L’inflation pour les nuls (notamment pour la FED)

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Voici quelques titres récents :

  • « La FED n’a pas de théorie fiable pour l’inflation, d’après Tarullo » – Financial Times, 4 octobre 2017
  • « La FED est toujours perplexe concernant l’inflation, mais les relèvements de taux se préparent » – New York Times, 11 octobre 2017
  • « Notre compréhension des forces qui influencent l’inflation est imparfaite » – Janet Yellen, 26 septembre 2017

Et ce sont les gens qui sont aux commandes qui le disent !

La quête vaine de la FED visant à obtenir une inflation à 2 % à moyen terme est en train de devenir un problème à long terme. L’anxiété institutionnelle concernant cette inflation chroniquement trop basse est évidente lorsqu’on se penche sur les articles de presse, les discours de la FED et sur le poids grandissant de ce sujet dans ses discussions internes, par exemple dans le compte-rendu de la réunion du comité des 19 et 20 septembre.

Il n’y a même pas besoin de lire entre les lignes pour comprendre à quel point les décideurs craignent les prémices de la prochaine récession sans disposer de marge de manœuvre pour baisser les taux. Donc le relèvement des taux se prépare, comme l’indique le titre ci-dessus, même si la relation entre le chômage et l’inflation est complètement absente.

Comment expliquer tout cela ? La persistance d’une inflation inférieure à 2 %, malgré 9 ans de taux planchers et une économie que l’on dit être au plein-emploi, a débouché sur une kyrielle d’explications stupides, d’excuses embarrassantes et de pseudo-théories. Les outils de guidage de la FED sont peut-être tout simplement défectueux.

La corrélation inverse entre le chômage et les salaires au Royaume-Uni, qui fut relevée par l’économiste néo-zélandais Phillips entre 1861 et 1957, s’est muée en modèle de causalité pour la présidente de la FED et la moisson actuelle des décideurs américains.

La raison n’est pas claire. En parcourant rapidement les statistiques de l’indicateur favori de la FED pour l’inflation et le taux de chômage, on conclurait que la relation s’est terminée dans les années 70 et qu’on attend toujours qu’elle se réinstalle. Est-ce qu’un demi-siècle de défaillance est suffisant pour réfuter une théorie ?

On aurait tendance à dire que oui. Pourtant, la notion que la courbe de Phillips pousse l’inflation, même si cette croyance commence à s’étioler, est toujours ancrée chez des économistes comme Yellen.

Nous sommes néanmoins confrontés à des titres tels que « Personne ne semble comprendre pourquoi l’inflation est absente ». Vraiment ? Aurait-on oublié l’axiome de Milton Friedman affirmant que l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ? Lorsque la banque centrale crée davantage de monnaie que le public veut thésauriser, l’argent est dépensé. L’augmentation de la demande pour les biens et les services finit par excéder la capacité de l’économie à les fournir ou à les produire. Ce qui génère de l’inflation.

Voilà pourquoi il n’y a pas d’inflation

graphique vélocité de la monnaie USA 2017

La vélocité de la monnaie s’est effondrée. Cela n’a pas lieu qu’aux États-Unis, c’est un phénomène mondial. Malgré tout le ramdam concernant la dévaluation du dollar par la FED qui planterait les graines de la future Grande inflation, la demande de monnaie de la population a augmenté. Le désir de posséder de l’argent liquide et de l’épargne à la banque a compensé l’augmentation de l’offre. La vélocité, soit la vitesse à laquelle l’argent circule dans l’économie, a chuté.

La FED a 2 options. Elle peut opter pour l’approche « Docteur Strangelove », soit arrêter de se faire du mouron et s’accommoder d’un taux de chômage peu élevé et d’une inflation basse. Ou elle peut agir, ce qui ira à l’encontre de son intention affichée d’augmenter les taux et de réduire la taille de son bilan.

La première option inclut d’accepter de vivre avec une inflation basse et stable d’environ 0,5 %, bien en dessous de l’objectif de 2 %. (…)

L’option numéro 2 signifie prendre de nouvelles mesures afin d’augmenter la masse monétaire en baissant les taux et en reprenant les achats obligataires. La FED a pourtant décidé de faire l’inverse. Elle a démarré le processus de normalisation de son bilan ce mois en permettant pour 10 milliards de dollars d’actifs d’arriver à échéance sans les renouveler, et en augmentant ce montant au fil du temps. Elle a également téléphoné une augmentation du taux directeur de 0,25 % en décembre.

Pour conclure : le modèle de la courbe de Phillips ne marche pas. Les décideurs ne comprennent pas l’inflation. Pourtant, ils veulent s’engager dans des politiques qui vont les éloigner de leur objectif de 2 % d’inflation.

Il est vrai que Friedman a évoqué la latence « longue et variable » avec laquelle l’efficacité des politiques économiques se manifeste, mais les excuses de la FED à propos de facteurs idiosyncrasiques qui font baisser l’inflation, ou encore concernant la nature transitoire de sa faiblesse, deviennent de moins en moins crédibles après plus de 5 ans.

L’une des explications les plus récentes et les plus risibles concernant cette inflation obstinément basse est que les attentes concernant celles-ci sont exagérées. La FED peut consulter les livres d’histoire pour découvrir comment la Reichsbank allemande y est parvenue dans les années 20, au grand dam de la population. (…) »

Article de Caroline Baum, publié le 18 octobre 2017 sur marketwatch.com