Le nouveau plan B de la BCE ? Des Eurobligations synthétiques structurées

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ESB

Nous allons peut-être devoir nous habituer à un nouvel acronyme de banque centrale, l’ESB, soit European Safe Bond (Obligation Européenne Sûre), ce qui dans le contexte européen actuel résonne un peu comme un oxymore.

C’est pourtant une idée qui prend la poussière depuis 7 ans dans les bureaux de la BCE. Elle pourrait cependant naître sous la forme d’un nouvel instrument financier. Le projet est porté par un groupe de travail indépendant placé sous la conduite du gouverneur de la Banque centrale d’Irlande, Philip Lane.

Les ESB : mode de fonctionnement

Voici comment le système fonctionnerait. Des institutions publiques ou privées, comme de grosses banques ou le Mécanisme européen de stabilité (le fonds de sauvetage européen), consolideraient la dette souveraine des 19 nations de la zone euro en 3 tranches :

  1. Une tranche senior, avec des obligations AAA ou juste en dessous ;
  2. Une tranche junior, composée d’obligations moins bien notées, mais toujours de qualité ;
  3. Une tranche inférieure, qui rassemblerait les obligations les plus risquées (potentiellement pourries, « junk ») et qui offrirait un rendement de 5 à 6 %.

En bref, ces titres seraient des produits dérivés des obligations souveraines européennes.

L’idée de base derrière ce plan est de disséminer le risque obligataire de la zone euro. Cette configuration permettrait d’encaisser le défaut d’un pays, ou de plusieurs nations, sans déclencher un effet domino sur tout le système. C’est ce qu’a déclaré un membre du groupe de travail à Bloomberg. Les instigateurs du projet espèrent également que les ESB endosseront partiellement le rôle prêté aux eurobligations. Tout cela sans devoir modifier les traités et contraindre les pays à accepter un risque mutualisé. (…)

Bien entendu, le danger de vouloir régler les problèmes structurels chroniques de la zone euro avec des formes toujours plus extrêmes d’ingénierie financière est réel. N’oublions pas que c’est la titrisation en masse des crédits hypothécaires de type subprime qui a accéléré la crise en 2008. Comme des économistes français et allemands de renom l’ont mis en exergue (source http://cepr.org.ridder.co/DneJx7), l’introduction des ESB pourrait déboucher sur des conséquences fâcheuses, comme la vente en masse des obligations les moins bien cotées de chaque tranche en cas de crise.

Le risque de voir cette solution imposer dans les faits une mutualisation du risque, mais de façon détournée, est également soulevé. (…)

Les banques sont déjà séduites

C’est sans surprise que les banques européennes ont déjà exprimé leur vif intérêt pour les ESB. Encore de Bloomberg :

« Ces titres liquides pourraient représenter un ‘nouvel actif quasi sans risque’ qui deviendrait une alternative aux obligations d’État, a déclaré le patron de l’organisation des banques européennes. » (…)

Source : article de Don Quijones, publié le 25 janvier 2018 sur WolfStreet.com