Les 3 stades de la théorie monétaire moderne

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Certaines idées sont tellement mauvaises qu’il vaut mieux les ignorer. Tout comme la rancœur ou les chats errants, si on ne les alimente pas, ils finissent par disparaître d’eux-mêmes pour être rapidement oubliés.

C’est ce que nous pensons de la théorie monétaire moderne (TMM). Cette idée est tellement folle, irresponsable et suicidaire… Pourquoi alimenter cette folie de la pensée économique ?

Malheureusement, lorsque les promesses d’une utopie sociale sont si dangereuses, on ne peut pas se taire. Lorsqu’il n’y a plus d’espoir, même des gens intelligents sont prêts à tomber pour des idées qui sont de la pure folie.

Premier stade : séduction des doux rêveurs

Après une décennie de creusement des inégalités, la population se retrouve désenchantée. La crise des crédits étudiants, qui s’élève désormais à 1,6 trillion de dollars, est peut-être liée à ce désespoir. Peut-être que les 102 millions d’Américains sans emploi alimentent cette angoisse.

Aujourd’hui, les gens se raccrochent à ce qu’ils peuvent. Les promesses d’opulence résonnent auprès des rêveurs, des filous, des théoriciens, des réformateurs et des vauriens de tous bords. Après tout, qui n’aime pas la facilité ?

C’est pourquoi on nous prépare de nouveaux breuvages qui seront servis à l’open-bar, comme la théorie monétaire moderne, afin d’étancher cette soif insatiable. Les personnages de ce casting sont les mêmes que d’habitude, des gens comme Alexandria Ocasio-Cortez et Bernie Sanders. Ils chantent les louanges de la théorie monétaire moderne en tant que solution à tous les problèmes des opprimés. Ray Dalio, le célèbre gestionnaire de hedge fund, a récemment déclaré que la TMM était « inévitable ».

Aujourd’hui, nous voulons vous prévenir : passez votre tour si on vous en propose un verre.

Second stade : les remords de l’acheteur

Comme vous le savez peut-être déjà, la TMM promet la croissance sans la récession qui suit, de l’argent disponible en quantité illimitée, un aller simple pour le paradis. La base de cette théorie est qu’un pays qui émet sa propre monnaie, comme les États-Unis, ne peut pas faire défaut sur la dette libellée en sa devise. Les États-Unis peuvent en créer autant que nécessaire pour générer de la croissance, au diable la dette et les déficits.

Si une telle baisse de la valeur du dollar devait d’aventure créer de l’inflation, la TMM a la solution. Il suffit d’augmenter les impôts et d’émettre de nouvelles obligations afin de retirer la monnaie excédentaire du circuit économique. Vous voyez, les impôts ne sont plus un véhicule de financement de l’État. Ils servent à gérer la masse monétaire afin d’obtenir la croissance et l’inflation voulue.

Il va de soi que la TMM séduit les partisans de l’État fort. On commence par ouvrir les vannes, la hausse de la fiscalité ce sera pour plus tard. Toute cette théorie qui en est dénuée est absurde. Pourtant, elle a de plus en plus de partisans.

De plus, cette théorie n’a rien de moderne. Elle a été tentée à maintes reprises, pour un taux d’échec de 100 %.

La république de Weimar est l’un des exemples les plus frappants d’hyperinflation ayant découlé de la volonté de créer de l’argent à partir de rien. Mais un autre exemple instructif a eu lieu durant la Révolution française et la décennie qui a suivi.

Mirabeau, armé des meilleures intentions, a succombé à la tentation de la planche à billets. Lorsque la politique financière et économique de la France fut engagée sur la voie de la TMM, elle ne pouvait plus faire marche arrière.

Andrew Dickon White, cofondateur de la Cornell University, a documenté cet épisode dans « Fiat Money Inflation in France ». Voici un extrait bref qui décrit bien le stade des remords de l’acheteur :

« Si la quantité d’argent papier a beaucoup augmenté, la prospérité n’a cessé de baisser. Malgré l’augmentation de la masse monétaire, la croissance de l’activité commerciale est de plus en plus irrégulière. L’entrepreneuriat est refroidi, les affaires sont devenues de plus en plus stagnantes.

Mirabeau, dans son discours qui annonça la seconde vague importante d’émission de monnaie, insista sur le fait que cet argent profiterait beaucoup à l’industrie ainsi qu’à ses ouvriers, même si cela pourrait se faire aux dépens des banquiers. Ils y ont cru un moment, pour ensuite être confrontés à un réveil brutal.

L’abondance de la monnaie avait, dans un premier temps, stimulé la production pour engendrer une grande activité dans l’industrie, mais rapidement les marchés devinrent saturés et la demande baissa. »

3e stade : pillage, corruption et effondrement

Alors que l’on se rapprochait des années 1800, chaque ralentissement économique français était contré avec une création monétaire toujours plus massive. D’après les principes bancals de la TMM, le gouvernement français aurait dû augmenter les impôts afin de protéger sa monnaie. C’est ici que le monde indulgent de la théorie se télescope avec le monde impitoyable de la réalité.

L’économie étant inondée de monnaie de singe, il était politiquement impossible d’augmenter la fiscalité. Les émissions monétaires généraient un pic passager de croissance qui était ensuite suivi de douloureuses récessions. Au lieu de niveler la richesse, cette politique creusait les écarts.

Entre 1790 et 1795, le prix de la farine a augmenté de 11 250 %. Tous les prix ont augmenté de façon comparable. En 1797, la devise française était devenue sans valeur, son économie était dévastée. M. White a décrit cet horrible tableau afin que nous ne commettions pas la même erreur.

« Nous avons ensuite pu voir comment, et de nombreuses façons, une politique inflationniste spolie les travailleurs. Alors que les habitants des villes accumulaient des biens, les classes productrices du pays accumulaient de la monnaie dont la valeur se réduisait comme peau de chagrin. (…)

Cet esprit corrompu ne régnait pas que chez les hommes d’affaires, il a commencé à se manifester dans les cercles officiels. Des gens à la moralité irréprochable sont devenus des parvenus corrompus.

Cet épisode s’est terminé par l’effondrement financier, moral et politique de la France. Il fallut attendre Napoléon pour l’en sortir. »

Voici comment fonctionne dans les faits la théorie monétaire moderne. Ceux qui la promeuvent n’ont aucune idée du genre de feu avec lequel ils jouent. Ne tombez pas pour leurs mensonges.

Article de MN Gordon publié sur EconomicPrism.com