Avec des taux négatifs, l’or devient un choix pertinent

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PLACEMENTS ALTERNATIFS

Interview d’Arnaud Claveau, gérant de la société Pièces D’OR, qui continue à parier à long terme sur le métal jaune et exclut une variation brutale des taux d’intérêts.

Au lendemain de l’élection de Donald Trump, l’once s’est rapproché des 1 340 dollars, avant de reperdre du terrain et de retomber aujourd’hui autour de 1 210 dollars. Qu’est-ce qui explique cette nervosité ?

Tout simplement, cette volatilité s’explique par les incertitudes sur la politique qui sera menée par Donald Trump et sur les marges de manœuvre dont il disposera, tout en devant composer avec sa  majorité républicaine.

Cette volatilité se poursuivra tout au long des prochains mois, d’autant plus que la politique monétaire qui sera menée par la FED est soumise, elle aussi, à des incertitudes.

Même si Janet Yellen (Présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis) a indiqué qu’elle souhaitait aller au bout de son mandat, il se pourrait tout à fait qu’elle doive partir avant.

Dans quelle mesure la faiblesse persistante des taux d’intérêt joue-t-elle en faveur du métal précieux ?

Les taux d’intérêt, si on simplifie, correspondent au prix de l’argent. Si les taux sont hauts, alors l’argent devient rare et cher. Si les taux sont bas, l’argent est plus abondant (création monétaire importante) et donc bon marché. Et si la création monétaire est trop importante, on voit apparaître l’inflation, ce qui est très bon pour l’or !

Quand l’argent ne rapporte plus rien, il devient alors plus encourageant d’investir dans les métaux précieux, qui par nature ne donnent pas de rendement.

Encore mieux, quand les taux sont négatifs, la possession d’or devient un choix très pertinent, car dans ce cas votre argent en banque vous « coûte » de l’argent (taux négatifs), alors que l’or ne vous coute rien. Et c’est encore plus vrai si votre or est physiquement avec vous !

Les taux devraient légèrement remonter aux États-Unis et la Banque centrale européenne (BCE) pourrait imiter la FED. Les investisseurs doivent-ils alléger leur position ou patienter ?

Si les taux remontent, l’impact sera alors négatif à court terme pour l’or, car le prix de l’argent va « s’apprécier ». En revanche, le mouvement de remontée des taux sera faible, ne dépassant guère les 2%, ce qui reste historiquement trop faible pour protéger de l’inflation. En conclusion, les fondamentaux de l’or, à moyen et long terme, sont excellents.

Si les taux devaient augmenter plus, ce serait la faillite généralisée de l’ensemble des acteurs économiques, avec des états surendettés, tout comme les ménages et les entreprises. Rappelons que nous sommes dans une crise de la dette.

Si « tout le monde » fait faillite, il ne restera plus que l’or, valeur refuge par excellence ! En résumé, si les taux montent trop, c’est bon pour l’or qui ne prend pas en compte le risque d’insolvabilité généralisée. Et si les taux n’augmentent pas trop, c’est également bon pour l’or, car l’argent « bon marché » entrainera une hausse de l’inflation.

Dans tous les cas, la situation économique actuelle est bonne pour l’or, et la baisse à court terme permet d’acheter à un bon prix !

Dans quel type de support est-il préférable d’investir ? L’or physique, l’or papier, les sociétés aurifères ?

L’or est une assurance ultime, y compris en cas de risque de faillites bancaires. Avoir de l’or « papier » revient uniquement à détenir des créances sur votre banque ou votre courtier.

Les sociétés minières sont très volatiles et il en existe de plusieurs types, notamment celles que l’on appelle les « Juniors », qui font de la prospection. Elles peuvent trouver un filon et valoir beaucoup (rare), ou ne rien trouver et valoir zéro (très courant). Faire le bon choix n’est pas à la portée de l’investisseur individuel lambda ; investir dans les sociétés minières est très risqué.

Enfin, en cas d’explosion du système financier mondial, les pays producteurs d’or conserveront leur or et nationaliseront très certainement leurs mines. Actuellement, le plus gros producteur est la Chine et aucun gramme d’or chinois ne sort de Chine…  L’enjeu est très spéculatif !

Seul l’or physique répond à une logique qui réunit à la fois la sécurisation de son patrimoine, la diversification et l’ « assurance » de ses actifs financiers. Je préconise, en toute logique et sans hésiter, l’investissement dans l’or physique, dans le cadre de la protection patrimoniale contre les crises majeures.

Que valent les produits dérivés qui suivent, voire amplifient les mouvements de l’once ?

Ces produits dérivés peuvent amplifier les gains, tout comme les pertes, donc prudence… Là encore, avec ces produits, il s’agit de spéculation et non de gestion patrimoniale.

Ces produits que l’on peut appeler « tracker » par exemple, sont des produits dérivés « fabriqués » par les banques et dont les frais sont très élevés. Pour autant, cela peut être utile et très rémunérateur aussi pour l’épargnant.

Mais attention, car en cas de forte variation des marchés, il peut être presque impossible pour l’investisseur de couper sa position, et pour la banque de calculer une valeur à ses produits dérivés. Enfin si le système bancaire explose, les produits dérivés partiront en fumée.

En fin de compte, tout dépend de l’objectif d’investissement. Souhaitez-vous sécuriser ou spéculer ? A objectif différent, outil différent…

Quel est le régime fiscal appliqué aux détenteurs d’or ?

Il existe deux régimes fiscaux en place actuellement :

  • la Taxe sur les Métaux Précieux (TMP) est une taxe forfaitaire de 10.5%, sur le montant total de la transaction.
  • la taxation sur les plus-values s’élève, quant à elle, à 34.5% de la plus-value, avec un abattement fiscal de 5% par an, à partir de la 3ème année de détention : après 22 ans de détention, l’imposition est nulle.

 

Les Réunionnais accordent-ils aujourd’hui une place plus importante à l’or dans leurs portefeuilles ?

Les Réunionnais se sont toujours intéressés à l’or. Ces deux dernières années, ils ont également pris conscience des risques potentiels relatifs aux divers placements possibles et ils allouent une part plus importante à l’or physique, sous forme de pièces ou de lingots.

Le cours de l’argent a grimpé au cours des six premiers mois de l’année, avant de se stabiliser à nouveau autour de 16 dollars l’once. Quel est le potentiel de hausse de ce métal ?

C’est difficile à prédire. D’un côté, la raréfaction de l’argent physique/métal plaide pour une hausse structurelle ; d’un autre côté, l’argent est avant tout un métal à usage industriel et l’industrie connaît un ralentissement.

Ce qui est certain c’est que l’argent est aujourd’hui accessible à un faible coût d’investissement et promet une progression assez spectaculaire. En effet, il existe un ratio or/argent qui détermine le nombre d’onces d’argent qui peuvent être achetées par une once d’or. Celui-ci est actuellement supérieur à 70, alors que la moyenne se situe à 30, révélant une belle possibilité d’évolution.

De nombreux experts vantent actuellement le rendement procuré par le diamant. Faut-il s’en méfier ?

Qu’est-ce qu’un rendement ? Rien ne donne réellement de rendement, pas même l’argent en banque : la monnaie est neutre.

Vous devez comprendre que le rendement provient uniquement et toujours d’une opération de prêt. C’est parce que la banque place l’argent de votre épargne, via des opérations de crédit, qu’elle peut vous verser un « rendement », qui correspond à une participation aux bénéfices engendrés par ces opérations de crédit.

Le rendement correspond toujours à une opération économique, mise en place pour rapporter de l’argent, et dont une part est reversée à l’épargnant, par contrat.

Quelle est l’opération économique derrière le rendement du diamant, me demandez-vous ? A l’instar de l’or, il n’y a aucune raison que l’investissement en diamants puisse produire un rendement, sauf…

Pour cela, il faudrait que l’investisseur prête son or ou ses diamants à quelqu’un, en échange d’un « intérêt ». Dans ce cas, l’investisseur ne possède plus son or ou ses diamants, car il les a confiés à quelqu’un d’autre, avec tous les risques de non-remboursement que cela induit. A quel nom et « dans quelles mains » sont réellement détenus les diamants achetés ? Pas celles de l’investisseur, très certainement…

En conclusion et pour répondre à votre question, je conseille donc, au vu de ce que je viens d’évoquer, la plus grande prudence en ce qui concerne les diamants, à moins que vous les possédiez physiquement. Un autre point de vigilance est à souligner au sujet des diamants : chaque pierre est unique et différente.pieces_or_com

L’or, sous forme de pièces ou lingots, présente l’avantage d’être « standardisé » : chaque pièce d’or possède exactement la même valeur qu’une autre pièce d’or de la même catégorie, tout comme une pièce d’un euro vaut exactement une autre pièce d’un euro.

Nous constatons une fois de plus, depuis 6000 ans, que la monnaie par excellence reste l’or… et non les diamants.

Interview publiée le 28/11/2016 dans le supplément « PLACEMENTS 2017 » du JIR, journal réunionnais.

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