaluation du dollar. Des craintes qui, aujourd’hui, doivent encore se matérialiser dans le CPI. Tandis que le prix des actions, de l’immobilier et d’autres actifs est probablement gonflé par cette politique monétaire, la FED n’est pas sujette à des pressions politiques concernant l’inflation. Au contraire, on la questionne pour comprendre pourquoi elle n’arrive pas à atteindre cet objectif (curieux) d’inflation de 2 %.

C’est en partie dû au fait que toute cette monnaie fraîchement créée est stérile car elle est parquée à la FED elle-même en tant que réserves excédentaires. Aujourd’hui, elles s’élèvent à plus de deux trillions de dollars, ce qui signifie que seulement deux tiers de la monnaie fraîchement créée a en fait trouvé le chemin du circuit économique.

Cette politique devrait mettre un terme final au motif vendu par la FED, à savoir qu’elle voulait soi-disant fournir des liquidités aux entreprises de Main Street. Après tout, si l’objectif des différents rounds de QE était de favoriser le crédit, il aurait été absurde de rémunérer les banques pour qu’elles ne le fassent pas. Au lieu de cela, la FED a utilisé l’argent du contribuable pour subsidier les mêmes banques qui venaient d’être sauvées avec les deniers publics. À ce jour, la FED continue de payer les banques pour ne pas prêter.

Même si Bernanke n’a cessé de balayer du revers de la main ce problème des 0,25 % d’intérêts payés sur les réserves excédentaires, la réalité est qu’il s’agissait pour les banques d’un investissement sans risque dans une période de grande volatilité. Vu qu’à l’époque de nombreuses grandes banques avaient des problèmes à passer les stress tests de la FED, il ne faut pas faire un grand effort de logique pour suggérer que la FED a présenté ce programme au grand public de façon erronée, au nom de la stabilisation du système financier. En 2016, le dispositif a généré des paiements de 7 milliards de dollars aux grandes banques, un chiffre qui va probablement augmenter alors que le taux est revu à chaque relèvement du taux directeur (aujourd’hui nous payons 1,25 % d’intérêt sur ces réserves, soit plus que ce que les épargnants reçoivent de leur propre banque).

Si les citoyens et les critiques de la FED de Washington devraient être outrés par cet exemple flagrant de copinage, y mettre un terme n’est pas suffisant. Après tout, le danger du refus de payer une rançon est de voir le preneur d’otages exécuter ses menaces. Si la FED arrêtait de verser ces intérêts et que les banques décidaient de les prêter, cela signifie que 2 trillions seraient injectés sur le marché du crédit. Vu l’effet démultiplicateur du système bancaire à réserves fractionnaires, il est facile de comprendre les risques inflationnistes qu’un tel événement pourrait générer.

Il s’agit donc du véritable problème : comment mettre un terme aux subsides versés à Wall Street tout en évitant d’allumer la bombe inflationniste créée par Bernanke ? L’une des solutions consiste à augmenter les seuils de réserves obligatoires. Non seulement cet argent serait toujours aussi stérile, mais cela contribuerait à la stabilité du secteur bancaire.

Article de Tho Bishop, publié le 2 août 2017 sur Mises.org