Espagne : le système des retraites est déjà en crise, personne n’en parle

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retraités italiens

À de nombreux égards, l’Espagne, avec son climat ensoleillé, est un lieu idéal pour les retraités. L’espérance de vie y est parmi les plus élevées du monde tandis que les retraites sont parmi les plus généreuses : on y touche en Europe le plus gros ratio par rapport au dernier salaire, derrière la Grèce. Mais sur base des tendances actuelles, tout ceci risque bien de changer.

La caisse des retraites espagnole, qui devait servir de bas de laine national afin de garantir le paiement des retraites futures, est en train d’être saignée à blanc par le gouvernement alors que la population vieillit. Cela a commencé en catimini dès 2012, lorsque le gouvernement commença à ponctionner de l’argent. Une partie des sommes prélevées fut utilisée pour colmater le propre déficit budgétaire du gouvernement, tandis que l’autre servit à couvrir une partie des déficits grandissants de la sécurité sociale. Résultat des courses, le trésor de guerre de la caisse des retraites est passé de 66 milliards en 2011 à juste 15 milliards en 2016.

Afin de ne pas vider totalement les caisses cette année, le gouvernement espagnol a prolongé un crédit sans intérêt de 10,1 milliards accordé à la sécurité sociale espagnole, ce qui lui a permis de payer les 2 doubles mois de juin et de décembre. Ce faisant, seulement 7 à 7,5 milliards d’euros seront prélevés dans la caisse. Vider totalement les réserves cette année aurait été inacceptable politiquement parlant, d’après El País. Néanmoins, elles seront vidées l’année prochaine alors que la sécurité sociale doit couvrir un nouveau déficit annuel phénoménal.

L’année dernière, elle a enregistré le plus gros déficit de son histoire (18,1 milliards), qui fut couvert par la caisse des retraites. En 2017, les projections du gouvernement anticipent un déficit de 16,6 milliards. C’est environ 1,5 % du PIB espagnol. L’année prochaine, il faudra couvrir entre 18 et 20 milliards d’euros. On s’attend à des déficits jusqu’en 2020 d’environ 0,5 % du PIB… d’après les projections optimistes du gouvernement !

En l’absence d’injections massives de liquidités par le gouvernement via de la dette fraîchement émise, le système se serait déjà effondré cette année. La solution est néanmoins temporaire, et elle ne fera que créer toute une série de nouveaux soucis pour un pays dont le ratio d’endettement a déjà été multiplié par 3 durant la dernière décennie. Si, comme attendu, les taux obligataires poursuivent leur légère tendance haussière alors que la BCE se retire du marché, la pression pourrait devenir intenable.

Mais comment en est-on arrivé là ?

Deux grands facteurs expliquent le cauchemar des retraites espagnoles : le vieillissement rapide de la population ainsi que la destruction massive des emplois bien ou relativement bien payés suite à la crise financière. Tous les autres pays développés font également face à ces problématiques, mais elles sont particulièrement prononcées en Espagne.

Ces 2 dernières années, l’Espagne a enregistré plus de décès que de naissances. Du jamais vu depuis la guerre civile de la fin des années 30. (…)

De nombreux jeunes travailleurs espagnols sont incapables de joindre les deux bouts, sans parler des millions de retraités qui éprouvent des difficultés financières. Même si le chômage a baissé, de 27 % en 2013 à 16,5 % aujourd’hui, il n’y a aucune chance de voir les chômeurs, les sous-employés et les salariés mal payés entretenir 8,6 millions de retraités qui vivent toujours plus longtemps et qui ont l’habitude de toucher une retraite de 921 € en moyenne. En 2042, il devrait y avoir 15 millions de retraités en Espagne. (…) »

Article de Don Quijones, publié le 18 novembre 2017 sur WolfStreet.com