Les bénéfices ne suffisent pas, les actions ont besoin d’argent facile

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Les marchés du crédit continuent de fournir un support relatif aux actions, mais à la marge, moins. Russ Koesterich, gestionnaire chez BlackRock, tente d’évaluer les conséquences.

Comme la chute récente des actions le prouve, parfois des bénéfices exemplaires ne suffisent pas. Même si la performance des actions américaines reste décente malgré cela, ce serait encore mieux si les ratios cours/bénéfices (PER) ne s’étaient pas contractés. La question de savoir s’ils vont grimper à nouveau (peu probable), se stabiliser ou baisser sera en grande partie déterminée par les marchés du crédit et la santé générale des marchés financiers.

PER

En mai dernier, j’ai suggéré que malgré la hausse des taux et un dollar plus fort, les conditions financières restaient accommodantes, en tout cas suffisantes pour soutenir les marchés actions. Depuis, ceux-ci ont grimpé, même si cette hausse a souffert de la baisse de la semaine dernière. Aujourd’hui, la situation semble similaire, avec un soutien cependant moins fort vu que les conditions financières sont un peu moins accommodantes. Considérez les éléments suivants :

  • Un dollar plus fort : le dollar index est supérieur de 4 % par rapport au creux de mai, et de près de 9 % au-dessus du creux de février ;
  • Une hausse significative des taux : depuis le début de l’année, les taux longs et courts ont grimpé significativement, les taux sur les obligations américaines sur 2 et 10 ans ayant respectivement augmenté de 1 % et de 0,85 %. Cette hausse récente des taux est la plus importante depuis la seconde moitié de 2016.

La vigueur du dollar et les taux en hausse provoquent un resserrement des conditions financières. Un indicateur en la matière, le Goldman Sachs Financial Conditions Index (GSFC), s’est contracté d’environ d’un quart de point depuis la mi-septembre, et d’un point entier depuis la fin janvier. Le resserrement des conditions financières permet d’expliquer l’augmentation de la volatilité. Historiquement, une fluctuation d’un point du GSFC Index est associée à une augmentation du VIX de 3,5 points.

Les marchés du crédit détiennent la clé

Cependant, jusqu’à la semaine dernière, la volatilité, bien qu’en hausse, est restée en dessous de la moyenne historique. Comment expliquer que cela n’empire pas ? Les conditions des marchés du crédit restent remarquablement accommodantes, de façon presque surréaliste. Les écarts entre les taux des obligations sûres et risquées sont inférieurs à ceux enregistrés en début d’année, et près de 2 % inférieurs à la moyenne historique. Autrement dit, la prime demandée par les investisseurs pour détenir les obligations les plus risquées est proche du plus bas historique.

Ces conditions de crédit sont critiques pour les actions. L’augmentation de ces écarts exacerberait ce resserrement très modéré des conditions financières. (…)

En conclusion

Toute dislocation des marchés du crédit accélérera ce qui a été, jusqu’à maintenant, un resserrement relativement modeste des conditions des marchés financiers. Dans l’éventualité d’un tel scénario, la volatilité devrait augmenter. Si elle devait grimper jusqu’à atteindre sa moyenne historique, même une hausse importante des bénéfices des entreprises pourrait ne pas être suffisante pour compenser des multiples plus bas.