2018 devrait être l’année du retour de la volatilité, selon BlackRock

0
1062
bourse

Sir John Templeton est célèbre pour avoir dit « les marchés haussiers naissent sur fond de pessimisme, se développent sur fond de scepticisme, arrivent à maturation dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie ».

Si cette citation est souvent brandie par les investisseurs professionnels, elle est néanmoins fréquemment utilisée à mauvais escient pour poser un diagnostic du paysage financier contemporain. Par compte, nous appliquons cette thèse aux marchés haussiers séculaires, des phénomènes qui s’étalent sur plusieurs décennies et qui démarrent dans l’apathie générale tout en offrant une valeur intrinsèque importante. Ils arrivent à leur pic sur fond d’obsession sociétale significative et de surévaluation. Selon nous, il est très important d’analyser tout paysage d’investissement cyclique à travers cette loupe séculaire. Les tendances d’investissement séculaires sont durables, elles poussent les marchés financiers qui ont néanmoins des hauts et des bas au fil de minis cycles qui composent cette tendance globale.

Alors que nous venons de démarrer l’année 2018, nous sommes fermement ancrés dans un marché haussier séculaire vertueux et créateur de richesse qui a commencé à la fin de l’année 2012. Il est né sur fond d’un pessimisme sévère généré par la crise existentielle de la dette européenne, le fardeau des régulations aux États-Unis ainsi que les répliques sismiques de la crise de 2008. Mais la combinaison de valorisations historiquement basses, de politiques monétaires mondiales accommodantes et asymétriques ainsi que de l’innovation perturbatrice ont jeté les bases de ce marché haussier. Chacun a son idée quant au moment où il atteindra son pic, mais selon nous le sommet n’est pas près d’être atteint.

Un environnement plus difficile en 2018

Cependant, des changements cycliques peuvent entre-temps faire passer le sentiment de l’optimisme au pessimisme extrême. En 2015 nous sommes entrés dans une phase cyclique baissière qui a ensuite évolué séquentiellement vers le nouveau cycle que nous connaissons, qui favorise la prise de risque. Depuis, l’accélération de la croissance des bénéfices des entreprises sur fond d’inflation en hibernation a obligé les valorisations à favoriser les réalités fondamentales solides.

Cependant, nous pensons que 2018 sera un environnement plus difficile. Les actifs risqués sont plus proches de leur valeur maximale, l’optimisme qui règne sur les marchés est plus généralisé. Il y a également des preuves convaincantes que l’augmentation des salaires s’accélère alors que l’économie est proche du plein-emploi.

Nous anticipons une croissance respectable pour cette année

Ce contexte semble parfait pour un retour trop marqué de l’inflation, mais quelques contrepoids puissants pourraient contrecarrer les éléments historiques qui poussent la hausse des prix. Tout d’abord, pour plus de la moitié de la planète qui a accès Internet une information parfaite concernant la valeur économique de presque tout bien ou service est disponible. Cette incapacité à augmenter les prix alors que les salaires commencent seulement à bouger aura un impact sur les profits.(…)

En guise de récapitulatif, nous anticipons une croissance américaine respectable de 4,5 à 5 % en 2018, tandis que le reste de la planète embrayera sur ce taux de croissance positif. D’un autre côté, la visibilité n’est pas très bonne en raison de nombreuses transitions fondamentales qui pourraient avoir lieu. Est-ce que la croissance du secteur privé, notamment encouragée par la réforme fiscale, pourra reprendre le témoin des politiques accommodantes des banques centrales ? Est-ce que la Chine va passer d’un taux de croissance très élevé mais volatile à un rythme moins soutenu mais plus stable ? Selon nous, partir du principe que les thèmes de 2017 vont tout simplement continuer à se développer dans un contexte de croissance décent est risqué. Avec l’avantage du recul, l’histoire jugera le millésime 2018 des opportunités d’investissement en fonction du démarrage ou de l’absence d’un nouveau cycle d’optimisme. La combinaison de points d’entrée moins attractifs sur un marché plus volatil pourrait mettre les marchés à l’arrêt.

Le besoin d’adopter une posture plus prudente

Nous nous sommes repositionnés de façon opportuniste alors que 2017 tirait à son terme. Pour les marchés du crédit les taux de défaut sont bas, mais les écarts extraordinairement réduits reflètent déjà cet état de fait. Les marchés du crédit en Europe offrent un profil risque/bénéfice particulièrement peu attractif en raison de l’omnipotence de l’assouplissement quantitatif de la BCE. (…)

Simultanément, l’inflation devrait s’accélérer modestement durant le premier trimestre 2018. (…) Alors que 2017 a pris fin un cycle haussier séculaire favorisant le risque est fermement en cours, mais il pourrait être interrompu en 2018 par une correction cyclique saine. La combinaison de valorisations arrivées à leur plafond, de l’augmentation des incertitudes concernant les fondamentaux et des banques centrales qui démantèlent leurs politiques accommodantes impose une posture plus prudente pour 2018.

Source : blog de BlackRock