La FED a jeté l’éponge, voici ce qui nous attend (Saxo)

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théorie monétaire moderne

Depuis la dernière réunion du comité de la FED, c’est officiel : elle a jeté l’éponge. Les banques centrales sont désormais prêtes à défier le cycle économique. Quelles sont les conséquences pour 2019, 2020, et au-delà ?

Si vous êtes familiers de mes travaux de ces 20 dernières années, vous savez que je ne suis pas un fan des banques centrales. Il s’agit de bureaucrates glorifiés dotés de ce sens de l’infaillibilité typique des universitaires qui pensent pouvoir faire la pluie et le beau temps économique et sur les marchés. Mais hier fut une journée peu glorieuse pour les banquiers centraux de la planète alors que le comité de la FED jetait complètement l’éponge.

Toute personne qui croit à l’indépendance de toute banque centrale devrait dépenser 20 $ pour acheter le livre de Paul Volcker. Dans celui-ci, il raconte comment Jimmy Carter et Ronald Reagan ont essayé, partiellement avec succès, de le forcer à être accommodant dans les années 80.

Powell se prenait pour un nouveau Volcker, mais il est devenu un Greenspan. Depuis le maestro, les banques centrales sont des machines à créer des bulles. Depuis, la mission de la FED consiste à défier de façon déterminée les cycles économiques, de les remplacer par des cycles du crédit toujours plus importants.

La dernière réunion de la FED vient de lancer la course vers le bas. La BCE est actuellement en tête, mais la FED et la Bank of England résorbent rapidement leur retard.

Les politiques monétaires sont mortes

J’ai toujours pensé que les politiques monétaires étaient inappropriées et non productives. Cependant, la différence est qu’aujourd’hui, nous sommes en train d’atteindre un point d’inflexion majeur depuis la crise financière alors que les solutions des banques centrales perdent rapidement le peu d’effets qu’elles avaient. Simultanément, le tort occasionné au patient n’a fait que s’accumuler : le système économique souffre d’une fatigue causée par les inégalités engendrées par les QE, les investissements malavisés, le manque de productivité, l’argent facile qui n’en finit pas et une absence totale de responsabilité.

Les prochaines décisions monétaires verront les banques centrales devenir de simples auxiliaires des impulsions fiscales des gouvernements. Cette nouvelle politique est présentée sous le nom de théorie monétaire moderne. Elle va se matérialiser rapidement et en force. Peut-être après un été de statu quo ou de détérioration de l’environnement économique actuel. Que cela signifie-t-il ? Pas vraiment d’amélioration des chiffres, une impulsion via le crédit trop faible pour obtenir des résultats tangibles et un agenda géopolitique qui continue de nous éloigner du multilatéralisme dans le but de favoriser des agendas nationalistes incertains.

À propos de la théorie monétaire moderne

En passant, la TMM n’est ni moderne ni une théorie ni monétaire. Il s’agit d’un discours politique que peuvent utiliser à la fois les banquiers centraux et les politiciens. La version orthodoxe de la TMM a pour objectif principal de maintenir le plein-emploi, tandis que la fiscalité est modulée afin de tenir en respect toute menace d’inflation découlant de dépenses qui ne sont pas dictées par les revenus.

Plus important encore, la TMM est la réponse naturelle aux déséquilibres des QE et aux complaintes des populistes. Vu la montée du Trumpisme et du socialisme démocratique aux États-Unis ou encore les révoltes populistes européennes, nous savons que quand les discussions autour du budget démarreront en Europe en mai et en octobre aux États-Unis, les gouvernements font mettre la TMM à l’agenda : investissements dans les infrastructures, réduction des inégalités, réforme de la fiscalité du travail pour favoriser l’emploi du bas de l’échelle. (…)

Les banquiers centraux ainsi que les politiciens espèrent de l’inflation. En 2020, ils vont en avoir, mais malheureusement il ne s’agira pas du type qu’ils attendent. Soit une inflation de base sans réelle croissance et augmentation de la productivité. Peut-être une répétition des années 70.

Préparez-vous à un gouvernement plus lourd et des interventions massives, à de nouveaux niveaux et de nouvelle nature. Elles seront notamment portées par des impulsions fiscales visant à stimuler la demande au lieu de gonfler les prix des actifs. Cela mènera à la stagflation, légère ou corsée, en fonction de jusqu’où ils iront avec la TMM. (…)

Source : article de Steen Jakobsen, publié sur le blog Saxo