Arnaques financières : faut-il faire une croix sur les « produits exotiques »

0
729
arnaque financière

Le nombre d’arnaques financières explose – sur internet et ailleurs. Leur forme évolue, tout comme leur portée. Comment vous protéger ?

C’est l’un des grands sujets du moment : les arnaques financières explosent. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de l’histoire du soi-disant héritier africain qui a besoin de votre aide pour percevoir un très substantiel legs. On parle désormais d’escroqueries parfois très sophistiquées, dignes de la série télévisée britannique Hustle (Les Arnaqueurs VIP).

Sophistication et industrialisation des processus

Simple site internet fictif ou clonage frauduleux de site existant, démarchage par e-mail ou par téléphone depuis un numéro apparemment français, usurpation d’identité (par exemple en se faisant passer pour l’administration fiscale) : les bandes organisées, agissant depuis la France ou depuis l’étranger, ne reculent devant aucun stratagème pour mieux vous plumer.

Au mois de septembre, l’AMF et l’ACPR (respectivement gendarme des marchés et gendarme des banques et des assurances) ainsi que le parquet de Paris s’unissaient pour dénoncer des activités qui prennent une ampleur « industrielle ».

La simple escroquerie en ligne se monterait à un milliard d’euros sur les deux dernières années (entre juillet 2017 et juin 2019).

Comme le résume La Tribune : 

« Il s’agit généralement de sites internet en apparence sérieux, mais éphémères, qui proposent des placements sortant des sentiers battus, au rendement élevé sans être mirifique (6% à 12%), en réalité totalement fictifs, et dont les gérants disparaissent ensuite avec l’argent dans la nature. Après un premier placement présenté comme fructueux, l’épargnant mis en confiance effectue d’autres versements, dont il ne reverra pas la couleur. »

Les plus de 60 ans au premier rang des victimes

Sans surprise, les dégâts se concentrent chez les plus de 60 ans (63% des sommes perdues) qui concentrent l’essentiel de l’épargne française, et qui sont moins aguerris en matière de nouvelles technologies.

Source : AMF 

L’Etat, toujours un temps de retard sur les escrocs

Face à ce fléau, les pouvoirs publics se démènent pour assurer la sécurité des épargnants. Cependant, à l’instar de la lutte contre les sites de téléchargement, l’Etat a toujours un temps de retard sur ses adversaires.

La Tribune explique : 

« Le gendarme des marchés publie notamment des listes noires de sites ou entités douteux (plus de 1 000 répertoriés), dont 65 inscrits depuis le 1er septembre, essentiellement des offres frauduleuses de livrets et de crédits. L’AMF a fait fermer 178 adresses internet en cinq ans, mais d’autres se créent. »

Début juin, l’AMF a d’ailleurs rassemblé sur une même page internet l’ensemble des sociétés et des sites qui ont fait l’objet d’une mise en garde à l’attention des épargnants et dont l’activité n’a pas été « autorisée ».

Cette liste, régulièrement mise à jour, regroupe plusieurs catégories dont voici les principales : Forex, options binaires (les deux rubriques les plus alimentées), cheptel, terres rares, vin, crypto-actifs, or et diamants. Vu ce qui se passe sur ce marché, l’AMF aurait sans doute pu se fendre d’une catégorie « immobilier »…

Quoi qu’il en soit, le 5 juin, MoneyVox indiquait que cette liste absolument pas exhaustive regroupait « près de 500 sites ».

Les thématiques de prédilection des escrocs évoluent au fil du temps. Selon Robert Ophèle, président de l’AMF :

« Pour simplifier, on peut dire que 2016 avait été l’année du Forex, 2017 celle du diamant et 2018 celle des crypto-actifs ; en ce début d’année, on voit émerger de nouvelles offres frauduleuses dans le vin, en or ou dans des cheptels de vaches laitières…» 

Début octobre, le gendarme des marchés a décliné ce service sous la forme d’une application téléphonique qu’il a été décidé d’affubler du ridicule patronyme franglais « AMF Protect Epargne » et qui, pas plus que la version en ligne, n’affiche « de manière efficace toutes les informations relatives aux arnaques sur internet », contrairement à ce que prétend le site Presse Citron.

Faut-il pour autant renoncer à investir dans les métaux précieux ou dans les crypto-actifs ?

Dès lors que l’on interagit avec autrui, il y a un risque que les choses tournent mal. Le risque est consubstantiel à l’existence.

Pas besoin d’investir de l’argent « sur internet » pour risquer de se faire escroquer. Le simple fait de procéder à une transaction pour acheter une marchandise ou un service peut vous exposer à une utilisation frauduleuse de votre carte bancaire ou à un usage détourné de vos données personnelles.

Les arnaqueurs peuvent même se trouver au coin de la rue…

Pourtant, il ne vous viendrait pas à l’idée de rester cloîtré chez vous !

Il en va de même en matière de placements. Il y a toujours un risque. Ce sur quoi vous pouvez agir, c’est le niveau de danger auquel vous vous exposez. Pour le réduire, vous ne devez pas vous contenter de consulter la liste noire de l’AMF avant de prendre une décision d’investissement.

C’est à vous qu’il revient d’auditer les sociétés et les produits qui vous sont proposés car in fine, si la situation tourne au vinaigre, ce n’est pas le portefeuille de Robert Ophèle qui sera atteint. C’est vous qui serez ruiné.

Sans compter que l’AMF a oublié de vous dire que les arnaqueurs sont présents dans toutes les professions, y compris celles censées vous protéger de la malfaisance d’autrui.

Comme nous le verrons demain, le Far West des placements s’étend bien plus loin que la seule contrée des placements « exotiques »…

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.

Article de Nicolas Perrin, via les publications Agora. Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, Nicolas Perrin a débuté sa carrière en tant que conseiller en gestion de patrimoine.

Auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir », il est désormais rédacteur indépendant. Il s’intéresse au libéralisme, à l’économie et aux marchés financiers, en particulier aux métaux précieux et aux crypto-actifs, sans oublier la gestion de patrimoine.