Argent facile = surcapacité = guerres commerciales = déflation

Argent facile = surcapacité = guerres commerciales = déflation

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acier

Pourquoi, malgré les politiques monétaires accommodantes des grandes banques centrales mondiales, les prix des matières premières et des produits de base baissent ? L’explication peut être résumée en 6 mots : argent facile = surcapacité = guerre commerciale = déflation. Article de John Rubino, publié le 27 mai 2016 sur SafeHaven.com :

« On ne sait pas trop ce qui est passé par la tête de la Chine lorsqu’elle a emprunté ces trillions afin de quadrupler sa capacité de production d’acier, de ciment et d’autres matières industrielles de base. Elle n’a apparemment pas demandé l’avis des autres pays qui possèdent de telles industries, n’a pas cherché à savoir si une soudaine augmentation des importations bon marché leur conviendrait.

Apparemment, ces pays ne sont pas vraiment satisfaits de la situation. C’est notamment le cas aux États-Unis, où le secteur de l’acier pourrait ne pas y survivre. De CNBC :

« L’US Department of Commerce vient d’augmenter les droits de douane sur les importations d’acier inoxydable en provenance de Chine afin de protéger son industrie locale alors que ce secteur à travers le monde est saturé. (…)

Désormais, l’acier inoxydable chinois sera sujet à des droits de douane anti-dumping de 210 % et des droits de douane anti-subsides s’élevant de 39 à 241 %. Les producteurs chinois de métal à bas coûts ont été largement cités en tant que principaux responsables de la saturation du marché mondial de l’acier, qui a fait chuter les prix. La semaine dernière, les États-Unis ont augmenté de 500 % les droits de douane sur l’acier laminé à froid chinois, principalement utilisé dans la fabrication de voitures et d’appareils.

La Chine a été accusée par les États-Unis, ainsi que par des figures proéminentes du secteur de l’acier, d’inonder le marché avec de l’acier bon marché pour contrecarrer les conséquences du ralentissement de la demande locale et de gagner des parts de marché mondial à tout prix. Les experts affirment qu’il ne s’agit plus de commerce, mais de guerre. (…)

« La Chine va prendre toutes les mesures nécessaires afin d’obtenir un traitement juste et protéger les droits de ces sociétés, » a déclaré le ministre du Commerce chinois, très mécontent par une décision qu’il qualifie d’« irrationnelle ».

Même son de cloche du côté de l’Europe :

« L’UE a averti la Chine qu’elle pourrait faire l’objet de mesures anti-dumping sur l’acier. »

Guerres commerciales = déflation bien sûr

Que va-t-il se passer avec tout cet acier chinois qui était en route pour les États-Unis et l’Europe avant d’être l’objet de ces droits de douane prohibitifs ? Soit il sera vendu ailleurs, à des prix encore inférieurs, ce qui signifie que l’acier américain ou européen ne sera pas compétitif sur ces marchés. Soit il sera stocké en Chine pour utilisation ultérieure, donc réduira la demande future d’acier en garantissant des prix bas à l’avenir. Soit de nombreuses usines d’acier chinoises récemment construites fermeront, et la Chine devra supporter les conséquences financières de ces mauvais investissements.

Quel que soit le scénario, des pertes financières et des prix inférieurs s’annoncent. Autrement dit, en ce qui concerne l’acier la valeur des monnaies fiduciaires augmente, ce qui est la définition usuelle de la déflation. Et vu que l’acier n’est que l’un des nombreux produits industriels de base sujet à une énorme surcapacité, on peut dire sans trop s’avancer que le processus qui a démarré avec le pétrole et qui s’est ensuite propagé à l’acier va continuer de métastaser à travers le monde développé et en voie de développement. Quel est le prochain sur la liste ? L’immobilier. Voir la situation à Miami, où la frénésie des condos s’arrête avec de gros stocks d’appartements vides dans de nouvelles tours.

Les politiques monétaires « modernes », qui avaient pour objectif l’inverse des effets que nous connaissons, à savoir l’augmentation des prix, seront en réponse poussée à des niveaux encore plus extrêmes. Ce qui équivaut à vouloir éteindre un incendie en l’aspergeant d’essence. Dans un monde où les surinvestissements du passé engendrent une faible croissance et des prix en baisse tandis que des politiques monétaires toujours plus agressives faussent les marchés comme jamais et encouragent la poursuite de cette politique du surinvestissement, les autres secteurs ne peuvent que suivre la trajectoire du pétrole et de l’acier vers un abysse déflationniste. Le système s’effondrera sous le poids de sa propre absurdité.

PS : l’or et l’argent ne peuvent subir le sort de l’acier et du pétrole parce que les êtres humains ont toujours cherché ces métaux depuis l’aube de l’humanité et qu’ils n’ont jamais été en mesure d’extraire plus que quelques pourcents de métal additionnel chaque année. En fait, il est toujours plus difficile de trouver des filons, donc aucune création monétaire ne sera en mesure d’engendrer une suroffre. Ce déséquilibre entre le rythme de la création monétaire et la découverte des métaux précieux explique pourquoi ceux-ci augmenteront tant que ces politiques monétaires seront en place. »