Pourquoi la demande d’or des banques centrales atteint des records

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réserves d'or russes

Au début des années 90, les accros de vin londoniens des classes supérieures se vantaient de faire partie du club ABC, acronyme de « anything but Chardonnay » (« tout sauf du Chardonnay »). Aujourd’hui, les banques centrales semblent avoir créé leur propre fraternité, baptisée quant à elle ABD, pour « anything but dollar » (« tout sauf du dollar »).

Cette répulsion snobinarde pour le cépage qui produit les meilleurs bourgognes blancs était essentiellement prétentieuse. En revanche, la réticence des banques centrales à augmenter leur exposition au dollar est plus rationnelle économiquement parlant. L’un des grands bénéficiaires de cette politique est l’or.

Ci-dessous, nous pouvons voir que la demande d’or des banques centrales en 2018, qui s’est élevée il y a 651,5 tonnes, fut la plus importante depuis la fin de Bretton Woods et de la convertibilité du dollar en or en 1971.

demande d'or des banques centralesRéserve de valeur

Après Bretton Woods et en l’absence de retour du standard or, il était difficile de présenter des arguments en faveur du métal jaune en tant que classe d’actif. Il n’offre pas de rendement et son prix dépend uniquement du sentiment. En théorie tout l’or produit dans l’histoire de l’humanité est toujours en circulation, mais ce n’est pas le cas. Dans les faits, il est conservé à l’abri en tant que réserve de valeur économiquement inerte.

Chaque année, environ 3500 tonnes d’or sont extraites des mines. Ce métal est transformé en babioles et bijoux dont le plus gros de la demande provient de Chine et d’Inde, d’après le World Gold Council. Pourquoi les gestionnaires des banques centrales, qui sont parmi les investisseurs les plus sophistiqués du monde, achètent quelque chose qui a été qualifié par Keynes de relique barbare ?

Tout sauf des dollars

L’ABDite y est pour beaucoup. Depuis l’introduction de l’euro, le dollar a conservé sa position de monnaie de réserve numéro 1. Il représente un peu plus de 60 % des actifs suivis par le FMI.

Cela signifie que les États-Unis ont continué de profiter du « privilège exorbitant » de la demande de dollars qui lui permet de se financer à bon marché sur les marchés. Mais l’utilisation du dollar dans le commerce mondial ne cesse de baisser, il est passé juste en dessous de 40 % en 2018, d’après SWIFT.

Le dollar en tant qu’outil de politique extérieure

Les décisions des administrations américaines qui se sont succédé ont sans conteste positionné le dollar en tant qu’outil politique. Cela n’a pas contribué à l’amour du billet vert. Par exemple, il a été ordonné à Volkswagen de se retirer d’Iran si la marque allemande souhaitait continuer de vendre ses véhicules aux États-Unis, ou même accéder aux marchés financiers américains. VW s’est vue contrainte d’obtempérer, même si sa décision allait à l’encontre de l’opinion du gouvernement allemand et de l’Union européenne.

Les amendes extra juridictionnelles infligées à des banques telles que BNP Paribas pour des pratiques légales dans leur pays d’origine sont un autre exemple de la façon dont le dollar joue un rôle dans la politique extérieure américaine. Même la vaillante Bank of England a fini par ne pas restituer au Venezuela l’or qu’elle stocke en son nom, quelque chose qu’elle était pourtant obligée de faire contractuellement selon le droit international. Tout cela par peur de sanctions américaines à l’encontre de l’ensemble du système financier britannique.

L’or, un actif familier

Il n’est probablement pas étonnant que les banques centrales dont les pays sont en conflit avec les États-Unis ont choisi de dédollariser agressivement. Depuis 2009, la Banque centrale de Russie est la plus grosse acheteuse d’or. De 46 % de ses réserves en 2017, le dollar ne représentent aujourd’hui plus que 22 %. Le yuan a également pris une place beaucoup plus importante dans ses réserves.

À terme, les réserves en dollars devraient être représentatives de son utilisation dans les échanges. Il s’agit d’un ajustement significatif, mais aussi négatif. Le yuan, le cuivre ou d’autres matières premières pourraient être, pour certains investisseurs, une alternative au dollar. Mais les gestionnaires conservateurs se tournent à nouveau vers un actif qu’ils connaissent bien. Depuis que les banques centrales sont devenues acheteuses nettes en 2009/2010, le prix de l’or a toujours été au-dessus des 1000 $ l’once. Ces achats ainsi que la dédollarisation devraient continuer de soutenir les cours.

Source : article d’Andrew Capon, publié le 27 mars 2019 sur TheStreet.com