Bitcoin connaît une hausse brillante, mais ce n’est pas le nouvel or

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lingots d'or pur

De nombreuses personnes, à tort ou à raison, ne font pas confiance aux banques centrales. Elles estiment que ces institutions dévaluent leur patrimoine en manipulant la valeur de l’argent au nom de la raison d’État. Pire encore, le dispositif de l’argent papier dépend de la confiance – certains diront aveugle – que les gens ont dans le système dans son ensemble. Car la valeur de l’argent papier n’est adossée à rien de tangible.

Auparavant, on collait aux gens faisant ce type de raisonnement l’étiquette de « gold bug ». Ces personnes voient l’or comme une réserve de valeur, comme c’était le cas durant les jours du standard or. Le mystérieux fondateur (ou les mystérieux fondateurs) de Bitcoin avait probablement un état d’esprit similaire. Il a créé une « devise » qui échappe aux interférences des banquiers centraux et d’autres acteurs, auxquels il ne fait pas confiance. Bitcoin et ses émules seraient-ils dans ce cas le nouvel or ?

Un examen rapide suggère que non. Le prix de Bitcoin a augmenté de façon stratosphérique cette année, pour probablement former une bulle. Cela indique qu’il s’agit d’un actif spéculatif et non d’une réserve de valeur pour traverser des turbulences.

La quantité d’or disponible est également limitée. On dit souvent que si tout l’or du monde était rassemblé dans un gros cube, son côté ne serait que de 20 m. Bien sûr il y a des mines de par le monde qui extraient le métal chaque jour, mais l’offre reste relativement limitée.

Il y a également un processus de « minage » dans les cryptodevises, mais il est informatique. Avec les connaissances adéquates, une connexion Internet et le matériel requis, vous pouvez « miner » du Bitcoin. Le processus consiste à résoudre un problème électronique dont la difficulté est ajustée afin de rendre constante la production de nouvelles unités. Si le nombre de mineurs augmente, la difficulté augmente.

Cela signifie que, comme pour l’or, l’offre en Bitcoins est limitée. Tout comme dans l’industrie minière, la capacité de créer des unités est fortement concentrée parmi quelques acteurs. De ce point de vue, les 2 sont comparables. Cependant, il y a énormément de cryptodevises en concurrence, Bitcoin n’est pas seul sur son île. Il y a actuellement 1343 cryptodevises disponibles, d’après CoinMarketCap, qui suit ce secteur. Des rivaux potentiels apparaissent régulièrement, tandis que l’or n’a pas de concurrence.

Ce qui mène à un autre problème, peut-être le plus important qui devra être réglé (note : une solution existe déjà, IOTA, nous vous en avons déjà parlé). La puissance de calcul nécessaire pour résoudre des problèmes toujours plus complexes est inouïe, ce qui signifie que beaucoup d’électricité est nécessaire, souvent générée par des centrales à énergies fossiles polluantes. En raison de la complexité grandissante, on estime que le réseau Bitcoin consomme à lui seul plus d’électricité que toute la Serbie. Le processus actuel de mining n’est donc pas très efficient.

Mais le plus gros problème de Bitcoin est probablement qu’il n’a pas de valeur intrinsèque. L’or a des utilisations alternatives, notamment dans la bijouterie et la décoration, ou encore pour la création de pièces d’or.

Bitcoin est également électronique, et donc par définition soumis aux risques du piratage. Début décembre, près de 64 millions de dollars de Bitcoins ont été volés par des hackers qui ont piraté un site de mining, NiceHash. Les cryptodevises peuvent également être détruites alors que l’or est considéré comme indestructible.

La conclusion est qu’actuellement, Bitcoin ne ressemble pas du tout à l’or. Son prix est incroyablement volatile, il y a des alternatives qui lui font concurrence, ce qui signifie que l’offre en cryptodevises n’est pas totalement limitée, tandis que le processus du mining est coûteux et néfaste pour l’environnement. Aucun gestionnaire prudent n’inclurait Bitcoin dans un portefeuille varié.

Les régulateurs ainsi que de nombreux investisseurs professionnels sont donc prudents. Toute personne qui met de l’argent dans Bitcoin dépend de la chaîne de blocs et de la bonne gestion de ses clés pour y accéder. Il n’y a pas de garantie des dépôts, pas de protections légales en cas de souci. Personne ne volera à votre secours. Mais les régulations vont venir, alors que les gouvernements se font des soucis fiscaux vu que les cryptodevises sont difficiles à tracer. (…)

Les prix se sont redressés après des chutes vertigineuses en raison de la fièvre spéculative. Les adoptants des premiers jours ont engrangé des profits mirifiques, ce qui attire de nouveaux acheteurs désireux de faire fortune rapidement. Ça a le goût et l’odeur d’une bulle, les acheteurs récents risquent d’encaisser de lourdes pertes lorsque la bulle explosera. Lorsque la fièvre d’achat se muera en fièvre de vente, ce qui arrivera tôt ou tard, les détenteurs de Bitcoin devront espérer qu’il y aura quelqu’un désireux d’acheter. Définir un ordre stop ne signifie pas qu’il sera honoré s’il n’y a personne à l’achat.

Ce n’est pas une coïncidence si la communauté des cryptodevises utilise le verbe « miner » pour définir le processus de création des « pièces ». Ils veulent que les acheteurs pensent qu’ils achètent quelque chose de similaire aux métaux précieux, vu que ces 2 actifs échappent au contrôle du système et qu’ils peuvent donc être une protection contre les actions des politiciens, des banquiers centraux et des autorités. Cependant, quel que soit le futur à long terme de ces devises électroniques immatures, il ne s’agit pas du nouvel or. C’est un pari spéculatif.

Article de Gary White (CIC de Charles Stanley), publié le 14 décembre 2017 sur le site du Telegraph