La demande d’or des banques centrales a bondi de 42 % durant le T1 2018

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or de la Buba

Qui a acheté, qui a vendu et qui n’a pas bronché ? Les statistiques concernant les achats d’or sont assez révélatrices des choses qui se trament dans le monde.

Un thème général domine les événements qui se développent dans le monde depuis quelques années. Il s’agit du basculement de la puissance politique, monétaire et économique des nations de l’Occident vers celles de l’Orient. Cela est notamment visible sur le marché de l’or. En témoignent les évolutions des réserves d’or de la Russie et de la Chine. Sans oublier les différentes opérations de rapatriement des réserves d’or lancées par divers pays des 4 coins du globe.

On pourrait résumer la situation ainsi : tandis que l’Occident continue d’ignorer ou de minimiser le rôle de l’or, l’Orient comprend que d’énormes pressions systémiques vont déboucher sur une redistribution des cartes. C’est pourquoi les émergents accumulent tant d’or.

D’après les statistiques du World Gold Council, la demande d’or des banques centrales durant le T1 2018 a bondi de 42 % par rapport au même trimestre de l’année précédente. Il s’agit de la demande la plus élevée pour les 3 premiers mois de l’année depuis 2014. Les grands enseignements :

  • Les banques centrales ont acheté en net (achats moins ventes) 116,5 tonnes au T1 2018, soit 42 % de plus que l’année précédente ;
  • La Russie, la Turquie et le Kazakhstan ont pesé pour 91 tonnes d’achats au T1 ;
  • Les ventes furent à nouveau négligeables : le Qatar fut le plus gros vendeur, l’émirat a réduit ses réserves de 3,1 tonnes.

Depuis qu’elles sont devenues des acheteuses nettes en 2010, les banques centrales ont acheté en moyenne 114,9 tonnes d’or par trimestre. Les achats nets sont de plus en plus concentrés depuis le pic de 2013 : la Russie, la Turquie et le Kazakhstan ont pesé ensemble pour environ 50 % de la demande des banques centrales durant ces 5 dernières années.

La Russie continue d’être l’acheteur le plus actif du métal jaune. Moscou a ajouté 41,7 tonnes d’or à ses réserves durant le premier trimestre 2018. Elles s’élèvent désormais à 1890,8 tonnes. L’or représente désormais 18 % des réserves du pays. La Banque centrale de Russie achète de l’or depuis 38 mois consécutifs, pour un total de 683,1 tonnes. Cet engagement à augmenter ses réserves d’or, dicté par la volonté des autorités, ne montre aucun signe de fatigue. Ce qui renforce le rôle d’actif stratégique de l’or.

La Turquie fut à nouveau le second plus gros acheteur net. Les réserves d’or d’Ankara, sans prendre en compte le mécanisme d’option de réserve, ont grimpé de 29,8 tonnes durant le premier trimestre pour un total de 231,9 tonnes. Depuis que la Banque centrale turque s’est mise à acheter du métal en mai 2017, ses réserves ont presque doublé. Elles ont augmenté mensuellement d’environ 10,5 tonnes en moyenne.

Depuis le 3e trimestre 2012, le Kazakhstan est un acheteur régulier du métal précieux. Cette série d’achats d’or trimestriels s’est poursuivie durant le T1. Le Kazakhstan a ajouté 9,1 tonnes d’or à ses réserves pour atteindre un total de 310,1 tonnes. Depuis octobre 2012, les réserves d’or du Kazakhstan ont bondi de plus de 200 tonnes (+ 198 %). La Colombie et la République kirghize ont également augmenté leurs réserves durant le premier trimestre, respectivement de 2,5 tonnes et d’une tonne.

Durant les derniers trimestres, certaines banques centrales ont utilisé leurs réserves d’or pour optimiser le rendement de leur portefeuille d’actifs. Certaines banques centrales ont notamment opté pour une stratégie active de trading, comme la Jordanie. D’autres ont opté pour les swaps, comme l’Argentine. Ces exemples montrent que l’or peut endosser bien d’autres rôles que celui de la simple diversification.

Les vendeurs furent à nouveau peu nombreux. L’Allemagne continue de réduire de façon marginale ses stocks d’or. Durant le premier trimestre, 1,4 tonne de métal jaune a quitté ses coffres dans le cadre de son programme de frappe de pièces d’or. Le Qatar et l’Ukraine ont également réduit leurs réserves durant le T1 2018, respectivement de 3,1 et de 1,2 tonne.

Source : World Gold Council