Automatisation : positive à terme après une période transitoire douloureuse ?

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Malgré les craintes exprimées à l’époque, la révolution industrielle fut au final positive pour l’emploi. S’il s’agit d’une vérité historique, Jeremy Warner explique dans cet article publié sur le site du Telegraph le 12 septembre 2017 qu’il fallut des décennies pour que l’économie s’ajuste. Nous pourrions connaître une situation transitoire similaire avec la révolution numérique en cours et l’automatisation qui en découle :

« Malgré les incertitudes du Brexit qui sont censées peser sur la confiance des entreprises, et une économie britannique qui ralentit manifestement, la remarquable machine britannique de création d’emplois continue de tourner à plein régime.

D’après la dernière enquête Manpower concernant les intentions d’embauche, les employeurs restent généralement optimistes avec 3 fois plus d’entreprises qui envisagent d’embaucher durant le dernier trimestre de l’année que de sociétés qui souhaitent licencier. La participation à la population active n’a jamais été aussi élevée tandis que les postes non-pourvus en tant que pourcentage du nombre de chômeurs sont à des niveaux records.

Ce n’est pas non plus un phénomène cantonné à la Grande-Bretagne. À travers le monde, il y a davantage de travailleurs aujourd’hui qu’à aucun autre moment de l’histoire, même en tant que pourcentage d’une population qui ne cesse de croître. Ironiquement, ce sont ceux que l’on accuse de détruire l’emploi qui fournissent le plus de nouveaux postes. Les centres automatisés d’Amazon de Warrington, Tilbury et Bristol devraient créer 3 500 jobs, même s’il convient de reconnaître que les conséquences sur l’emploi dans les magasins seront probablement bien plus lourdes.

En bref, il y a peu de preuves pour suggérer que la technologie en elle-même réduit la demande pour les travailleurs, ou même de croire que ce sera le cas dans le futur. Oui, l’innovation provoque des pertes d’emplois, mais au moins jusqu’à présent elle en crée encore plus.

Dans ce cas, pourquoi s’inquiéter autant concernant les impacts de l’automatisation et de l’intelligence artificielle sur l’emploi ? Les optimistes, dont je fais partie, estiment qu’à l’instar de la révolution industrielle le problème se résoudra de lui-même. D’autres formes d’emplois mieux rémunérés, que l’on peut à peine imaginer aujourd’hui, finiront par émerger afin de compenser les postes rendus obsolètes par les progrès technologiques. C’est ce qui s’est toujours produit.

Mais s’il est raisonnable de penser que les impacts à long terme seront extrêmement positifs, il y a de bonnes raisons de craindre les conséquences transitoires à court et à moyen terme. Notamment par ce que la révolution numérique dispose de caractéristiques bien propres qui la rendent différente des autres périodes de changement industriel et technologique.

Comme l’a indiqué récemment Adair Turner, ancien président de l’autorité des services financiers de Grande-Bretagne à l’occasion d’une conférence, lorsqu’un programme informatique est créé, il peut être dupliqué à un coût quasi nul. Les innovations de l’âge électromécanique exigeaient un investissement physique significatif qui créait ainsi de l’emploi. Cela pourrait ne plus être d’actualité aujourd’hui.

Encore plus inquiétant, le champ d’application des innovations numériques s’étend à la vitesse de la lumière. Contrairement à l’ancienne génération de machines, les ordinateurs modernes peuvent apprendre, ce qui décuple leur capacité à remplacer les humains. De la traduction au diagnostic médical en passant par la conduite d’un camion ou d’une voiture, presque tous les postes sont menacés.

Il y a certainement des choses que les machines ne peuvent pas faire, et qu’elles ne feront pas dans un futur proche. (…) Carl Frey et Michael Osborne de l’Oxford Martin School ont identifié 3 contraintes : tout emploi qui requiert de la créativité, de l’intelligence sociale ou le pouvoir de perception requis pour des manipulations complexes devrait être à l’abri de la robotisation pour un bon moment. (…) Frey et Osborne estiment qu’environ 47 % des emplois américains sont menacés par l’automatisation.

Le précédent de la révolution industrielle

Pour tenter de comprendre les conséquences économiques, sociales et politiques de la révolution actuelle de l’automatisation, il est utile de revisiter la révolution industrielle qui a eu lieu au XIXe siècle en Grande-Bretagne. Pendant 40 ans au minimum, elle n’a eu quasi aucun impact positif sur les conditions de vie du travailleur lambda, ce fut même souvent pire qu’avant.

Les hommes plus âgés qui disposaient d’un savoir-faire d’artisan, qui leur garantissait de bons revenus, y ont fortement perdu au change. Les premières usines étaient tellement simples que n’importe qui pouvait y travailler, si bien qu’en 1830 environ la moitié de la main-d’œuvre était composée d’enfants. De nombreux hommes ayant vu leur activité disparaître finirent par travailler pour un salaire très bas dans l’agriculture ou dans d’autres secteurs.

Les parallèles avec aujourd’hui sont évidents. (…) Il a fallu attendre des décennies pour que les avantages de la révolution industrielle se révèlent. Entre-temps, une forte opposition politique se manifesta. (…) »