In Gold We Trust 2017 : or sous-évalué, risque réel de récession américaine

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lingotins d'or de 50 grammes, 20 grammes, etc.

Chaque année, Ronald-Peter Stoeferle et Mark J. Valek de la société de gestion de patrimoine Incrementum publient « In Gold We Trust », un rapport de plus de 160 pages de graphiques et de commentaires concernant la santé de l’économie mondiale, principalement sous l’angle de l’or.

« In Gold We Trust 2017 » contient beaucoup de matière à digérer, il s’agit presque d’un livre de poche. Hier, j’ai reçu un e-mail de cette société qui condense les points essentiels de ce rapport que je voudrais partager avec vous.

Les matières premières sont très bon marché par rapport aux actions

Pour ceux qui, comme moi, sont désespérés par les évolutions du cours de l’or de ces 5 dernières années, le premier graphique montre le prix moyen annuel de l’or. On constate que la situation n’est pas aussi grave qu’il n’y paraît : à un prix situé entre 1 200 et 1 300 $, c’est plus ou moins normal (du moins à partir de 2008).cours moyen annuel de l'orLe graphique suivant m’a vraiment enthousiasmé. Il met exergue le ratio entre l’indice matières premières de Goldman Sachs et le S&P 500 ; autrement dit, le ratio matières première/actions.

Les matières premières sont aussi bon marché, sur une base relative, qu’elles l’étaient à la fin des années 90 (bulle Internet) et au début des années 70. Ce qui signifie qu’elles ne sont vraiment pas chères.ration mp/SP&500En ce moment, je suis assez optimiste pour les métaux industriels et l’énergie. Je pense que ces actifs de « fin de cycle » se comporteront bien dans un marché haussier mature pour les actions qui est probablement plus proche de la fin de son cycle que de son début. Néanmoins, je ne pense pas que les matières premières soient aussi attractives qu’elles l’étaient en 1999.

Cependant, le graphique ci-dessus semble suggérer le contraire. Il hurle « achetez des matières premières, vendez vos actions ». La conclusion est que l’inflation devrait à nouveau se manifester.

Une récession américaine est-elle imminente ?

Voici un graphique pour les contrariens : un sondage récent de Bloomberg indique qu’aucun des 89 économistes interrogés ne s’attend à une contraction du PIB américain en 2017, 2018 ou 2019. Simultanément, l’index de la volatilité, le VIX, est à un plus bas record. En bref, les économistes sont vautrés dans la complaisance.

Sommes-nous engagés dans un cycle de relèvement des taux ? Cela semble être le cas aux États-Unis, même si les taux sont aujourd’hui de seulement 1,25 %. La banque d’Angleterre se réunit la semaine prochaine. L’inflation mesurée sur base de l’IPC (indice des prix à la consommation), l’indicateur d’inflation de la BOE, est de 3 % selon les chiffres publiés hier. Ce qui signifie que même Mark Carney va devoir relever son taux directeur.

Cela pourrait être un tournant majeur. D’après le graphique suivant, 16 des 19 derniers cycles de relèvement des taux aux États-Unis ont débouché sur une récession :

récession après cycle hausse des taux graphiqueCela ne signifie pas nécessairement que la hausse des taux provoque des récessions – c’est souvent la surchauffe de l’économie provoquée par des politiques monétaires accommodantes ayant précédé la hausse qui en sont la cause – mais néanmoins il semble y avoir une sorte de relation. Davantage de relèvements des taux pourrait provoquer cette récession que personne n’anticipe.

Pour poursuivre sur cette thématique, le graphique suivant suggère également que l’économie ne se porte pas aussi bien qu’escompté. (…) Le S&P 500 a beau grimper, les recettes fiscales ne suivent pas la même tendance. Le montant des rentrées fiscales, qu’elles proviennent des particuliers ou des entreprises, est un indicateur des revenus perçus par les acteurs économiques, c’est un baromètre de l’activité. Les recettes fiscales sont en baisse. C’est tout sauf bon signe. Comment on dit, attention à la marche !recettes fiscales en baisse bourse grimpeLa courbe est identique en ce qui concerne les rentrées fiscales émanant des entreprises. Il s’agit d’un autre signe que l’économie n’est pas aussi vigoureuse que le suggère la bourse.

Et si l’or devenait à nouveau une monnaie ?

Enfin, voici quelques graphiques pour les partisans du métal jaune.

Le premier montre le ratio entre la masse monétaire et l’épargne. Plus la barre bleue s’élève, moins il y a d’épargne.À en croire les enseignements de ce graphique, cela va mal finir, même si je mettrais un bémol en disant qu’on aurait pu affirmer la même chose en 2014, en 2015 et 2016. On pourrait donc bien se retrouver à faire la même observation dans 3 ans.

Nous allons conclure avec des projections à la fois censées et ridicules pour le cours de l’or.

Durant la crise iranienne des otages de 1980, l’or atteignit pendant un jour 850 $ l’once. Ce jour-là, le 21 janvier, le dollar américain était de fait entièrement garanti par de l’or. À ce prix, la valeur de marché des 260 millions d’onces d’or des États-Unis qui sont principalement stockés à Fort Knox (ne mentionnez pas l’audit) était de 221 milliards, alors qu’il n’y avait que pour 160 milliards de dollars en circulation.

Cela signifie que l’or américain valait 140 % de la monnaie papier en circulation. La confiance dans le dollar (dans toutes les monnaies papier, en fait) était si basse que les États-Unis avaient été, de facto, forcés d’être à nouveau dans le système du standard or. Un banquier zurichois avait déclaré : « Le Trésor américain est à nouveau solvable grâce à la hausse du cours de l’or. »

De nombreux partisans de l’or, dont votre serviteur à une époque, ont attendu un remake de ce jour. Vu la quantité de monnaie en circulation et de dettes, les banques centrales finiront par perdre le contrôle, la confiance sera perdue et l’or explosera en conséquence.

Je pense désormais que ce scénario est improbable, même s’il n’est pas à exclure vu qu’il s’est produit tant de fois. Je vous explique pourquoi.

Il existe de nombreuses façons de calculer la masse monétaire. M0 et M1 sont en bref l’argent liquide et toutes les autres formes de monnaie que l’on peut aisément convertir en espèces (compte à vue, etc.). M2 consiste en M1 plus les dépôts à terme inférieurs ou égaux à deux ans et les dépôts assortis d’un préavis de remboursement inférieur ou égal à trois mois. M3 correspond à M2 plus les instruments négociables sur le marché monétaire, même si les définitions varient d’un pays à l’autre. Le tableau suivant vous montre quel serait le cours de l’or s’il était équivalent à 20, 40 ou 100 % des différents agrégats monétaires :valeur de l'or vs agrégats monétairesEn cas d’un événement similaire à la crise de 1980, les chiffres sont impressionnants. 140 % de M1, les 850 $ de 1980, donnerait l’once d’or à environ 18 000 $. Ça serait beau, non ? Même si je pense que Bitcoin atteindra cette valorisation bien avant l’or.

Ces spéculations se basent sur la supposition que l’attitude par rapport à l’or, une relique analogique dans un monde numérique, changera. Et qu’il sera reconsidéré en fin de compte comme une monnaie. Je ne suis pas certain que ce jour arrivera, tout du moins pas à court terme. D’autres estiment le contraire (note : tout dépend de ce que l’auteur considère comme du court terme, mais selon nous il est clair que le rôle monétaire de l’or, sous l’impulsion de la Chine et de la Russie, va au minimum grandir dans les années à venir).

Quoi qu’il en soit, les grands enseignements de ces graphiques sont que l’or et les matières premières sont bon marché par rapport à la masse monétaire et à la bourse, et qu’en fonction des recettes fiscales et de la hausse des taux, une contraction économique est bien plus probable qu’on le croit.

Article de Dominic Frisby, publié le 18 octobre 2017 sur MoneyWeek.com