Or : le jour J approche

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L’or, ça vous rappelle quelque chose ? Il y a 6 ans seulement, le métal jaune redevenait subitement à la mode en atteignant le prix record de 1900 $ l’once, tandis que ses partisans annonçaient la fin du système monétaire reposant sur l’argent papier.

Alors que Bitcoin a accaparé toute la folie des marchés financiers, l’or semble avoir perdu de son éclat. L’indice de volatilité de l’or du CBOE/COMEX, un indicateur brut des mouvements et des profits que peuvent exploiter les opérateurs dans les métaux précieux, a atteint un plus bas record de 10,17 le mois dernier, alors qu’on était à plus de 37 en 2011.

L’inversement de tendance n’a peut-être que trop tardé. Malgré avoir connu la semaine dernière sa pire période hebdomadaire depuis mai, les perspectives de l’or pourraient être les plus attractives de ces derniers mois. Voici pourquoi.

1. Les taux d’intérêt

Vous pourriez penser qu’il s’agit d’une erreur, mais ce n’est pas le cas. La sagesse conventionnelle affirme que plus les taux sont élevés – la FED devrait d’ailleurs relever son taux directeur ce mercredi – moins c’est bon pour l’or. Le raisonnement part du principe qu’un relèvement des taux entraîne des rendements obligataires plus élevés, des bénéfices revus à la hausse, ce qui impacte les métaux précieux vu qu’ils ne génèrent pas de rendement.

or et taux d'intérêts

La réalité est pourtant plus complexe. Après tout, le cours de l’or était bloqué aux environs des 1060 $ l’once il y a 2 ans lorsque la FED a commencé à relever son taux directeur, calé à 0,25 % depuis la crise financière. Après des relèvements de 100 points de base au total, l’or s’échange à environ 1248 $ l’once.

Le graphique de l’or et des rendements des obligations américaines sur 10 ans montre clairement que l’or a tendance à intégrer cette nouvelle baissière avant qu’elle ne se matérialise dans la réalité, pour ensuite repartir à la hausse. À chaque fois que les taux sont passés au-dessus de la barre des 2,5 % durant les 5 dernières années, le métal jaune est directement parti à la hausse. Les économistes prédisent que ce seuil devrait être franchi au cours du premier trimestre 2018.

2. Les facteurs saisonniers

Comme Gadfly l’a montré précédemment, le facteur saisonnier de l’or est important. Janvier, février, juillet et août sont les 4 mois durant lesquels le métal jaune a le plus tendance à grimper. Sur les 10 dernières années, il s’agit des meilleurs mois pour acheter de l’or.

saisonnalité de l'or

Cela semble s’expliquer par la demande en hausse pour les lingots, les pièces et les parts d’ETF qui coïncide avec la période Diwali – Noël – Nouvel An chinois, une période d’achats importants de bijoux en or. Peu importe la raison, cette configuration est tellement constante qu’elle en devient une prophétie autoréalisatrice. Les croyances des opérateurs ont un impact sur leurs décisions d’achat et de vente, et donc sur les marchés.

3. Quelle surprise désagréable

L’or est l’invité qui gâche toute fête économique. Lorsque l’on traverse une bonne période, les gens préfèrent investir dans les actions phare plutôt que dans une « relique barbare » qui se sent en forme lorsque tout le monde est déprimé. Vu les célébrations qui ont eu lieu dans l’économie en 2017, il n’est pas étonnant que l’or se soit retrouvé seul sur la piste de danse.

indice surprise economique

Mais même les meilleures fêtes ont une fin. Il est d’ailleurs bon de réfléchir sur le fait que les choses ont étonnamment bien tourné ces derniers temps. L’index de surprise des économies majeures de Citigroup a atteint 49,5 le mois dernier, un niveau que l’on n’avait plus atteint depuis 2010. Les marchés n’ont plus l’habitude des mauvaises nouvelles, si bien que lorsque les prochaines tomberont cela pourrait ressembler à la gueule de bois d’un lendemain de fête.

4. Quelques mauvaises nouvelles

Vous ne pensiez tout de même pas que vous alliez lire un article sans un passage sur les cryptodevises, n’est-ce pas ?

Les fluctuations folles de Bitcoin pourraient être l’étincelle qui mettra le feu aux poudres de l’un des facteurs ci-dessus. Vu les similarités dans la philosophie d’investissement des partisans de l’or et des fanas des cryptodevises, il est difficile de ne pas faire de rapprochement entre la somnolence des métaux précieux et l’effervescence des cryptodevises, avec des liquidités à la recherche de profits qui auraient pris la direction des actifs binaires.

Bien malin est celui qui parviendra à prédire quand la fièvre Bitcoin prendra fin. Mais alors que les patrons de grandes institutions prédisent une « catastrophe sur le marché des cryptodevises », il n’est pas impossible d’imaginer une retraite désordonnée.

Conclusion

Si cet événement devait avoir lieu, de nombreux membres des brigades anti-argent papier qui ont gonflé les valeurs des cryptodevises pivoteront rapidement vers le liquide et ensuite vers l’or, pour son statut de valeur refuge. Les investisseurs plus rationnels ont également tendance à se laisser tenter par le métal durant les moments de panique comme le Brexit ou l’élection de Trump.

L’or est peut-être une relique barbare, mais rien n’est plus attractif pour les investisseurs que les reliques lorsqu’ils tremblent devant la colère des dieux des marchés. »

Source : article de David Fickling, publié sur Bloomberg Gadfly le 11 décembre 2017