AccueilA la UneCeux qui impriment la monnaie achètent de l'or

Ceux qui impriment la monnaie achètent de l’or

Après une ascension qui l’a porté à des sommets historiques, le cours de l’or a marqué le pas ces derniers mois, et la presse financière s’est aussitôt demandé, comme elle le fait à chaque respiration du marché, si la fête n’était pas en train de se terminer.

Pendant que les commentateurs s’interrogeaient sur la direction du prix, un acheteur n’a pourtant pas cessé d’accumuler, et il ne s’agit ni d’un fonds spéculatif ni d’un épargnant inquiet : ce sont les banques centrales elles-mêmes, c’est-à-dire les institutions chargées d’émettre la monnaie que vous détenez. Comprendre pourquoi les banques centrales achètent de l’or, et pourquoi elles le font précisément au moment où le prix recule, en dit bien plus long sur l’état réel du système que n’importe quelle prévision de cours.

Un basculement, pas une mode

On pourrait n’y voir qu’un mouvement opportuniste, un de plus, mais ce serait passer à côté de l’essentiel : ce qui se joue depuis 2022 n’est pas une simple vague d’achats, c’est un changement de régime.

Les chiffres, d’abord, ont littéralement changé d’ordre de grandeur. Selon le World Gold Council, les banques centrales ont ajouté plus de 1 000 tonnes d’or à leurs réserves trois années de suite : 1 082 tonnes en 2022, 1 037 tonnes en 2023, puis environ 1 045 tonnes en 2024, le pic de 2022 marquant au passage le plus haut niveau d’achats nets enregistré depuis 1950. Pour mesurer l’ampleur de la rupture, il suffit de se rappeler que sur toute la décennie 2010-2021, la moyenne tournait autour de 473 tonnes par an. Le rythme a donc plus que doublé, et il s’est installé dans la durée.

Plus parlant encore que les volumes, la liste des acheteurs s’allonge d’année en année : aux habitués s’ajoutent désormais des pays qui n’avaient plus touché à l’or depuis des décennies, parfois même jamais auparavant. Dans sa dernière enquête annuelle, le World Gold Council relevait d’ailleurs que 95 % des banques centrales interrogées s’attendaient à voir les réserves officielles d’or progresser au cours des douze mois suivants. Quand la quasi-totalité d’un club aussi prudent et aussi discret anticipe la même chose, on a quitté le terrain de l’opinion. C’est une orientation.

Pourquoi les banques centrales achètent de l’or quand son prix baisse

C’est ici que leur comportement devient véritablement instructif. Là où le particulier achète souvent l’or au plus haut, emporté par la peur de manquer la hausse, avant de le revendre au plus bas dès que le doute s’installe, les grandes banques centrales accumulatrices ont plutôt tendance à faire l’inverse. Elles profitent des reculs.

Toutes ne suivent pas le même calendrier, et certaines allègent ponctuellement leurs réserves pour des raisons de gestion ou de liquidité : la Russie, par exemple, a vendu en avril 2026. Mais la tendance d’ensemble est nette. Ce mois-là, les banques centrales sont globalement redevenues acheteuses nettes, à hauteur de 17 tonnes : la Pologne en a ajouté 14 et la Chine 8, soit pour cette dernière son plus gros mois depuis décembre 2024 et son dix-huitième mois d’achats consécutifs. Le repli des prix ne les a pas découragées le moins du monde ; il leur a surtout offert une fenêtre.

La raison de cette constance est simple, et elle n’a presque rien à voir avec la spéculation. Une banque centrale n’achète pas de l’or dans l’espoir de réaliser une plus-value au trimestre suivant ; elle reconstitue ses réserves sur un horizon qui se compte en décennies. Son objectif n’est pas le rendement mais la diversification, c’est-à-dire le fait de sortir une part de son épargne du dollar, des dettes souveraines et des engagements émis par d’autres États. À cette échelle de temps, la trajectoire du cours de l’or à court terme lui est presque indifférente.

Ce que cet or a, que la monnaie n’a pas

Reste une question, et c’est la plus gênante. Pourquoi des institutions dont le métier consiste précisément à produire et à garantir la monnaie choisissent-elles d’en convertir une partie en métal jaune ?

Parce qu’elles connaissent le système de l’intérieur, et qu’elles savent une chose que l’argumentaire commercial préfère généralement passer sous silence : une devise, une obligation d’État ou un simple dépôt bancaire reposent tous, sans exception, sur la promesse de quelqu’un. L’or, non. Sa valeur ne dépend de la solvabilité d’aucun émetteur ; elle tient à sa rareté, à sa liquidité à l’échelle mondiale et à son statut, vieux de plusieurs millénaires, d’actif de réserve accepté partout.

Lorsque les acteurs mêmes qui émettent le papier se mettent à accumuler discrètement le seul actif qui ne soit la dette de personne, le signal mérite d’être lu pour ce qu’il est. Il ne s’agit pas d’une prophétie sur le prix, car personne ici ne prétendra savoir où ira le cours, mais d’une indication sur ce en quoi ces institutions placent leur confiance lorsqu’il est question de leurs propres réserves.

Et votre épargne, sur quoi repose-t-elle ?

C’est là que cette histoire cesse d’être abstraite. Les liquidités, les fonds en euros et les obligations qui composent l’essentiel de l’épargne de la plupart des ménages constituent exactement le type d’actif dont les banques centrales cherchent aujourd’hui à diversifier une partie. Vous détenez donc, en somme, ce dont elles s’efforcent précisément de dépendre un peu moins.

Cela n’appelle évidemment ni panique ni conversion intégrale, mais une question, posée sans détour : que vaut une épargne entièrement adossée à la promesse d’un tiers, le jour où cette promesse est mise à l’épreuve ? C’est cette logique qui nourrit l’intérêt durable des particuliers pour l’or physique sous ses formes les plus reconnues, les pièces d’investissement comme le louis d’or de 20 francs, les lingots, tout ce qui s’achète à son nom et se possède réellement, à l’image de ce que les banques centrales rangent dans leurs coffres. Pour qui souhaite investir en or sous cette forme, l’achat d’or physique se fait auprès d’acteurs spécialisés tels que Pièces Or.

Les banques centrales, elles, ont déjà répondu à la question pour leur propre compte. Il vous reste à décider de ce sur quoi vous voulez, vous, faire reposer la vôtre. Personne ne le fera à votre place.

Les chiffres relatifs aux achats des banques centrales proviennent du World Gold Council.
Les propos et opinions exprimés dans cet article n’engagent que l’auteur de Or Argent et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d’investissement.

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