Conflit commercial Chine/USA : Pékin dispose d’une marge de manœuvre très limitée, selon GaveKal

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Chine

Alors que les tensions augmentent à nouveau sur le front du commerce international, d’après GaveKal, les États-Unis disposent d’une option nucléaire dans l’éventualité peu probable que la Chine se mette à vendre en masse ses Treasuries (source) :

« «À l’avenir, je pense que nous allons voir les grandes nations se recroqueviller sur la région dans laquelle elles se trouvent. Je ne dis pas qu’il n’y aura plus de commerce international, mais ce ne sera plus le convoyeur qui achemine les biens de la Chine directement vers Walmart tel qu’on l’a connu durant ces dernières décennies. Les perspectives de conflit sont donc très, très élevées.» James Howard Kunstler

C’est en novembre 2010 que James Howard Kunstler a écrit la phrase ci-dessus. Elle nous est revenue à l’esprit alors que nous étions la semaine dernière à Nashville afin de rencontrer des investisseurs institutionnels, ainsi que pour donner une présentation pour nos conseillers financiers et leurs clients. La question du jour était : à quoi doit-on s’attendre au niveau des risques de guerre commerciale ? En fait, un client particulièrement intelligent a dit «mais qui se soucie du prix du thé en Chine ?» Eh bien, avec ce qui est en train de se passer, tout le monde devrait se soucier de ce qui se passe en Chine, ainsi que du ton qui monte entre Washington et Pékin.

En parlant de ce sujet, nos amis de GaveKal ont signé un papier de très grande qualité la semaine dernière. Intitulé «Les soucis engendrés par les représailles commerciales», cette analyse de Tom Holland explique très bien la situation.

«Si la Chine n’est pas en mesure d’infliger des droits de douane en retour, de dévaluer sa monnaie ou de se débarrasser de ses obligations américaines, elle devra trouver une autre méthode pour infliger des représailles aux États-Unis. La plus évidente serait de s’attaquer aux affaires des grandes entreprises américaines actives en Chine.»

Pourquoi la Chine ne pourrait-elle pas lever des droits de douane elle aussi ? La réponse est assez simple : les États-Unis importent beaucoup plus de biens en Chine que la Chine importe de produits américains. Sa marge de manœuvre sur ce terrain est donc limitée par rapport à celle dont dispose Trump.

En ce qui concerne la dévaluation du yuan, comme nous l’avons indiqué la semaine dernière, nous doutons fortement que Pékin prenne cette voie. En effet, en cas de dévaluation, le système financier chinois serait victime d’énormes fuites de capitaux. Cela serait également un coup dur pour la crédibilité du yuan alors que Pékin souhaite faire de sa devise l’une des monnaies de réserve mondiale, et ce, depuis un bon moment.

Des ventes conséquentes d’obligations américaines ne devraient également pas être au programme. On estime à 1,2 trillion de dollars les actifs basés sur la dette que possède la Chine dans cette devise. Si la Chine devait vendre tout cela en un coup, cela ferait sans aucun doute bondir les taux américains, mais réaliser une telle opération est plus facile à dire qu’à faire. Dans l’éventualité où cela devrait avoir lieu, la FED serait l’acheteur de dernier recours. Elle a bien entendu les ressources pour absorber les volumes. De plus, comme les gens affûtés de GaveKal l’ont écrit :

«Dans l’éventualité d’un tel événement, il est probable que Trump invoque les pouvoirs qui lui sont conférés par l’International Emergency Economic Powers Act de 1977 et qui donnent autorité au président de geler les titres américains détenus par les Chinois auprès des sociétés financières US.»

En ce qui concerne la prise pour cible des grandes sociétés américaines qui sont actives en Chine, cela semble être le scénario vers lequel on se dirige si la Chine devait être provoquée. À vrai dire, dans le Global Times de la semaine dernière, on a évoqué la possibilité de contre-mesures contre les grandes sociétés américaines qui font la pluie et le beau temps du Dow Jones. Il est intéressant de noter que la Chine avait opéré de cette façon avant son boycott des produits japonais de 2012. Cependant, une telle décision pourrait créer davantage de problèmes à la Chine. Toujours selon GaveKal, qui conclut :

«En bref, la Chine dispose de peu d’options intéressantes. Des mesures de représailles prises à l’encontre des sociétés américaines pourraient leur occasionner des dégâts, mais cela pourrait également avoir des conséquences négatives sur l’emploi, créer un environnement moins concurrentiel et réduire la productivité domestique. Cela n’empêchera pas Pékin de prendre des mesures de rétorsion, elle l’a déjà fait à l’encontre de sociétés japonaises et coréennes. Mais l’efficacité de ces mesures sera limitée alors qu’elles seront coûteuses.» »